‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 390 sur 723 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

M" BOUVILLON , M. DE LA BAGUENAU- DIÈRE, LE DESTIN, LA RANCUNE, L'Olive, h agotin; dr charretier.

l'ouvb.

Qoel tintamarre I

BAGOTUf.

A moi , monsieur l^OlîVe , à moi 1 LA BAGDENAUDiÈRE Jetant U chopeatt du charretier. Quel bruit t Les armes bas, maraud, de par le roil Apprends , chétif mortel qui devant moi te couvre, Qu^ondoità mon château même respectqu'auLoavre.

LB CHARRBTIBR.

Mon pauvre âne , qui vient d*expirer devant vous , M orgûy I m'a mis Tesprit tout sens dessus dessons.

LA BAGUBMAUDIBBB.

Et qui Ta foit mourir ?

LE CHARRBTIBR.

Cet avocat sans cause.

LA BAGDENADDIÈRB.

Pourquoi ?

Mal à propos mon arme a fait la chose , Mais c*est sans mon aveu , demandez-lui plutôt. J'étais parti du Mans , monté sur un courtaud , Comme un petit saint George avec cet équipage , Sans avoir le dessein de faire aucun dommage , Foi d'avocat. Ayant joint la troupe au (kubourg , Nous avons pris dld le chemin le plus court ; Tantôt caracolant devant, tantôt derrière , Et tantôt cajolant Tune ou Tautre portière , Faisant couler le temps , gagnant toujours pays , ï^n propos gaillardins , réjouissants devis , Nous nous sommes trouvés proche votre avenue. D'abord votre présence ayant frappé ma vue , Pied à terre aussitôt j'ai mis avec eux tous ; Vous nous avez reçus bras dessus bras dessous. Poiir jouir en chemin de votre air amiable , J'ai voulu remonter à cheval , c'est le diable I En montant le matin dans ma cour bien et beau , Je m'étais dextrement servi d'un escabeau ; Mais , en pleine campagne étant sans avantage , La pâleur de han han m'est montée au visage. Toutefois, prenant cœur pour cet exploit guerrier , J'ai vaillamment porté mon pied à l'étrier ; D'une main empoignant le pommeau de la selle , Pour porter l'autre jambe en l'autre part d'icelle , Je me gnindais en l'air quand la selle a tourné : Au crin tout aussitôt je me suis cramponné ; En6n , cahin-caha , j'avais monté ma bête. ' La chose jusque-là n'avait rien que d'honnête ; Mais malheureusement ce maudit mousqueton , Ayant entortillé mes jambes de son long ,

S'est trouvé sur la sdle , et juste entre mes fesses. Pour m'affermir dessus , sensible à ces détresses , Mes pieds trop courts cherdiantmesétriers trop longs, Ont.fait à mon cheval sentir leurs éperons Dans un endroit douillet où jamais la mollette Navait piqué cheval, tl part , marche à courbette, Plus fort que ne voulait un quasi Phaélon Dont le corps ne portait que sur un mousqueton. Moi, j'ai soudain serré mes deux jambes, de crainte; L'animal aussitôt , à cette double atteinte , A levé le derrière , et moi je suis glissé Aussitôt sur le col, où je me suis blessé; Car le dieval mutin , après cette ruade , A relevé sa tête , et/ait une saccade Qui du col sur la croupe à Tinstant^n'a placé. Du maudit mousqueton tuajoiu^ embarrassé. N'y souffrant rien, il a gambadé de plus belle, Et m'a (lût un pivot du pommeau de la selle. M'étant saisi du crin et me tenant serré, Mon cheval galopait ,quand mon arme a tiré : Je me suis cru le coup au travers de la panse ; Mon cheval en a craint tout autant , que je pense , Car il en a du coup si mdemenl broQdié , Que le maudit pommeau qui me tenait bouché Juste un certain endroit comme un bouchon de liège, A mon corps chancelant n'a plus servi de siège. Suspendu donc en l'air ; un pied libre et traînant , L'autre pour mon malheur à l'étrier tenant , Jamais de mon trépas je ne me crus si proche. Enfin je bis effort^ et mon pied se décroche; Lors on avu soudain , commeun brdeaudeploaib, Ck)rps , hamois , bauchîer , épée et mouqneton , Bandoulière , enfin bref, tout l'attirail de goerre, Donner , non sans douleur , de compagnie i terre; Et tout cela s'est fait , ma foi 1 sans vanité, Bien plus adroitement que je n'étais monté. A peme relevé de cette culebute , J'avais l'esprit encore étourdi de ma chute , Quand cet honmie à plein poing est venu me charger: M'étant senti des pieds encor pour déloger , J'ai promptement cherché du secours dans la fuite; Mais il s'est jusquld chargé de ma conduite, Toujom-s la fourche aux reins*.

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