‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 546 sur 723 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Vous voyct défaut fou l'eMUrf e iofortimée

Qa'à des lannes sans fin Yénos a coadamoée.

C'eit pea pour son coorroox des maux qne j'ai souflie^rts :

Il bot dicâtdier encore nn fiird jusqu'aux enfers.

Rdoé de eea cfimats, fiiites qu'on me le donne.

n porte fotre nom ; et c'est ce qui ra'élonne.

Ne f oua offenseï point, déesse aux traits si doux )

Od s'aperçoit assea qu'il n'est pas fait pour tous.

Plaire sans ferd est chose aux déesses facile;

A qui ne peut f ieillir cet art est inutile.

C'est moi qni dois tAcher, en l'état où je suis »

A repérer le tort que m'ont ftdt les ennuis.

Mais i'ai quitté le soin d'une beauté fatale.

La nature soufent n'est que trop libérale.

Ptàt au sort que mes traits, à présent sans éclat , .

N'eusMDt jamais paru que dans ce triste état I

Mes aceura les enflaient t que mes sorars étaient Mes 1

D'abord je me repus d'espérances firif olei.

Enfin l'Amour m'aima : je l'aimai sans le f oir.

Je le fis, il s'enfuit, rien ne put l'émouvoir;

n me précipita du comble de la gloire.

Soof eoirs de ces temps, sortes de ma mémoire.

Chacun sait oe qui soit. Maintenant dans ces lieux

Je fiena pour obtenir un tard si précieux.

Je n'en mérite pas la faveur singulière;

Mais le nom de l'Amour se joint à ma prière.

Vous connaisseï ce dieu : qui ne le connaît pas 7

S'y deaoead pour f ous plaire au flbnd de ces climats ,

D'une boite de fard réeompenaes sa flemme :

Ainsi dorent chez fous les douceurs de sa flamme I

Ainsi f otre bonheur puisse rendre eof ieux

Ohd qni pour sa pari eut l'empire des deux !

Cetie harangue eut tout le succès que Psyché pouvait souhaiter. Il n*y eut ni démoa ni ombre qui ne compatit au malheur de cette affligée , et qui ne bÛimât Vénus. La pitié entra, pour la première fois, au cœur des Furies ; et ceux qui avaient tant de sujets de se plaindre eux-mêmes mirent à part le sentiment de leurs propres maux , pour plaindre 1 épouse de Gupidon. Plu* ton fut sur le point de lui offrir une retraite dans ses Éuts ; mais c'est un asile où les malheureux n'ont recours que le plus tard qu'il leur est possible. Proserpine empêcha ce coup : la jalousie la possédait tdlement, que, sans considérer qu'une ombre serait incapable de lui nuire , elle recommanda instamment aux Parques de ne pas trancher à l'étourdie les jours de cette personne, et de prendre si bien leurs mesures qu'on ne la revit aux enfers que vieille et ridée. Puis, sans tarder davantage , elle mit entre les mains de Psyché une boîte bien fermée, avec défense de l'ouvrir, et avec charge d'assurer Vénus de son amitié. Pour Pluton , il

ne put voir sanâ déplaisir le départ de notre héroïne , et le présent qu'on lui feisait. Souvenezvous , lui dit-il , de ce qu'il vous a coûté d'être curieuse. Allez , et n'accusez pas Pluton de votre destin.

Tant que le pays des morts continua, la boite fut en assurance. Psyché n'avait garde d'y ton» cher : elle appréhetidait que, parmi un si grand nombre de gens qui n'avaient que Sûre, il n'y ea eût qui observassent ses actions.

Aussitôt qu'elle eut attemt notre monde, et que, se trouvant sous oe conduit souterrain ^ elle crut n'avoir pour témoins que les pierres qui le soutenaient, la voikk tentée à son ordi<> naire. Elle eut envie de savoir quel était ce lard dont Proserpine l'avait chargée. Le moyen de s'en empêcher? Elle serait femme , et lasserait échapper une telle occasion de se satisfeire! A qui le diraient ces pierres? Possible personne qu'elle n'était descendue sous cette voûte depuis qu'on l'avait bâtie. Puis ce n'était pas une simple curiosité qui la poussait ; c'était un désir naturel et bien innocent de remédier an déchet 011 étaient tombés ses appas. Les ennuis, le hàle , mille autres choses l'avaient tellement changée , qu'elle ne se connaissait plus elle» même. Il fallait abandonner les prétentions qui lui restaient sur le cœur de son mari , ou bien réparer ces pertes par quelque moyen. Où en trouverait- elle un meilleur que celui qu'elle avait en sa puissance, que de s'appliquer un peu de ce fard qu'elle portait à Vénus? Non qu'elle eût dessein d'en abuser, ni de plaire à d'autres qu'a son mari; les dieux le savaient : pourvu seulement qu'elle imposât ù l'Amour, cela suffirait. Tout artifice est permis quand il s'agit de regagner un époux. Si Vénus l'avait crue si sim|de que de n'oser toucher à ce lard , elle s'était fort trompée : mais qu'elle y touchât ou non , Cy thérée l'en soupçonnerait toujours ; ainsi il lui serait inutile de s'abstenir.

Psyché raisonna si bien, qu'elle s'attira un nouveau malheur. Une certaine appréhension toutefois la retenait : elle regardait la boîte , y portait b main , puis l'en retirait, et l'y repor-* tait aussitôt. Après un combat qui fut asses long , la victoire demeura « sel(» sa coutume , ù cette malheureuse curiosité. Psyché ouvrit la boiteen tremblant; etàpeine l'eut-elle ouverte^

LES AMOURS DE PSYCHÉ

qu'il en sortit une vapeur fuligineuse , une fumée noire et pénétrante qui se répandit en moins d'un moment par tout le visage de notre héroïne , et sur une partie de son sein. L'impression qu'elle y fit fut si violente , que Psyché soupçonna d'abord quelque sinistre accident, d'autant plus qu'il ne restaitdans la botte qu'une noirceur qui la teignait toute.

Psyché alarmée , et se doutant presque de ce qui lui était arrivé » se hâta de sortir de cette cave, impatiente de rencontrer quelque fontaine , dans laquelle elle pût apprendre l'état où cette vapeur l'avait mise. Quand elle fut dans la tour y et qu'elle se présenta à la porte , les épines qui la bouchaient , et qui s'étaient d'ellesmêmes détournées pour laisser passer Psyché la première fois, ne la reconnaissant plus, l'arrêtèrent. La tour fut contrainte de lui demander son nom. Notre infortunée le lui dit en soupirant. Quoil c'est vous y Psyché! Qui vous a teint le visage de cette sorte? Allez vite vous laver, et gardez bien de vous présenter en cet état à votre mari. Psyché court à un ruisseau qui n'était pas loin , le cœur lui battant de telle manière que l'haleine lui manquait à chaque pas. Enfin elle arriva sur le bord de ce ruisseau , et , s'étant penchée , elle y aperçut la plus belle More du monde» Elle n'avait ni le nez ni la bouche comme l'ont celles que nous voyons , mais enfin c'était une More. Psyché, étonnée, tourna la tête pour voir si quelque Africaine ne se regardait point derrière elle. N'ayant vu personne , et certaine de son malheur , les genoux commencèrent à lui iaillir , les bras lui tombèrent. Elle essaya toutefois inutilement d'efRicer cette noirceur avec l'onde.

Après s'être lavée longtemps sans rien avancer: O destins! s'écria-t-elle,mecondamnerezvous à perdre aussi la beauté? Cythérée , Cythérée, quelle satisfoction vous attend! Quand je me présenterai parmi vos esclaves, elles me rebuteront, je serai le déshonneur de votre oour.Qu'ai-je fait qui méritât une telle honte? ne vous suffisait-il pas que j'eusse perdu mes parents , mon mari , les richesses , la liberté , sans perdre encore l'unique bien avec lequel les femmes se consolent de tous malheurs? Quoi I ne pouviez-vous attendre que les années vous vengeassent? c'est une chose sitAt passée que la

beauté des mortelles ! la mélancolie serait vcqqc au secours du temps. Mais j'ai tort de vous accuser : c'est moi seule qui suis la cause de mon infortune ; c'est cette curiosité incorrigible qui, non contente de m'avoir ôté les bonnes grâces de votre fils , m'ôte aussi le moyen de les regagner. Hélas ! ce sera ce fils le premier qui me regardera avec horreur, et qui me fuira. Je l'ai cherché par tout l'univers , et j'appréhende de le trouver! Quoi! mon mari me fuira ! mon mari qui me trouvait si charmante ! Non , non , Vénus, vous n'aurez pas ce plaisir ; et, puisqu'il m'est défendu d'avancer mes jours, je me retirerai dans quelque désert où personne ne me verra ! j'achèverai mes destins parmi les serpents et parmi les loups : il s'en trouvera quelqu'un d'assez pitoyable * pour me dévorer.

Dans ce dessein elle court à une forêt voisine, s'enfonce dans le plus profond , choisit pour principale retraite un antre effroyable. Là son occupation est de soupirer et de répandre des larmes : ses joues s'aplatissent , ses yeux se cavent ; ce n'était plus celle de qui Vénus était devenue jalouse : il y avait au monde telle mortelle qui l'aurait regardée sans envie.

L'Amour commençait alors à sortir; et, comme il était guéri de sa colère aussi bien que de sa brûlure, il ne songeait plus qu'à Psyché. Psyché devait faire son unique joie; il devait quitter ses temples pour servir Psyché : résolutions d'un nouvel amant. Les maris ont de ces retours, mais ils les font peu durer. Ce marici ne se proposait plus de fin dans sa passion , ni dans le bon traitement qu'il avait ràolu de fiiire à sa femme. Son dessein était de se jeter à ses pieds, de lui demander pardon, de lui protester qu'il ne retomberait jamais en de telles bizarreries. Tant que la journée durait il s'entretenait de ces choses : la nuit venue, il continuait , et continuait encore pendant son sommeil. Aussitôt que l'aurore commençait à poindre, il la priait de lui ramener Psjxhé ; car la fée l'avait assuré qu'elle reviendrait des enfers. Dès que le soleil était levé^ notre époux quittait le lit, afin d'éviter les visites de sa mère, et s'allait promener dans lebois où la belle Ëthio-

* Jssezsmiibté à la pUié. Le oBOt ^toffûNe s'emidoie aocaeUement rarement dtns ce ww, qui est oepeodant le moi

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