‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 569 sur 723 · AUX NTMPBI» DB TAUX · texte numérisé non relu

AUX NTMPBI» DB TAUX

JLemplinez Tair de cris en vos grottes profondes , Tlearez, nymphes de Yaoi, faites cnrttre vos ondes, fit que rAnqaeuil* enilé ravage les trésors Dont les regards de Flore ont embelli ses bords. -Qatie Mimera point vos larmes innocentes; Vous poovez donnercoors à vos douleurs pressantes; Chacun attend de vous ce devoir généreux : Les Destins sont contents : Oronte est malheureux'. Vous Tavez vu naguère au bord de vos fontaines, Qui , sans craindre du sort les faveurs incertaines , Plein d'édat , plein de gloire , adoré des mortels , Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux auleb^ Hélas I qu'il est déchu cte ce bonheur suprême ! Que vous le trouveriez différent de lui-nième I Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits: Les soucis dévorants , les regrets, les ennuis,

* Fouqnetf dam le momentde n plus grande fortime, et, à ee qu'il croyait , deia plus haute Careur, Ait arrêté à Ranin le 8 aeptembro 1601, c'eat-à-dire dix-neuf jourt après aroir donné à Lonia XIV et à toute u coor une fltte ip&endide dans ion superbe château de Vaux. Les rigueurs du roi à son égard firent craindre qu'on eût le dessein de le faire périr. La Fontaine s'adresse dans cette élégie aut nymphes de Vaux; il leur confie ses douleurs sur le malheur de son ami , et il les supplie de Béchlr le roi en fuTeur de celui qui a embelli leurs demeures avec tant de magnificence. Voyei d-aprts une lettre inédite de la Fontaine sur cet érénement On doit encore consulter, pour de plus grands éclaircissements, l'Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine, troisième édition , f S24 , tai^, p. 74 à 92.

* L'Anqueuil est une petite liTière qui passe à Vaux. (iVofe de la Fontaine.)

* VAi. Voltaire, daos sa lettre à M. de la Visdède ( t XLII! , p. SIS, édition deRenooard), prétend que la Fontaine avait mis,

Li eabftie est cootenle : Orootc est malheoreiu ;

mais que depuis 11 changea ce vers, pour ne pas trop irriter CoUMnrL

4 La Fontataie rappelle ici la fête de Vaux, qui eut lieu le 17 aoAt lesi, et qu'il a décrite dans une lettre à de llaucroix, qu'on troorera ci-après.

Hôtes infortunés de sa triste demeure ,

En des gouffres de maux le plongent à toote heure.

Voilà le précipice on Tout enfin Jeté Les attraits enchanteurs de la prospérité ! Dans les palais des rois cette plainte est commune; On n'y connaît que trop les jeux de la Fortune , Ses trompeuses ftiveurs , ses appas inconstants ; Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps. Lorsque sur cette mer on vogue à pldnes voiles , Qu*on croit avoir pour soi les vents et les étoiles , Il est bien malaisé de régler ses désirs ; Le plus sage s*endort sur la foi des zéphyrs. Jamais un favori ne borne sa carrière ; n ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière ; Et tout ce vain amour des grandeurs et du brait Ne le saurait quitter qu'après Tavoir clétruit. Tant d'exemples fameux,que Thistoire en raconte Ne sufBsaient-ils pas , sans la perte d^Onmte? Ah! si ce âiux éclat n'eût point fait ses plaisirs, Si le séjour de Vauxeilt borné ses désirs , Qu'il pouvait doucement laisser couler son Agel Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage , Cette fbule de gens qui s'en vont chaque jour Saluer à longs flots le soleil de la cour : Mais la faveur du ciel vous donne en récompense Du repos , du loisir , de Tombre , et du silence , Un tranquille sommeU,d*innocents entreliens; Et jamab à la cour on ne trouve ces biens.

Mais quittons ces pensers : Oronte nous appelle. Vous . dont il a rendu la demeure si belle , Nymphes , qui lui devez vos plus charmants appas Si le long de vos bords Louis porte ses pas, Tâdiez de radoucir , fléchissez son courage: Il aime ses sujets , il est juste , il est sage ; Du titre de clément rendez-le ambitieux ; C'est par là que les rois sont semblables aux dieux. Du magnanime Henri qu'il contemple la vie : Dès qu'il put se venger , il en perdit l'envie. Inspirez à Louis cftte même douceur:

La plus belle victoire est de vaincre son cœur. Oronte est à présent un objet de clémence : S'il a cru les conseils d'une avenue puissance y Il est assez puni par son sort rigoureux; Et c'est être innocent que d'être malheui^ux.

ÉLÉGIES

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