‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 612 sur 723 · POUR MADAME LA PRINCESSE DE CONTI · texte numérisé non relu

POUR MADAME LA PRINCESSE DE CONTI

La déesse Gonti' m^est en songe apparue : Je la crus de l'Olympe ici-bas descendue. Elle étalait aux yeux tout un monde d'attraits , Et menaçait les cœurs du moindre de ses traits. Fille de Jupiter, m'écriai-je à sa vue , On reconnaît bientôt de quel sang vous sortez. Uair, la taille, le port , un amas de beautés , Tout excelle en Conti ; chacun lui rend les armes : Sa présence en tous lieux fera dire toujours :

Voilà la fille des Â^mours ;

Elle en a la grâce et les charmes.

On ne dira pas moins , en admirant son air,

C'est la fille de Jupiter.

Qoand Morphée à mes sens présenta son image, Elle allait en un bal s'attirer maint hommage. Je la suivis des yeux ; ses regards et son port Remplissaient en chemin les cœurs d'un doux transport Le songe me rofTrit par les Grâces parée : Telle anx noces des dieux ne va point Cylhérée ; T^Ue même on ne vit cette fille des flots Du prix de la beauté triompher dans Paphos. Conti me parut lo([s mille fois plus légère Qne ne dansent aux bois la nymphe et la bergère : L'herbe Taurait portée ; une fleur n'aurait pas

Reçu Fempreinte de ses pas :

Elle senoblait raser les airs à la manière

Qne les dieux marchent dans Homère.

Ced n'est-il point trop savant?

Des éruditions la cour est ennemie :

Même on les voit assez souvent

Rebuter par TAcadémie.

Hélas I en cet endroit mon songe fût trop court ; Je sentis ef&cer de si douces images; Et , la nuit ramenant les entretiens du jour, Je me représentai de perfides courages ; Je ramassai les bruits que de divers endroits

* La Fontaine , dans le camafal de f 6S9. arait vu la Jeune prinoesBe douairière de Cooti parée , et prête à partir pour le bal. Il enrëra la nuit. Tel eit le sujet de on vers , qu'il envoya le Jour suivant I la prlnoesse. Voyez YBUtoire de la vie et des waarageê de la Fontaine , troisième édition , p. 493.

* C'est de Marie-Anne ou Anne-Marie de B«)urbon , fille du roi| et de mademoiselle de la TalUére qu*il ett Ici question. KUe naquit le 2 octolne 1066 , et mourut le 3 mai 1738. Alors veuve de Louis- Armand de Conti^ elle était, lorsque fa Footaioe compoaa cette pièce , princesse douaîrièfc de Conti ; et on la désignait toujours ainsi pour la distinguer de l'autre prin- Cfsse de Conti, on de Maric^Thérèse de Bourbon, petke-filledn grand Condé . mariée au prince de la Bochc-sur-Yon , ou au second prince de Conti , frère d'Aronod.

Vient répandre chez nous la déesse aux cent voix , Qui du songe inventeur imite les ouvrages. Morphée , accompagné de ses plus noirs démons , Me peignit cent Etats brouillés en cent façons. A Conti succéda ce que fait TAngleterre : Je ne vis qu'un chaos plein d'appareils de guerre. Que les enfants de Mars ont un différent air

De la fille de Jupiter 1 Songe, pap qui me fut son image tracée , Ne reviendrez-vous plus l'offrir à ma pensée? En finissant trop tôt vous causez trop d'ennuis. Faites de vos faveurs un plus juste partage ;

Et revenez tontes les nuits,

On durez un peu davantage.

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