‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 70 sur 723 · A MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR

LE DUC DE BOURGOGiNE,

Qui arait demandé I M. de la Fontaine une fiible qol Ittt namméa U Chat et ta Souris,

Peur plaire au jeune prince à qui la Renommée

Destine un temple en mes écrits, Gomment composerai-Je une foble nommée Le diat et la souris?

Dois-je représenter dans ces vers une belle Qui, douée en apparence, et tontefbis cruelle, Ya se jouant des ccrars que ses charmes ont pris Comme le chat de la souris ?

Pnndrai-je pour sujet les jeux delà Fortune ? Rien ne lui convient mieux : et c'est chose commune Qoedelui voir traiter ceux qu'on croit ses amis Comme le chat lût la souris.

btrodnirai-je un roi qu'entre ses favoris

Elle raspeele seul , rm qui fixe sa roue ,

Qoi ii*est point empèdié d'un monde d^ennemis ,

' CTfliirïïé déê PèlMmi, fertaée par U flTlèfe BidasKia , qui lépaeta Fnnea da FBipagiie, e&fre Fontarabie et Andaye. C'en II 9W M Unicnt les cooférenoa poar la paii des Pjrénéei et k nariase de Lonii XIV t et on donna, par cette raiion» 1 «Me Be te non ^iiê de la Confêrenee. Bn 1722 on y fit auai redonne de Marie- Anne-Victoire, infante d'Etpagoe, acmdée à Loaii XV. et de mademoiieUe de llonlpeniier, accordée an prince dei Asturiei. Le roi de France avait bit bâtir é»eelfeUe, sorpllotig, undiAteandebob.pelntendelion, ^ imgnHIqnement menMé. Vofci le Jourwil d*un voffage en IqMfiia . aoee h pian de THa de ta Conférence, 1722 , in-f 2.

weia.

Et qui des plus puissants, quand il luiplatt, se Joue, Comme le chat de la souris?

Mais insensiblement , dans le tour que j'ai pris ^ Mon dessein se rencontre ; et , si je ne m'abusoi Je pourrais tout gâter par de plus longs récits : Le jeune prince alors^ se jouerait de ma muse Gomme le chat de la souris

FABLE V

Le vieux Cliat et la jeune Souris,

Une jeune souris, de peu d'expérience ,

Crat fiédiir un vieux chat, implorant sa démenée }

Et payant de raisons le Rammagrobis.

Laissei-mol vivre : une souris

De ma taille et de ma dépense

Est-elle à charge en ce logis ?

Aflkmerais*je , à votre avis ,

L'hôte et l'hôtesse , et tout leur Inonde ?

D'un grain de blé je me nourris :

Une noix me rend toute ronde.

A présent je suis maigre ; attendez quelque temps. Réservez ce repas à messieurs vos enfonts. Ainsi pariait au chat la souris attrapée.

L'autre lai dit : Tu t'es trompée ; Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours? Tu gagnerais autant de parler à des sourds. Chat , et vieux , pardonner ! cela n'arrive guères. •

Selon ces lois, descends là-bas,

Meurs , et Va-t'en, tout de ce pas.

Haranguer les sonirs filandières :

Mes enfonts trouveront assez d'autres repaïf •

Il tint parole. Et pour ma feble Voici le sens moral qui peut j convenir :

La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir^ La vieillesse est impitoyable.

FABLE VI

Le Cerf malade.

En pays pleui de cerb , un cerf tiimba malade.

Incontinent maint camarade Accourt à son grabat le voir , le secourir, Le consoler du moins : multitude importune.

Ehl messieurs , laissez-moi mourir :

Permettez qu'en forme commune La Parque m'expédie ; et finissez vos pleurs.

Point du tout : les consolateurs De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent ,

Quand il plut à Dieu s'en allèrent :

Ce ne fût pas sans boire uncoupi

FABLES

G*e8t-à-dire,8aiis prendre an droit de pâtarage. Toat se mit à brouter les bois du Toisinage. La ]>i(ance du cerf en déchut de beaucoup.

Il ne trouva plus rien à frire * :

D*un mal il tomba dans un pire ,

Et se vit réduit â la fin

A jeûner et mourir de faim.

Il en coûte à qui tous réclame , Médecins du corps et de Tâme 1 O temps ! ô mœurs ! f ai beau crier. Tout le monde se fait payer.

FABLE VIL La Chauvê'Souris , U Buisson y et h Canard.

Le buisson, le canard , et la cbauve-souris ,

Voyant tous trois qu'en leur pays

Ils faisaient petite fortune , Vont trafiquer au loin , et font bourse commone. Ils ayatent des comptoirs , des facteurs , des agents

Non moins soigneux qu'intelligents , Des registres exacU de mise et de recette.

Tout allait bien; quand leur emplette,

En passant par certains endroits

Remplis d'écueils et fort étroi'.s ,

Et de trajet très-difficile , AII9 tout emballée au fond des magasins

Qui du Tartâresont voisins.

Notre trio poussa maint regret inutile;

Ou plutôt il n*en poussa point :

Le plus petit mardiand est savant sur ce point : Pour sauver son crédit, il fout cacher sa perte. Celle que , par malheur, nos gens avaient soufferte Ne put se réparer : le cas fut découvert. Les voiU sans crédit, sans argent, sans ressource,

Prêts à porter le bonnet vert •.

Aucun ne leur ouvrît sa bourse.

Et le sort principal , et les gros intérêts ,

Et les sergents , et les procès ,

Et le créancier à la porte

" Pbrâje prorcriiiale . pour dire : il n'eut plus rien à mtmgt^r, • C esWHlIre prèU i te laisser revéUr du bonnet ver! pour éviter la prison. Boileau a dit : .

00 que d'un botmtt rert le sa:ulair« arrronl RétrlMe les lauriers qui lui couTreol le fronf.

Stiln ï, T. 13.

sur quoi Doileau t lui-même fait cette remarque : e Du temps

• que cette nUre fut faite» un débiteur insolvable pouvait sorw

• tir de prison en laisant<:e#do».c'cst^^ni en souffrant qu'on « lui mit en pleine rue un bonnet vert sur le front, t Cette coutume, si peu conforme à nos mœun, déchappcr au cbaiimcnt par la bonté, nous était venue d'Italie dans le seizième •Iode. Vofci Pasqaier, aeeherekei, iiv. IV, ch. x.

Dès devant la pointe du jour , N'occupaient le trio qu'à chercher maint détour

Pour contenter cette cohorte.

Le buisson accrochait les passants à tous coups. Messieurs , leur disait-îi , de grâce, apprenez-nous . ; En quel lieu sont les marchandises

Que certains gouffres nous ont prises.

Le plongeon sous les eaux s'en allait les chercher. L'oiseau chauve-souris n'osait plus approcher

Pendant le jour nulle demeure :'

Suivi de sergents à toute heure ,

En des trous il s'allait cacher.

Je connais maint detteur ' qui n'est ni sonris-chaure, Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé; Mais ^mple grand seigneur, qui tousles jours se sauve Par un escalier dérobé.

FABLE VIII»

La Querelle des Chiens eî des ChaU^ et celle des Chais et des Souris \

L# Discorde a toujours régné dans l'univers ; Notre inonde en fournit mille exemples divers : Chez nous celte déesse a plus d'un tributaire.

Commençons par les éléments :

Vous serez étonnés de voir qu'à tons moments

Ils setoai appomtés contraire *,

• On disait autrefois debteur ou dftteur, au lien de déifiUtir, Un commentateur de notre poète a eu tort d'avancer que ce mot était de l'invention de Rabelais: Jusqu'au commencement du dit-septième sic'cle on n'en connaissait pas d'autre pour eiprimer le mot debitor des Latins. Dans Nicot {,Tkrésor de la laih gue fiançoyse, 1606, in-16llo, p. 178). on trouTC debteur, H on ne trouve pas débUeuri mab ce dernier mot fut peu de temps aprèf substitué à l'autre . qui se trouva en quelque sorte proscrit par une décision de Vaugclas. ( Voyfi Rmuirquei tw la langue françolsf . t. I . p. 959, édit I6S7. in4% au mot detteur,) Ce changement a été une perte pour la langue, puisqu'on n'a plus eu qu'un seul et même mol pour exprimer deux cboscs dilTérentes, et qui n'ont point de rapport entre eUes. On dit detlier en Normandie, ,

> Celte faUc a depuis été publiée, «nr nne autre copie, dans lesÛBwrM posthumes de la Fontaine, p. n%

SGuill. ILtudent. trois cent soixante et six Jpologues d'Esope, eu,, traduits nouvellement en Hthme françoyse, 1547, inH6, £U)le lxii réimprimés dans Robert. Fable» inédites, p. CLxxxix del'inlroducUon, delà Gueire des Chiens, des Chats , et des Souiis, Celte fable n'est pas dans Esope , et parait être de l'invention de Guill. Haudent

fi V4B. Pans les Œuvres posthumes, ceIXe faUe ooromeoct ainsi :

ta Discorde, sax yeox de trsTers, Reine da monde rablanatrc, au de Toirqne notre univers Est detena son irlbaialre.

Corameoçons par la éléments t Voua trouvères qu'A Iook mooieots lia sont appointés contraire.

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