LIVRE I
Si bien qo'on jfmr qu'Us étaient en devis,
Ifinotolo, pour lors de la partie ,
Comme en passant , mit dessus letapis
Certains propos de certaines coquettes ,
Certain mari , certaines amourettes ,
Qd'U controuva sans personne nommer ;
Et fit si bien que madame Catelle
De son époux commence à s'alarmer ,
Entre en soupçon , prend le morceau pour elle.
Tant en fut dit, que la pàuirre femelle,
Ne pouvant plus durer en tel tourment ,
Voalat savoir de son défunt amant,
Qo'elle tira dedans une ruelle ,
De queUes ^eos il entendait parler ,
Qui, quoi, comment , et ce qu'il voulait dire.
Vous avez eu , lui dit41 , trop d'empire
Sur mon esprit, pour vous dissimuler.
Votre mari voit madame Simonne ;
Vous connaissez la galante que c'est ;
Je ne le dis pour offenser personne ;
Mais il y va tant de votre intérêt ,
Que je n*ai pu me taire davantage.
à je vivais dessous votre servage,
Comme autrefois , je me garderais bien
De TOUS tenir un semblable langage ,
Qai de ma paut ne serait bon à rien.
De ses amants toujours on se méfie.
Vous penseriez que par supercherie
Je vous dirais du mal de votre époux ;
Hais, grâce à Dieu , je ne veux rien de vous :
Ce qui me meut n'est du tout que bon zèle.
Depuis un jour j'ai certaine nouvelle
Que votre époux , diez Janot le baigneur ,
Doit se trouver avecque sa donzelle.
Comme Janot n est pas fort grand seigneur ,
Pour cent ducats vous lui ferez tout dire ;
Pour cent ducats il fera tout aussi.
Vous pouvez donc tellement vous conduire ,
Qq au rendez-vous trouvant votre mari ,
U sera pris sans s'en pouvoir dédire.
Void comment. La dame a stipulé
Qu'en une chambre où tout sera fermé
L'on les mettra , soit craignant qu'on n'ait vue
Sur le baigneur ; soit que , sentant son cas ,
Simonne eneor n'ait toute honte bue.
Prenez sa place , et ne marchandez pas :
Gagnez Janot , donnez-lui cent ducats :
n vous mettra dedans la chambre noire ,
Non pour jeûner, comme vous pouvez croire;
Trop bien ferez tout ce qu'il vous plaira.
Me pariez point , vous gâteriez l'histoire ;
Et vous verrez comme tout en ira.
L'expédient plut très-fort à Catelle.
De grand dépit Richard elle interrompt.
Je vous entends , c'est assez, lui dit-elle, Laissez-moi (aire ; et le drôle et sa belle Verront beau jeu , si la corde ne rompl. Pensent-ils donc que je sois quelque buse?
• Lors pour sortir elle prend une excuse ,
Et tout d'un pas s'en va trouver Janot ,
A qui Richard avait donné le root.
L*argent fait tout : si l'on en prend en France
Pour obliger en de~semblables cas ,
On peut juger avec grande apparence
Qu*en Italie on n'en refuse pas.
Pour tout carquois , d'une large escarcelle
En ce pays le dieu d'ainour se sert.
Jànot en prend de Ricliard , de Catelle;
Il en eût piris du grand diable d'enfer.
Pour abréger , la chose s'exécute
Comme Richard s'était imaginé.
Sa maîtresse eut d'abord quelque dispute
Avec Janot, qui fit le réservé ;
Mais en voyant bel argent bien compté ,
n promet plus que Ton ne lui demande.
Le temps venu d'aller au rendez-vous ,
Minutolo s'y rend seul de sa bande;
Entre en la chambre , et n'y trouve aucuns trous
Par où le jour puisse nuire à sa flamme.
Guère n'attend : il tardait à la dame
D'y rencontrer son perfide d'époux ,
Bien préparée à lui chanter sa gamme.
Pas n'y manqua ; Ton peut s'en assurer.
Dans le lieu dit Janot la fit entrer.
Là ne trouva ce qu'elle allait chercher ,
Point de mari , point de dame Simonne ,
Mais aalieu d'eux Minutol en personne.
Qui sans parler se mit à l'embrasser.
Quant au surplus je le laisse à penser :
Chacun s'en doute assez sans qu'on le die.
De grand plaisir notre amant s*extasie.
Que si le jeu plut beaucoup à Richard ,
Catelle aussi, toute rancune à part,
Le laissa feii-e , et ne voulut mot dire.
Il en profite, et se garde de rire ;
Mais toutefois ce n'est pas sans effort.
De figurer le plaisir qu'a le sire ,
Il me faudrait un esprit bien plus fort :
Premièrement il jouit de sa belle ,
En second lieu il trompe une cruelle,
Et croit gagner les pardons en cela.
Mais à la fin Catelle s'emporta.
C'est trop souffrir , traître! ce lui dit-elle :
Je ne suis pas celle (lue tu prétends.
iS8
CONTES ET NOUVELLES
Lais8e-in<M là , Binon à belles dents Je te déchire et te saute à la vue.
C'est donc cela que tu te tiens en mue ■ , Fais le malade et te [dains tous les jours , ' Te réservant sans doute à tes amours?
Parle , méchant , dis-moi , suis-je pourvue De moins d'appas, ai-je moins d'agrément , Moins de beauté , que ta dame Simonne?
Le rare oiseau 1 ô la belle friponne 1 T^aimais-je moins? Je te hais à présent ; Et plût à Dieu que je t'eusse vu pendre 1
Pendant cela Richard pour Tapaiser
La caressait, tâchait de la baiser;
Mais il ne put , elle s'en sut défendre.
Laisse-moi là 1 se mit-elle à criar ;
Cooune un enfant penses-tu me traiter?
N'approche point, je ne suis plus ta femme ;
Rendsmoi mon bien : va-t'en trouver ta dame:
Va, déloyal , va-t'en , je te le dis I
Je suis bien sotte et bien de mon pays
De te garder la foi du mariage I
A quoi tient-il que , pour te rendre sage ,
Tout sur-le<;hamp je n'envoyé quérir
Minntolo, qui m'a si fort chérie?
Je le devrais afin de te punir;
Et, sur ma foi , j'en ai presque l'envie.
A ce propos le galant éclata.
Tu ris , dit-elle : 6 dieux ! quelle insolence 1
Rongira-t-il? Voyons sa contenance.
Lors de ses bras la belle s'échappa ,
D'une fenêtre à tâtons approcha ,
L'ouvrit de force , et fot bien étonnée
Quand elle vit Minutol s<m amant
Elle tomba plus d'à demi pâmée.
Ah 1 qui t'eût cru , ditrclle , si méchant I
Que dira-tr(«? me voilà diflbmée 1
Qui le saura? dit Richard à Tinstant :
Janot est sûr , j'en réponds sur ma vie.
Excusez donc si je vous ai trahie ;
Ne me sachez mauvais gré d'un iel tour :
Adresse , force , et ruse , et tromperie ,
Tout est permis en matière d'amour.
Tétais réduit, avant ce stratagème,
A vous servir , sans plus , pour vos beaux yeux :
Ai-je &illi de me payer moi-même ?
Ueussiez-vous foit? Non, sans doute; et les dieux
En ce rencontre ont tout iaitpour le mieux.
Je suis content : vous n'êtes point coupable :
> C'efU-dii«,ipieto gardes le lit, ou que ta te tieu enrelnttie. Le mot mue, en ancien françab, rignlfialt et ilsnifie encore une Srande cage où Ton mettait lesTolailles devinées à élre engnii-
•ées. et où ella muaUta on changeaient de plumage.
Est-ce de quoi paraître inconsolaUe?
^ Pourquoi gémir? J'en ootmais, Dieu merd| Qui voudraient bien qu'on les trompât ainsi.
Tout ce discours n'apaisa point Gatelle; Elle se mit à [deurer tendrement^ En cet état elle parut si beMe , Que Minutol , de nouveau s'enflamraant , Lui prit la main. Laisse^noi, lui dit-elle; Contente-toi : veux-tu donc que j'appelle Tous les voisins , tous les gens de Janot? Ne faites point , ditril , cette folie ; Votre (4i]s court est de ne dire mot : Pour de l'aident, et non par tromperie ( Comme le monde est à présent bâti ) , L'on vous croirait venue en ce lieu-d.
Que si d'ailleurs cette snperefaerie Allait jamais jusqu'à votre mari , Quel déplaisir 1 songez-y , je vous prie : En des combats n'engagez point sa vie ; Je suis du moins aussi mauvais que lui.
A ces raisons enfin Catelle cède.
La chose étant, poursuit41, sans remède,
Le mieux soa que vous vousconsoUez.
N'y pensez plus. Si pourtant vous vouliez...
Mab bannissons bien loin toute tspémoce :
Jamais mon zèle et ma persévérance
N'ont eu de vous que mauvais traitement...
Si vous vouliez , vous foriez aisément
Que le plaisir de cette jonissanoe
Ne serait pas » comme il est , imparfïdt :
Que fe8te441? le plus fbrt en est foît.
Tant bien sut dire et prêcher, que la dame, Séchant ses yeux, rassérâunt son âmCi Plus doux que miel à la fin Técoota.; D'une foveur en une antre il passa, Eut un souris , puis après autre diose, Pub un baiser , puis autre chose encor ; Tant que la belle , après un peu d'effort, Vient à aaa point , et le drôle en dispose. Heiveux cent fois plus qu'il n'avait été : Car quand l'amour d'un et d'autre côté Veut s'entremettre, et prend part àl'aflEûre , Tout va bien mieux , comme m'ont a^nré Ceux que l'on tient savants en ce mystère.
Ainsi Richard jouit de ses amours , Vécut content , et fit force bons tours , Dont celui-ci peut passer à la montre '.
« ▲ larevne. à l'occasion, et loutenir la comparaison avec fei autres.