‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 83 sur 723 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Si bien qo'on jfmr qu'Us étaient en devis,

Ifinotolo, pour lors de la partie ,

Comme en passant , mit dessus letapis

Certains propos de certaines coquettes ,

Certain mari , certaines amourettes ,

Qd'U controuva sans personne nommer ;

Et fit si bien que madame Catelle

De son époux commence à s'alarmer ,

Entre en soupçon , prend le morceau pour elle.

Tant en fut dit, que la pàuirre femelle,

Ne pouvant plus durer en tel tourment ,

Voalat savoir de son défunt amant,

Qo'elle tira dedans une ruelle ,

De queUes ^eos il entendait parler ,

Qui, quoi, comment , et ce qu'il voulait dire.

Vous avez eu , lui dit41 , trop d'empire

Sur mon esprit, pour vous dissimuler.

Votre mari voit madame Simonne ;

Vous connaissez la galante que c'est ;

Je ne le dis pour offenser personne ;

Mais il y va tant de votre intérêt ,

Que je n*ai pu me taire davantage.

à je vivais dessous votre servage,

Comme autrefois , je me garderais bien

De TOUS tenir un semblable langage ,

Qai de ma paut ne serait bon à rien.

De ses amants toujours on se méfie.

Vous penseriez que par supercherie

Je vous dirais du mal de votre époux ;

Hais, grâce à Dieu , je ne veux rien de vous :

Ce qui me meut n'est du tout que bon zèle.

Depuis un jour j'ai certaine nouvelle

Que votre époux , diez Janot le baigneur ,

Doit se trouver avecque sa donzelle.

Comme Janot n est pas fort grand seigneur ,

Pour cent ducats vous lui ferez tout dire ;

Pour cent ducats il fera tout aussi.

Vous pouvez donc tellement vous conduire ,

Qq au rendez-vous trouvant votre mari ,

U sera pris sans s'en pouvoir dédire.

Void comment. La dame a stipulé

Qu'en une chambre où tout sera fermé

L'on les mettra , soit craignant qu'on n'ait vue

Sur le baigneur ; soit que , sentant son cas ,

Simonne eneor n'ait toute honte bue.

Prenez sa place , et ne marchandez pas :

Gagnez Janot , donnez-lui cent ducats :

n vous mettra dedans la chambre noire ,

Non pour jeûner, comme vous pouvez croire;

Trop bien ferez tout ce qu'il vous plaira.

Me pariez point , vous gâteriez l'histoire ;

Et vous verrez comme tout en ira.

L'expédient plut très-fort à Catelle.

De grand dépit Richard elle interrompt.

Je vous entends , c'est assez, lui dit-elle, Laissez-moi (aire ; et le drôle et sa belle Verront beau jeu , si la corde ne rompl. Pensent-ils donc que je sois quelque buse?

• Lors pour sortir elle prend une excuse ,

Et tout d'un pas s'en va trouver Janot ,

A qui Richard avait donné le root.

L*argent fait tout : si l'on en prend en France

Pour obliger en de~semblables cas ,

On peut juger avec grande apparence

Qu*en Italie on n'en refuse pas.

Pour tout carquois , d'une large escarcelle

En ce pays le dieu d'ainour se sert.

Jànot en prend de Ricliard , de Catelle;

Il en eût piris du grand diable d'enfer.

Pour abréger , la chose s'exécute

Comme Richard s'était imaginé.

Sa maîtresse eut d'abord quelque dispute

Avec Janot, qui fit le réservé ;

Mais en voyant bel argent bien compté ,

n promet plus que Ton ne lui demande.

Le temps venu d'aller au rendez-vous ,

Minutolo s'y rend seul de sa bande;

Entre en la chambre , et n'y trouve aucuns trous

Par où le jour puisse nuire à sa flamme.

Guère n'attend : il tardait à la dame

D'y rencontrer son perfide d'époux ,

Bien préparée à lui chanter sa gamme.

Pas n'y manqua ; Ton peut s'en assurer.

Dans le lieu dit Janot la fit entrer.

Là ne trouva ce qu'elle allait chercher ,

Point de mari , point de dame Simonne ,

Mais aalieu d'eux Minutol en personne.

Qui sans parler se mit à l'embrasser.

Quant au surplus je le laisse à penser :

Chacun s'en doute assez sans qu'on le die.

De grand plaisir notre amant s*extasie.

Que si le jeu plut beaucoup à Richard ,

Catelle aussi, toute rancune à part,

Le laissa feii-e , et ne voulut mot dire.

Il en profite, et se garde de rire ;

Mais toutefois ce n'est pas sans effort.

De figurer le plaisir qu'a le sire ,

Il me faudrait un esprit bien plus fort :

Premièrement il jouit de sa belle ,

En second lieu il trompe une cruelle,

Et croit gagner les pardons en cela.

Mais à la fin Catelle s'emporta.

C'est trop souffrir , traître! ce lui dit-elle :

Je ne suis pas celle (lue tu prétends.

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CONTES ET NOUVELLES

Lais8e-in<M là , Binon à belles dents Je te déchire et te saute à la vue.

C'est donc cela que tu te tiens en mue ■ , Fais le malade et te [dains tous les jours , ' Te réservant sans doute à tes amours?

Parle , méchant , dis-moi , suis-je pourvue De moins d'appas, ai-je moins d'agrément , Moins de beauté , que ta dame Simonne?

Le rare oiseau 1 ô la belle friponne 1 T^aimais-je moins? Je te hais à présent ; Et plût à Dieu que je t'eusse vu pendre 1

Pendant cela Richard pour Tapaiser

La caressait, tâchait de la baiser;

Mais il ne put , elle s'en sut défendre.

Laisse-moi là 1 se mit-elle à criar ;

Cooune un enfant penses-tu me traiter?

N'approche point, je ne suis plus ta femme ;

Rendsmoi mon bien : va-t'en trouver ta dame:

Va, déloyal , va-t'en , je te le dis I

Je suis bien sotte et bien de mon pays

De te garder la foi du mariage I

A quoi tient-il que , pour te rendre sage ,

Tout sur-le<;hamp je n'envoyé quérir

Minntolo, qui m'a si fort chérie?

Je le devrais afin de te punir;

Et, sur ma foi , j'en ai presque l'envie.

A ce propos le galant éclata.

Tu ris , dit-elle : 6 dieux ! quelle insolence 1

Rongira-t-il? Voyons sa contenance.

Lors de ses bras la belle s'échappa ,

D'une fenêtre à tâtons approcha ,

L'ouvrit de force , et fot bien étonnée

Quand elle vit Minutol s<m amant

Elle tomba plus d'à demi pâmée.

Ah 1 qui t'eût cru , ditrclle , si méchant I

Que dira-tr(«? me voilà diflbmée 1

Qui le saura? dit Richard à Tinstant :

Janot est sûr , j'en réponds sur ma vie.

Excusez donc si je vous ai trahie ;

Ne me sachez mauvais gré d'un iel tour :

Adresse , force , et ruse , et tromperie ,

Tout est permis en matière d'amour.

Tétais réduit, avant ce stratagème,

A vous servir , sans plus , pour vos beaux yeux :

Ai-je &illi de me payer moi-même ?

Ueussiez-vous foit? Non, sans doute; et les dieux

En ce rencontre ont tout iaitpour le mieux.

Je suis content : vous n'êtes point coupable :

> C'efU-dii«,ipieto gardes le lit, ou que ta te tieu enrelnttie. Le mot mue, en ancien françab, rignlfialt et ilsnifie encore une Srande cage où Ton mettait lesTolailles devinées à élre engnii-

•ées. et où ella muaUta on changeaient de plumage.

Est-ce de quoi paraître inconsolaUe?

^ Pourquoi gémir? J'en ootmais, Dieu merd| Qui voudraient bien qu'on les trompât ainsi.

Tout ce discours n'apaisa point Gatelle; Elle se mit à [deurer tendrement^ En cet état elle parut si beMe , Que Minutol , de nouveau s'enflamraant , Lui prit la main. Laisse^noi, lui dit-elle; Contente-toi : veux-tu donc que j'appelle Tous les voisins , tous les gens de Janot? Ne faites point , ditril , cette folie ; Votre (4i]s court est de ne dire mot : Pour de l'aident, et non par tromperie ( Comme le monde est à présent bâti ) , L'on vous croirait venue en ce lieu-d.

Que si d'ailleurs cette snperefaerie Allait jamais jusqu'à votre mari , Quel déplaisir 1 songez-y , je vous prie : En des combats n'engagez point sa vie ; Je suis du moins aussi mauvais que lui.

A ces raisons enfin Catelle cède.

La chose étant, poursuit41, sans remède,

Le mieux soa que vous vousconsoUez.

N'y pensez plus. Si pourtant vous vouliez...

Mab bannissons bien loin toute tspémoce :

Jamais mon zèle et ma persévérance

N'ont eu de vous que mauvais traitement...

Si vous vouliez , vous foriez aisément

Que le plaisir de cette jonissanoe

Ne serait pas » comme il est , imparfïdt :

Que fe8te441? le plus fbrt en est foît.

Tant bien sut dire et prêcher, que la dame, Séchant ses yeux, rassérâunt son âmCi Plus doux que miel à la fin Técoota.; D'une foveur en une antre il passa, Eut un souris , puis après autre diose, Pub un baiser , puis autre chose encor ; Tant que la belle , après un peu d'effort, Vient à aaa point , et le drôle en dispose. Heiveux cent fois plus qu'il n'avait été : Car quand l'amour d'un et d'autre côté Veut s'entremettre, et prend part àl'aflEûre , Tout va bien mieux , comme m'ont a^nré Ceux que l'on tient savants en ce mystère.

Ainsi Richard jouit de ses amours , Vécut content , et fit force bons tours , Dont celui-ci peut passer à la montre '.

« ▲ larevne. à l'occasion, et loutenir la comparaison avec fei autres.

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