‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 2)Chapitre 27 sur 32 · AUX URSULINES DE MELUN · texte numérisé non relu

AUX URSULINES DE MELUN

Cambial, ce 17 novembre (iGi)S).

J E prends en vérité beaucoup de part à la doideur et à la joie de Tillustre ami , car il y a en cette occasion l'obligation d'unir ce que Saint Paul sépare : Flere cum Jlentibus , gaiidtre ciini gandentibus. La nature s'afflige , et la foi se réjouit dans le même cœur ; mais je m'assure que la foi l'emportera bientôt, et que sa joie, se répandant sur la nature , en noiera tous les sentimens humains. Il est impossible qu'une telle séparation n'ait fait d'abord une grande plaie dans un cœur paternel; mais le remède est dans la plaie, et cette affliction est la source de consolations infinies pour l'avenir, et dès à présent. Je ne doute point qu'il ne conçoive combien il a d'obligation à la bonté de Dieu , d'avoir daigné choisir dans son petit troupeau une victime qui lui sera consacrée et immolée toute sa vie en un holocauste d'amour et d'adoration , et de l'avoir cachée dans le secret de sa face pour y mettre à couvert de la corruption du siècle toutes les bonnes qualités qui ne lui ont été données que pour Dieu. Au bout du compte 5 il s'en doit prendre un peu à lui-même. La

)onne éducation qu'il lui a donnée, et les senlimens le reiif^iou qu'il lui a inspii'és , l ont conduite à x'aulel lu sacrifice. Elle a cru ce qu'il lui a dit, que de ces leux hommes qui sont en nous ,

L'un tout esprit et tout céleste ^^ciit qu'au ciel sans cesse attache', Et des biens éternels touche' , ' On compte pour rien tout le reste.

Elle l'a de bonne foi compté pour rien sur sa parole , et plus encore sur celle de Dieu , et s'est résokie d'être ;ans cesse attacîiée au ciel et aux biens éternels. Il n'y a donc qu'à louer et à bénir Dieu , et à profiter de cet exemple de détachement des choses du monde , que Dievi nous met h tous devant les yeux dans cette généreuse retraite. Je vous prie d'assurer cet heureux père ;|ue j'ai offert sa victime à l'autel, et que je suis, avec beaucoup de respect, tout à lui '.

' Louis Racine a inséré cette lettre dans ses Mémoires sous 1 date du i4 février 1697. Celte date est évidemment fausse, attendu qu'aucune de ses sœurs ne se fit religieuse à cette époque.

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