‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 2)Chapitre 29 sur 32 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

d'une LETTIVE DE JEAN-BAPTISTE RACINE , A LOUIS RACINE SON FRÈRE.

Du 6 novembre (ijio).

Il n'y a pas un mot de vrai dans ce que vous meman dez de rexclamation démon père sur la douleur '. Jan mais homme ne l'a craint davantage ni même soufferl plus impatiemment ; mais jamais homme ne l'a reçue de la main de Dieu avec plus de soumission , si bien que , quelques jours avant sa mort , sur ce que je lu^

' On avait prétendu que Racine, dans sa dernière maladie, succombant à la violence de la douleur, avait demandé à ceuj qui l'assistaient, s'il ne lui était pas permis de terminer d'un seul coup sa vie et ses souffrances. Ce conte avait été adopt^ par Valincour , dans sa lettre à l'abbé d'OIivet, qui lui avait demandé des renseigncraens sur la vie de Racine , et, d'aprèâ cette lettre, le Père Nicéron avait répété la même fable dans ses Mémoires des Hommes illustres dans la république des lettreA Valincour, à l'époque où il écrivit sa lettre, était lié avec les ennemis de Racine , et peut-être est-on en droit de lui reprorheJ de s'être mal acquitté, en cette circonstance , de ce qu'il devaij à la mémoire du grand-homme qui l'avait honoré de son amitié. En 1-42 , Louis Racine songeait à donner «ne édition de^ Œuvres de son père, et, pour obtenir des cclaircissemens suî le fait rapporté par Valincour, il s'était adressé à son frère aine

SIXIÈME RECUEIL. 55l

disais que tous les médecins espéraient de le tirer d'affaire , il m'adressa ces belles paroles : « Ils diront ce j> qu'ils voudront; laissons-les dire; mais vous, mon i) fds , voulez-vous me tromper, et vous enlendez-vous >j avec eux ? Dieu est le maître ; mais je puis voi\s as- » surer que , s'il me donnait le clioix. ou de la vie ou a de la mort , je ne sais ce que je choisirais ; les frais M en sont faits. » Ce furent ses propres paroles. Jugez si c'est là le langage d'un homme qui succombe à la douleur. Aussi M. Despréaus. ne pouvait se lasser d'admirer l'intrépidllé chrétienne avec laquelle il était mort % et le dit lui-même au Roi , qui lui dit : « Je le sais , et cela » m'a étonné; car je me souviens qu'au siège de Gaud, » vous étiez le brave des deux. »

Je vous mande tout ceci pour vous faire voir que

' jNIadamc (le M.iintcnon en parle ainsi dans une de ses leltrcs à madame de la Maisonfort, qui voulait avoir un homme d'esprit 'pour coufesseur : « Le plus simple est le meilleur pour vous, et » vous devez vous y soumettre en enfant. Comment surmon- » terez-vous les croix que Dieu vous enverra dans le cours do » voire vie si un accent normand ou picard vous arrête, et si » vous vous dcgoùlcz d'un homme, parce iju'il n'est pas aussi » sublime que Racine ? Il vous aurait édifiée , le pauvre homme , » si vous aviez vu son humilité dans sa maladie , et son repentir » sur cette recherche de l'esprit. Il ne demanda point , d'ans ce « teins là,- un directeur àla mode; il ne vitqu'un bon prêtre de » sa paroisse. » {^Lettres de Maintcnon , cûiliou de i^Si, tomii VIII,' pag. 111.)

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j'en sais là-dessus autant qu'un autre ; mais je me garderai bien de rien donner que je ne puisse dire la vérité , et surtout bien instruire la postérité du respect ou, pour mieux dire, de la passion quil avait pour M. Arnavild , dont j'ai plusieurs lettres où il le traite de son cher ami ■ Voilà mes sentiniens , et je n'aurais envie de parler de mon père que pour instruire le public de la piété dans laquelle il est mort et nous a tous élevés.

' Ici sont supprimes quelques passages où Jean-Baptiste Racine s'exprime avec trop peu de ménagement sur le corople. fie Valincour el de l'al-bé d'Olivet.

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