ACTE II, SCÈNE II
Je vois que la raison cède à la violence. Puisque j'ai commencé de rompre le silence, Madame, il faut poursuivre ; il faut vous infoi'mer D'un secret que mon cœur ne peut plus renfermer. Vous voyez devant vous un prince déplorable , D'un téméraire orgueil exemple mémorable. Moi qui , contre l'amour fièrement révolté , Aux fers de ses captifs ai long-tems insulté ; Qui , des faibles mortels déplorant les naufrages , Pensais toujours du bord contempler les orages; Asservi maintenant sous la commune loi , Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ! Un moment a vaincu mon audace imprudente : Cette ame si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois , houleux , désespéré , Portant par-tout le trait dont je suis déchiré , Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve. Présente , je vous fuis ; absente , je vous trouve ; Dans le fond des forêts votre image me suit ; La lumière du jour , les ombres de la nuit, Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite ; Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même , pour tout fruit de mes soins superflus , Maintenant je me cherche , et ne me trouve plus. Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune; Je ne me souviens plus des leçons de ]\eptuue ; Mes seuls géraissemens font retentir les bois ;
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Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix. *
Peut-être le récit d'un amour si sauvage
Tous fait, en m'écoutant, rougir de votre ouvrage.
D'un cœur qui s'offre à vous quel farouche entretien !
Quel étrange captif pour un si beau lien !
Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère.
Songez que je vous parle une langue étrangère ;
Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés ,
Qu'Hippolyte sans vous n'aurait jamais formés.