‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 103 sur 264 · ACTE ï; SCENE II. i · texte numérisé non relu

ACTE ï; SCENE II. i

Seigneur y tant de prudence entraîne trop de soin j

Je ne sais poitit pirévoir les jnalheurs de si loin*

Je songe quelle était autrefois cette ville

Si superbe en- remparts , en héros si fertile , ;

Maîtreiâse de ^ Asie ; et je regardé enfin

Quel fut le sort de Troie , et quel est son destin.

Je ne vois que des tours que la cendre a cot^vertes ,

Un fleuve teint de sang , des campagnes désertes ,

Un enfant dans les fers , et je ne puis songer

Que Troie eigi cet état aspire à se venger.

Ah ! si du fils d^Heçtor la perte étoit jurée ,

Pourquoi d^un an entier Favons-nous dififérée ?

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu Timmoler?

Sous tant de morts , sous Ti*oie il falloit l'accabler. ,

Tout étoit juste alors : la vieillesse et Fenfance ,

En vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense j

La victoire et la nuit , plus cruelles que nous ,

Nous excitaient au meurtre et confondoient nos coups.

Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.

Mais 5 que ma cruauté survive à ma colère ,

Que, malgré la pitié dont je me sens saisir ,

Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir ,

Non, Seigneur ; que les Grecs cherchent quelqueautrj^ proie,

Qu'ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie :

De mes inimitiés le cours est achevé ;

L'Epire sauvera ce que Troie a sauvé.

'OKESTE.

Seigneur , vous savez trop avec quel artifice Un faux Astyanax fut oJBFert au supplice,

170 ANDROMÀQUE.

Oix le seul fils d'Hector devoit être conduit.

Ce n'est pas les Troyens , c'est Hector qu'on poursuit.

Oui , les Grecs sur le fils persécutent le père :

n a par trop de sang acheté leur colère ;

Ce n'est que dans le sien qu'elle peut expirer ,

Et jusque dans l'Epire il les peut attirer.

Prévenez-les.

PYRRHUS

Non , non. J'y consens avec joie :

Qu'ils cherchent dans l'Epire une seconde Troie ; Qu'ils confondent leur haine , et ne distinguent plus Le sang qui les fit vaincre , et celui des vaincus. Aussi hien ce n'est pas la première injustice Dont la Grèce , d'Achille a payé le service.

Hector en profita , Seigneur ; et quelque jour Son fils en pourrait bien profiter à son tour.

Ainsi la Grèce en. vous trouve un enfant rebelle ?

PYRRHUS

Et je n'ai donc vaincu que pour dépendre d'elle ?

ORESTE

Hermione , Seigneur , arrêtera vos coups ; Ses yeux s'opposeront entre son père et vous.

PYRRHUS

Hermione , Seigneur , peut m'être toujours chère : Je puis l'aimer , sans être esclave de son père ; Et je saurai peut-être accorder quelque jour Les soins de ma grandeur et ceux de mon amour.

Page 1