‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 115 sur 264 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Que la gloire à la fin ramène sous ses lois , Qui triomphe de Troie une seconde fois.

PYRRHUS

Dis plutôt qu'aujourd^hui commence ma victoire : D'aujourd'hui seulement je jouis de ma gloire ; Et mon cœur , aussi fier que tu Fas vu soumis , Croit avoir en l'amour vaincu mille ennemis.

Considère , Phœnix , les troubles que j'édite ; Quelle foule de maux Famour traîne à sa suite ! Que d'amis , de devoirs j'allois sacrifier !

Quels périls...- Un regard m'eût fait tout oublier : Tous les Grecs conjurés fondoient sur un rebelle. ■Je trou vois du plaisir à me perdre pour elle.

FH(BNIX.

Oui , je bénis , Seigneur , l'heureuse cruauté Qui vous rend....

PYRRHUS

Tu Vas vu comme elle m'a traité.

Je pensois , en voyant sa tendresse alarmée ,

. Que son fib me la dût renvoyer désarmée.

Pallois voir le succès de ses embrassements j Je n'ai trouvé que pleurs mêlés d'emportements. Sa misère l'aigrit ; et toujours phis faroudie , Cent fois le nom d'Hector est sorti de sa bouche. Vainement à son fils j'assûrois mon secours : <c C'est Hector , disoit-elle en Fembrassant toujours ,

' » Voilà ses yeux ; sa bouche y et déjà son aud9.ce ; » C'est lui-même} ç'eBttoi , cherépoux, que j.'embrasse.» Eh quelle e&t sa pensée? attend-elle eil ce jour

I90 ANDROMAQTJE.

Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour?

PHOIKIX.

Sans doute c'est le prix q\ie vous gardoit l'ingrate. Mais laissez-la , Seigneur.

PYRRHUS

Je vois ce qui la flatte : Sa beauté la rassure , et ^ malgré mon courroux , L'orgueilleuse m'attend encore à ses genoux.

Je la verrois aux miens, Phoenix, d'un œil tranquille. EUe est veuve d'Hector , et je suis fils d'Achille : Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus.

PHIBNIX.

Commencez donc , Seigneur , à ne m'en parler plus. Allez voir Hermione j et, content de lui plaire , OubHez à ses pieds jusqu'à votre colère.

Vous-même à cet hymen venez la disposer :

Est-ce sur un rival qu'il s'en faut reposer ? Il ne l'aime que trop.

PYRJIHUS.

Crois-tu , si je l'épouse , Qu'Andrpjnaque en son cœur n'en sera pas jalouse ?

Quoi ! toujours Andronjaquç occupe votre esprit ! Qixe vous importe, ô die^ix 1 sa joie ou son dépit? Quel charme , malgré vous , vers elle vous attire?

Non , J0 n'fti pas bien, dit tout ce ^'il lui faut dire : Ma colère a s^s yeiaxn'a paru qu'à demi; Elle -ignore à quel point je suis son ennemi.

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