ACTE I, SCENE VIÏ
Monsieur , tous mes procès alloient être finis : Il ne m^en restoit plus que quatre ou cinq petits.j Unn contre mon mari , l'autre contre mon père , Et contre mes enfants : ah Monsieur ! la misère ! Je ne sais quel biais ils ont imaginé , Ni tout ce qu'ils ont fait; mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi yêtue et nourrie, On me défend, Monsieur , de plaider de ma vie.
CHICANEAU
De plaider !
liA COMTESSE.
De plaider.
CHICANEAU
Certes , le trait est noir.
JTen suis surpris.
liA COMTESSE.
Monsieur, fen suis au désespoir.
CHICANEAU
Comment ! lier les mains aux gens de votre sorte ! Mais cette pension , Madame , est-çUe forte ?
liA COMTESSE.
Je n'en vivrois , Monsieur , que trop honnêtement. Mais vivre sans plaider, est-ce contentement?
• CHICANEAU
ï)es chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'ame, Et nous ne dirons mot ! Mais a'il vous plaît , Madame, Depuis quand plaidez- vous ?..
a6o LES PLAIDEURS,
liA COMTESSE.
n ne m'en souvient pas.
Depuis trente ans ^u plus.
CHICANEAU
Ce n'est pas trop.
liA COMTESSE.
Hélad!
CHICANEAU
Et quel âge avez-vous? Vous avez bon visage.
liA COMTESSE.
Hé ! quelque soixante ans.
CHICANEAU
Comment ! c'est le bel âge Pour plaider.
liA COMTESSE. .
Laissez faire, ils ne sont pas au bouf • J'y v^endrai ma chemise ; et je veux rien ou tout.
Madame^ écoutez-moi. Voici ce qu'il faut faire.
liA COMTESSE.
Oui, Monsieur, je vous crois comme mon propre père.
CHICANEAU
j'irois trouver mon juge.
liA COMTESSE.
Oh ! oui, Monsieur, j'irai.
CHICANEAU
Me jeter à ses pieds.