‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 229 sur 264 · ACTE III, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VII

Vous voulez que ma fuite assure vos désirs ,

Que je laisse un champ libre à vos jipuvjBaux soupirs.

Sans doute, en me voyant-, une ppdeur secrète

Ne vous laisse goûter qu'une jpie inquiète.

Hé bien, il faut partir.

' JUNÏE.

Seigneur , sans to'imputéi^. . . .

BRITANîTlCUS.

Ah ! vous deviez du moins plus longtemps' disjmter. Je ne murmure point qu'une amitié commune • Se range du parti que flatte la fortune ; Que Téclat d'un empire ait pu vous éblouir; Qu'aux dépens de ma sœur vous en voxdiez^ jcmir : Mais que de ces grandeurs comme une autr^ occupée, Vous m'en ayez paru si longtemps détrompée ; Non , je l'avoue encor , mon cœur désespéré , Contre ce seulf malheur n'étoit pomt préparé* J'ai vu sur ma ruine élever l'injustice ; De mes persécuteurs j'ai vu le ciel complice : Tant d'horreurs n'avoient point épuisé son courroux, Madame, il më restoit d'être oubUé de vouâ» . : ..

JUNIE. " •'

Dans un temps plus heureux, ma juste. impatience Vous feroit repentir de votre défiance.

Mais Néron vous menace : en ce pressant danger, Seigneur, j'ai d'autres soins que de vous afiliger. Allez , rassurez-vous , et cessez de vous plaindre ; Néron nous écoutoit et m'ordonnoit de feindre.

568 BRITANNICUS

BRITANNICUS

Quoi! le cruel....

JUKIE.

Témoin de tout notre entretien , D'un visage sévère examinoit le mien , Prêt à faire sur vous éclater la vengeance P'un geste confident de notre intelligence.

BRITANNICUS

Néron nous écoutoit, Madame ! Mais, hélas !

Vos yeux auroient pu feindre et ne m'abuser pas : Ils pouvoient me nommer Fauteur de cet outrage. L'amour est-il muet, ou n'a-t-il qu'un langage? De quel trouble un regard pouyoit me préserver I Ilfalloit....

JUNIE

n Ëdloit me taire et vous sauver.

Combien de fois , hélas ! puisqu'il faut vous le dire, Mon cœur de son désordre alloit-il vous instruire ! De combien de soupirs interrompant le cours, Ai-je évité vos yeux que je cherchois toujours ! Quel tourment de se taire, en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même , Lorsque par un regard on peut le consoler !

Mais quels pleurs ce regard auroit-il fait couler î Ah ! dans ce souvenir, inquiète, troublée, Je ne me sentois pas assez dissimulée :

De mon front efifrayé je craignois la pâleur ; Je trouvais mes regards trop pleins de ma douleur : Sans cesse il me semblpit que Néron en colère

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