‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 235 sur 264 · SCÈNE IL NÉRON, AGRIPPINE · texte numérisé non relu

SCÈNE IL NÉRON, AGRIPPINE

A G R I P P I N E , s'assey ant.

Approchez-vous , Néron , et prenez votre place. On yeut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir :

De tous ceux que j'ai faits je yais vous éclaircir.

Vous régnez : vous savez combien votre naissance Entre Tempire et vous avoit mis de distance.

Les droits de mes aïeux, que Rome a consacrés, Etoient laême s£^ns moi d'inutiles degrés.

Quand de Britannicus la mère condamnée y Laissa de Claudius disputer l'hyménée y Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix , Qui de ses affranchis mendièrent les voix^ Je souhaitai son lit dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serois placée. Je fléchis mon orgueil ; j'allai pri^r Pallas. Son maître chaque jour ca>reââé dans mes bras y Prit insensiblemerit dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulois amener sa tendresse.

Mais ce lien du sapg qui nous joignoit tous deux,^ Ecartoit Claudius d'un lit incestueux :

Il n'osoit épouser la fille de son frère»

Lç sénat fut séduit : une loi moins sévère Mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux « C'étoit beaucoup pour moi : ce n'étoit rien pour vous.

576 BRITANNICUS

Je vous fis sur mes pas entrer dans sa &mille , Je vous nommai son gendre et vous donnai sa fille : ' Silanus, qui Faimoit, s'en vit abandonné, Et marqua de son sang ce jour infortuné.

Ce n'étoit rien encore. Eussiez-vous pu prétendre Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre? De ce même Pallas j'implorai le secours :

Claude vous adopta, vaincu par ses discours, Vous appela Néron , et du pouvoir suprême Voulut , avant le temps , vous faire part lui-rméme. C'est alors que chacun , rappelant Je passé, Découvrit mon dessein déjà trop avancé ; Que de Britannicus la disgrâce future Des amis de son père excita le murmure.

Mes promesses aux uns éblouirent Ibs yeux; L'exil me délivra des plus séditieux t Claude tnême , lassé de ma plainte étemelle, Eîoignade son fils tous ceux de qui le zèle , Engagé dès longtemps à suivre son destin , Pou voit du trône encor lui rouvrit le chemin. Je fis plus : je choisis moi-même dans ma suite Ceux à qui je voulois qu'on livrât sa conduite. J'eus soin de vous nommer , par un contraire choix , Des gouverneurs que Rome honoroit de sa vopc j Je fus sourde à la brigué et crus la renommée : J'appelai de Pexil, je tirai de l'armée, Et ce même Sénèque, et ce même Burrhus, Qui depuis.... Rome alors estimoit leurs vertus. De Claude , en même temps, épuisaat les richesses , Ma main, sous votre iiom, répandoit fees largesses.

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