ACTE IV, SCENE III
L'un ni l'autre ne veut s'embrasser le premier?
Etrange ambition qui n'aspire qu'au crime ,
Où le plus furieux passe pour magnanime !
lie vainqueur doit rougir en ce combat honteux j
Et les premiers vaincus sont les plus généreux.
Voyons donc qui des deux aura plus de courage y
Qui voudra le premier triompher de sa rage.
Quoi ! vous n'en faites rien ? C'est à vous d'avancer j
Et , venant de si loin , vous devez commencer.
Commencez , Polynice , embrassez votre frère ,
Et montrez. . . .
ÉTÉOCLE
Hé ! Madame , à quoi bon ce mystère?
Tous ces embrassements ne sont guère à propos. Qu'il parle, qu'il s'explique, et nous laisse en repos.
POIiYNICE.
Quoi ! faut-il davantage expliquer mes pensées ? On les peut découvrir par les choses passées : La guerre, les combats, tant de sang répandu. Tout cela dit assez que le trône m'est dû.
ÉTÉOCIiE.
Et ces mêmes combats , et cette même guerre , Ce sang qui tant de fois a fait rougir la terre , Tout cela dit assez que le trône est à moi ; Et , tant que je respire , il ne peut être à toi,
' POIiYNICE.
Tu sais qu'injustement tu remplis cette place.
ÉTÉOCIiE.
L'injustice me plaît ^ pourvu que je t'en chasse.
POÏiYNICE*
Si tu n'en veux sortir , tu pourras en tomber.
ÉTÉOGIiE.
Si je tombe , avec moi tu pourras succomber.
JOCASTB.
O dieux ! que je me vois cruellement déçue !
N'avois-je tant pressé cette fatale vue y
Que pour les désunir encor plus que jamais ?
Ah ! mes fils , est-ce là comme on parle de paix?
Quittez , au nom des dieux , ces tragiques pensées ;
Ne renouvelez point vos discordes passées :
Vous n^êtes pas ici dans un champ inhumain.
Est-ce moi qui vous mets les armes à la main ?
Considérez ces lieux où vous prîtes naissance :
Leur aspect sur vos cœurs n'a-t-il point de puissance ?
C'est ici que tous deux vous reçûtes le jour :
Tout ne vous parle ici que de paix et d'amour.
Ces princes , votre sœur , tout condamne vos haines j
Enfin', moi , qui pour vous pris toujours tant de peines;
Qui, pour vous réunir, immolerois. . . . Hélas !
Ils détournent la tête , et ne 'm'écoutent pas !
Tous deux , pour s'attendrir, ils ont Famé trop dure j
Ils ne connoissent plus la voix de la nature.
à Polynice.
Et VOUS, que je croyois plus doux et plua soumis....
POLYNICE
Je ne veux rien de lui que ce qu'il m'a promis. 11 ne sauroit régner sans se rendre parjurci