‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 38 sur 264 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

L'un ni l'autre ne veut s'embrasser le premier?

Etrange ambition qui n'aspire qu'au crime ,

Où le plus furieux passe pour magnanime !

lie vainqueur doit rougir en ce combat honteux j

Et les premiers vaincus sont les plus généreux.

Voyons donc qui des deux aura plus de courage y

Qui voudra le premier triompher de sa rage.

Quoi ! vous n'en faites rien ? C'est à vous d'avancer j

Et , venant de si loin , vous devez commencer.

Commencez , Polynice , embrassez votre frère ,

Et montrez. . . .

ÉTÉOCLE

Hé ! Madame , à quoi bon ce mystère?

Tous ces embrassements ne sont guère à propos. Qu'il parle, qu'il s'explique, et nous laisse en repos.

POIiYNICE.

Quoi ! faut-il davantage expliquer mes pensées ? On les peut découvrir par les choses passées : La guerre, les combats, tant de sang répandu. Tout cela dit assez que le trône m'est dû.

ÉTÉOCIiE.

Et ces mêmes combats , et cette même guerre , Ce sang qui tant de fois a fait rougir la terre , Tout cela dit assez que le trône est à moi ; Et , tant que je respire , il ne peut être à toi,

' POIiYNICE.

Tu sais qu'injustement tu remplis cette place.

ÉTÉOCIiE.

L'injustice me plaît ^ pourvu que je t'en chasse.

POÏiYNICE*

Si tu n'en veux sortir , tu pourras en tomber.

ÉTÉOGIiE.

Si je tombe , avec moi tu pourras succomber.

JOCASTB.

O dieux ! que je me vois cruellement déçue !

N'avois-je tant pressé cette fatale vue y

Que pour les désunir encor plus que jamais ?

Ah ! mes fils , est-ce là comme on parle de paix?

Quittez , au nom des dieux , ces tragiques pensées ;

Ne renouvelez point vos discordes passées :

Vous n^êtes pas ici dans un champ inhumain.

Est-ce moi qui vous mets les armes à la main ?

Considérez ces lieux où vous prîtes naissance :

Leur aspect sur vos cœurs n'a-t-il point de puissance ?

C'est ici que tous deux vous reçûtes le jour :

Tout ne vous parle ici que de paix et d'amour.

Ces princes , votre sœur , tout condamne vos haines j

Enfin', moi , qui pour vous pris toujours tant de peines;

Qui, pour vous réunir, immolerois. . . . Hélas !

Ils détournent la tête , et ne 'm'écoutent pas !

Tous deux , pour s'attendrir, ils ont Famé trop dure j

Ils ne connoissent plus la voix de la nature.

à Polynice.

Et VOUS, que je croyois plus doux et plua soumis....

POLYNICE

Je ne veux rien de lui que ce qu'il m'a promis. 11 ne sauroit régner sans se rendre parjurci

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