‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 41 sur 264 · ACTE IV, SCENE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IIL

Que le sang me couronne; ou , s'il ne suffît pas y Je yeux à scm secours n'appeler que mon bras«

JOCASTE

Faites plus , tenez tout de votre grand courage : Que votre bras tout seul fasse votre partage j Et , dédaignant les pas des autres souverains , Soyez, mon fils, soyez l'ouvrage de vos mains. Par d'illustres exploits couronnez-vous vous-même , Qu'un superbe laurier soit votre diadème :

Régnez et triomphez, et joignez à la fbis La gloire des héros à la pourpre des rois. Quoi ! votre ambition seroit-elle bornée A régner tour à tour l'espace d'une année ?

Cherchez à ce grand cœur , que rien ne peut domter, Quelque trône où vous seul ayez droit de monter. Mille sceptres nouveaux s'oflPrent à votre épée. Sans que d'un sang si cher nous la voyions trempée. Vos triomphes pour moi n'auront rien que de doux , Et votre frère même ira vaincre avec vous.

POIiYNICE,

Vous voulez que mon cœur, jSatté de ces chimères , Laisse un usurpateur au trône de mes pères?

JOCASTE

Si vous lui souhaitez en efiet tant de mal , Elevez-le vous-même à ce trône fatal.

Ce trône fut toujours un dangereux abîme :

La foudre l'environne aussi bien que le crime. Votre père et les rois qui vous ont devancés , Sitôt qu'ils y montoient , s'en «ont vus renverses.

6o LES FRERES ENNEMIS.

POIiYNICE.

Quand je devrois au ciel rencontrer le tonnerre , J'y monterois plutôt que de ramper à terre.

Mon cœur, jaloux du sort de ces grands malheureux, Veut s'élever, Madame, et tomber avec eux.

ÉTÉOCLE

Je saurai t'épargner une chute si vaine.

POIiYNICE,

Ah ! ta chute , crois-moi , précédera la mienne.

JOCASTE

Mon fils, son règne plaît.

POIiYNICE.

Mais il m'est odieux.

JOCASTE

Il a pour lui le peuple. 1

POIiYNICE.

Et j'ai pour moi les dieux.

ÉTÉOCIiE.

Les dieux de ce haut rang te vouloient interdire , Puisqu'ils m'ont élevé le premier à l'empire. Ils ne savoient que trop , lorsqu'ils firent ce choix, Qu'on veut régner toujours quand on règne une fois. Jamais dessus le trône on ne vit plus d'un maitiej Il n'en peut tenir deux, quelque grand qu'il puisse être L'un des deux, tôt ou tard , se verroit renversé, Et d'un autre soi-même on y seroit pressé.

Jugez donc y par l'horreur que ce méchant me donn^ Si je puis avec lui partager la couronne..

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