‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 53 sur 264 · LE GRAND · texte numérisé non relu

LE GRAND

TRAGÉDIE

11. n'y a guère de tragédie ou l'histoire soit plus iîdèlewient suivie que dans cellerci.. Le sujet en. est tiré dé plusieurs auteurs^ mais surtout du huitième livre deQuinte-^urce,- C'est là qu'on peut voir tout Ce qu'Alexandre fit lorsqu'il entra dan^ les Indes ^ les ambassades qu'il envoya aux rois de ce. pays-là, lés différentes réceptions qu'ils firent à ses envoyés; l'alliance que Tiaxjile fit avec lui, la fierté avec laquelle Porus refusa les conditions qu!Qn lui préseûtoit, l'inimitié qui étoit entre Porus et Ta;xilè , et enfin la victoiï'e qu'Alexandre remporta sur Porus j la réponse généreuse que ce brave Indien fit au yaiz>queut qui lui demandoit comment il vouloit qu'on le traitât , et la générosité avec laquelle Alexandre liii rendit tous ses états et en ajouta beaucoup d'autres. , . Cette action d'AlexsUidre a passé pour une

des plus belles que ce prince ait faites en sa I. 6

vie ; et le danger que Pprus lui fit courir dans la bataille^ lui parut îe plus grand où il se fut jamais trouvé. Il le confessa lui-

même /en disant qu'il avèit trouvé enfin un pétil digue de soin courage. Et èe fut en cettC; même occasion qu'il s'écria : cc-Ô Athéniens , <c combien de travaux j'endure pour nie faire « louer de vous ! » J'ai tâché de représenter en Porus un ennemi digne d'Alexandre ; et je puis dire que son caractère a plu, extrêmement sur notre théâtre , jusque -là que des personnes m'ont reproché que je faisois ce prince plus grand* qu' Alexandre. Mais ces personnes ne considèrent pas que ', dans la bataille et dans la victoire , Alexandre est en effet plus grand que Porus ; qu'il n^ a pas un vers dans la tragédie qui né soit à la louange d'Alexandre ; que les invectives même de Porus et d'Axiane sont autant d'éloges de la valeur de ce conquérant. Po*rus a peut-être quelque chose qui intéresse

davantage , parce qu'il est dans le malheur.

» Car, comme dit Sénèque , nous sommes de

ce telle nature , qu'il n^y a rien au monde qui <( se fasse tant admirer qu'un homme qui ^ait c( être malheureux avec courage, y^ltaaffkcti sumus y ut nihil œquè nidgham apud mos admiratiQTieImMccupet y quàm homofoftiler

miser. '

Les amours d'Alexandre et de Cléofile né sont pas de mon invention. Justin en parle, aussi bien que Quinte-Curce. Ces deux historiens rapportent qu'une reine dans les Indes , nommée Cléofile^ §e rendit à ce. prince avec la ville où il la teûeijt assiégée, et qu'il la rétablit dans son royaume en considération de sa beauté. Elle «n eut un fils , et elle l'appela Alexandre. Voici les paroles de Justin : Régna Cleofilis reginœ petit, quœ ciim se dedisset ei , regnum ah Alexandre recepit, illecebris consecuta quod virtute non potuerat ; filiumque , ab eo genitum , jilexandrum nominavit y qui postea regnum Indoruni potitus est.

ACTEURS

ALEXANDRE. '

^ , ' } rois dans les Indes^

TAXILE , J

AXIAJNE , reine d'une autre partie, des Indes. CLÉOFILE , sœur de Taxile.

ÉPHESTION

SUITE d'Alexandre,

La scène est sur le bord de THjdaspe , dans le camp

de Taxile.

ALEXANDRE

ALEXANDRE

Page 1