‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 4)Chapitre 59 sur 264 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

Par quelque, yain hommage on peut lé satisfaire. Flattons par. dps respects ce prince ambitieux, Que son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C'est un torrent qui passe , et dont la violence Sur tout ce qui l'arrête exerce sa puissance j Qui , grossi du débris de cent peuples divers , Veut du bruit de son cours remplir tout Funivers. Que sert de Firriter pàrUïi orgueil sauvage?

D'un favorable accueil honorons son passage; Et lui cédant des droits que nous reprendrons bien , Rendons-lid des devoij'S qui né nous coûtent rien.

Qui ne nous coûtent rien^ Seigneur ! l'osèz-rvous croire ? Compterai-je pour rien la perte de ma gloire? Votre empire et le mien seroient trop achetés , S'ils coûtoientà Porus les moindres lâchetés. Mais croyez-vous qu'un prince enflé de tant d'audace , De son passage ici ne laissât point de trace? Combien de rois , brisés à ce funeste écueil , Ne régnent plus qu'autant' qu'il plaît à' son orgueil ? Nos couronnes d'abord devenant ses conquêtes , Tant que nou^ régnerions flotteroient sur nos têtes; Et nos sceptres ^ en proie à ses moindres dédains , Dès qu'il auroit parlé , tomberoient de nos mains. Ne dites point qu'il court dé province en province : Jamais de ses liens il ne dégage un prince ; Et poui* mieux asservir lèis peuples sous ses lois ; Souvent dans la poussière il leur cherche des rois. Mais ces ii>dignes soins touchent peU' mon courage ; Votre »eul intérêt mf in^spire ce langage : .

94 ALEXAI^îURE. -

Porus n'a point de çàM "aans lotit cet entretien ; Et quand *fe gloire jpàHe^il ii'écoute pldâ rien.

TAXltiE.

J'écoute ^ conimè vous , ce que Thonneur m^inspire, Seigneur ) mais il iii^éngage k sauver mon empire. .

.,...*. .. . PORU/:^». , I .',...'* ,,

Si vous Yovvlez. sauver Tiui. ofl;i.rautre.p.iij0ur<l^Jiui, Prévenons Alexandre,, et marchons contre lui.

. ••.■TAXII^E;i . .

L'audaice et le mépris sànt d'infidèles guide».

poRirs.^ . Lahontesuit de près les^otrrages timides. >

" •••• ' T-A'i'li^Ê.

Le peuple aiine les roik qiii salrent ré]pârjgnerl

PORUS

Il estime encor plus ceux qui savent régner.

Ces conseils .ne plairônt.qu'à.des âmes hautaines; lîs plairont à àes rois , et peut-être à deà reines.

TAilLE.

La reine , à vous ouïr ,n^â. dés yeux que pour vous.

PORUS

Un esdaye est pour, die un objet de counwi^»

TAXililL.i

«Il ! • •

Mais croyee-vous, Seigneui^, que Fàmotir vous ordonne D'exposer avec vous son peuple' et sa personne ?

ACTEI, SCEÎfElI. 95

Non , non : sans vous flattei?, avQuez qu'en ce iour' Vous suivez votre naine , et non pas votre amour.

PORUS

Hé bien , je Tavôûrai que ma juste colère Aime la gueiTe autant que la paix vous est chère : J'avoûrai que , brûlant d^une noble chaleur , Je vais contre Alexandre éprouver ma valeur.

Du bruit de âes exploits nioh àmie importunée , Attend depuis long-temps cette Heureuâe journée; Avant qu'il" ine cherchât j îm orgueil inquiet - M-avoit déjà rendu son enilëtni i^ecret. *" ' ' •' Dans le noble transport dé' cette jalousie, " • Je le trouvois trop lent à traverser VAsiei; '

Je Tattirois ici par des vœux si puissants^,

Que je portois envie au bonheur des Persans; Et maintenant encor , s'il titimpoit pion odnEage-, ': Pour sortir de ces lieiix s'il ,c^erchoit un passage , Vous me verriè25 moirmême , armé pour l'arrêter, Lui refuser k.pais qu'il, m^^ Yéut présenter.. , ; ^ ;

Ouï , sans doute , une ardeur si haute et si constante !Vou3 .promet dans .l'hisfoire une place éclatante ; Et, sous ce*graïid dessein :^Vip8ii?Prc¥i>^s suççqi^bç^î^ : Au moins , c'est a,vço br ijit qii'c? p yom verir^, .tj9flgb.ÇjC. -La- reine viept. Adieu. Vantqsp^uii votre zèle.; .. Découvrez cet orgujeil qui vons.xQud digne d^ellp.: Pour moi , je troublerois un si Boble .eiltret^ix , Et vos cœurs rougiroient de^foiUesses du mien.

96 ALEXANDRE

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