ACTE II, SCENE II. Ï
Vit-on jamais chez lui nos peuplçs en coarroux ^ Désoler un pays inconnu parmi nous ?
Faut-il que tant d'états , de déserts , de rivières , Soient entre nous et lui d'impuissantes faarrièctes 7 Et ne sauroit"On vivre au bout de l'univeïs , Sans connoître son nom et le poids de ses fers ? Quelle étrange valeur, qui, jie cherchant qu^ànuîre, Embrase tout , sitôt qu'elle commence à luire ; Qui n'a que son orgueil pour règle et pour raison ; Qui veut que l'univers ne soit qu'une prison , Et que , maître absolu de tous tant que nous sommes , Ses esclaves ^n nombre égalent tous les hommes ! Plus d'états , plus de rois. Seâ sacrilèges mains Dessous un même joug rangent tous les humains. Dans son avide orgueil je sais qu'il nous déVoi^è. De. tant de souverains noua seuls régnons encore. Mais que dis-je , nous setils ? il ne resté que moi Où l'on découvre encor les vestiges d^uh roi. Mais c'est pour* mon courage une illustre matière : Je vois d'un œil content trembler la terré entière, Afin que par moi seul les mortels secourus.
S'ils sont libres , le soient de la main de Porus ; Et qu'on dise partout , dans une paix profonde : <c Alexandif e Vainqueur eût dômté tout le monde j (( Mais un roi Fàttendoit au bout de l'univers, ce Par qui le monde entier a vu briser ses fers ».
iPHESTION.
Votre projet du moins nous marque un grand courage j Mais, Seigneur, c'est bien tard s'opposer à l'orage.
io8 ALEXANDRE.
Si le monde penchant n'a plus que cet appui ,'
Je le plains , et vous plains vous-même, autant que lui.
Je ne vous retiens point. Marchez contre mon maître:
Je Toùdrois seulement qu^on vous Feût fait connoître;
Et que. la renommée eàt voulu, par pitié,
De ses exploits au moins vous conter la moitié ;
Vous verriez.... 4
PORUS
Que verrois-je , et que pourrois-)e apprendre Qui m'al^aisse si fort au-dessous d'Alexandre ? Seroit-ce sans efiFort les Persans subjugués , Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués ? Quelle gloire en effet d'accabler la foiblesse D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse; D'un peuple sans vigueur, et presque inainimé , Qui gémissoit sous l'or diont il étoit armé ; Et qui , tombant en foule au lieu de se défendre, N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre ! Les autres^ éblouis de ses moindres exploits. Sont venus à genoux lui demander des lois ; Et leur crainte écoutant je ne sais quels oracles , Ils n'ont pas cru qu^un dieu pût trouver des obstacles. Mais nous, qiri d'un autre œil jugeons les conquérants, Nous savons que les dieux ne sont pas des tyrans ; Et, de quelque façpn qu'un esclave le nomme.
Le fils de Jupiter passe ici pour un homme.
Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin j Il nous trouve partout les armes à la main; Il voit à chaque pas arrêter ses conquêtes j^