DE L'IMPUISSANCE
Quelques personnes attribuent cette affection à Tonanisme pratiqué dans un âge peu avancé; mais, dans beaucoup de cas, il est fort difGcile de déterminer jusqu'à quel point une telle manière de voir est exacte. Et en effet, si Ton examine attentivement ce sujet, il semble que la maladie en question est beaucoup trop rare pour avoir sa cause dans un vice sî commun.
Il est douteux qu'il soit utile à la société d'attribuer Timpuissance à Tonanisme, d'autant plus que cette pratique vicieuse est suivie le plus souvent , dans un âge où Ton fait peu d'attention aux conséquences possibles des choses mêmes qui flattent moins les sens. Mais ce que je puis afiirmer, c'est que parmi les sujets qui sont atteints de la maladie qui nous occupe, il en est beaucoup pour qui cette idée est très-pénible , et c'est une consolation pour eux de savoir que leur maladie peut être due à d'autres causes. Je suis convaincu que les livres qui ont été écrits sur ce sujet ont fait plus de mal que de bien (*).
Dans les cas de cette espèce que j'ai eus à soigner, bien que les malades eux-mêmes fussent très-disposés à attribuer leur maladie à la cause qui vient d'être indiquée, cependant rien ne portait à croire qu'ils se fussent livrés à cette pratique plus que les autres; et même le cas le plus grave que j'aie jamais vu est celui d'un homme qui s'était très-peu livré à la masturbation^ et beaucoup moins que cela n'arrive ordinairement chez les jeunes garçons (**).
Rien n'affecte aussi péniblement l'esprit d'un homme que la pensée de son incapacité à remplir les fonctions de son sexe. Si son scrotum est pendant, il en est tourmenté; il s'imagine aussitôt que cette circonstance doit lui ôter la faculté d'accomplir l'acte dont il s'enorgueillit le plus. Il est certain que le relâchement et la contraction du scrotum décèlent jusqu'à un certain point l'état de la constitution , mais ils indiquent l'état de Tensemble de la constitution et non celui des parties génitales en par-
(•) n est certain que bcanconp de coUégieas se rappellent le peu dUnflaence répressive qu*a eue sur eux la lecture de Tissot ; cependant, depuis cet antenr remarquable, on n*a rien fait de mieux que le livre de M. Dcslaudcs, dont on peut à coup sûr recommander la lecture , au moins aux médecins. P. Ricord.
(••) On lit dans l'édition de Home : « Ce vice est Aurtout dangereux par la fréquence de la rcpétiliou , car on peut se livrer à la masturbatiou à tout roonieot et sans avoir besoin d^utteudre une occasion. »
ticQlîer. Les garde-malades savent si bien que la contraction des bourses est un signe de santé chez les enfants qui sont confiés à leurs soins, quelles ne manquent jamais d'y faire attention ; or , le relâchement de cette partie, chez les enfants, ne peut provenir d'une incapacité plus grande dans un temps que dans un autre pour Facte de la génération. L'expression de la figure est un des signes qui décèlent l'état général de la constitution , et elle a tout autant de liaison avec cet acte particulier que l'aspect du scrotum. Quoi qu'il en soit, on doit convenir que cette partie est généralement beaucoup plus lâche , même chez les jeunes sujets qui sont en bonne santé, qu'il n'a dû entrer dans les intentions de la nature. Mais comme cette disposition est très-générale, je suppose qu'elle provient de ce que les bourses sont tenues trop chaudement, et de ce que les muscles n'acquièrent que peu de force , parce que cette partie étant toigours soutenue, ils n'ont presque aucune action. Je n'ai pas été à même de constater si la même disposition s'observe dans les pays où les parties génitale^ ne sont pas immédiatement soutenues par les vêtements. La chaleur paraît être une cause de relâchement pour le scrotum ; car on remarque que le froid a généralement pour effet immédiat de le contracter. Peut-être cela vient-il de ce que la partie n'est point accoutumée au froid , auquel elle pourrait devenir aussi insensible qu'à la chaleur. Je ne sais quelles différences présente le scrotum, toutes choses égales d'ailleurs, dans les climats chauds et dans les climats froids. Mais si le scrotum est généralement plus relâché que ne le voulait la nature, quelle que puisse être la cause de ce relâchement, il n'est d'aucune importance quant à la puissance de reproduction. Les testicules sécrètent aussi bien quand ils sont situés un peu plus bas que lorsqu'ils sont un peu plus élevés (*).
§ I. Z>0 Vimpuiasemee qui dépend de Vimagituition.
Les parties de la génération n'étant pas nécessaires à l'existence ou à la conservation de l'individu, mais étant destinées à une autre fonction dans laquelle l'imagination a la principale part , elles ne peuvent devenir le siège d^une action complète s'il n'existe une harmonie parfaite entre l'esprit et le corps. En effet, l'imagination est sujette à mille caprices qui exercent une influence sur les actions des parties génitales.
Le coït est un acte du corps qui a son point de départ dans l'esprit, mais non dans la volition , et dont l'accomplissement est en rapport avec l'état de l'esprit. Pour que cet acte s'accomplisse bien , il faut que le corps soit sain et que l'esprit ait une conscience parfaite de la puissance du corps. Il faut que l'esprit soit entièrement dégagé de toute autre pensée; qu'il n'éprouve aucune difficulté , aucune crainte, aucune appréheu-
(*) Sir E. Home a ajouté ici une noie claus laquelle il mauifeste Topioion que l'onanisme est plus nuisible que Hunter ne le pensait, et que lorsque des sujets dont la constitution est faible s'y livrent arunt que les organes soient arrivés à leur maturité, il peut empêcher ceux-ci d'atteindre jamais toute leur puissance et tout leur développement. If on-senlement cette opinion est raisonnable, mais encore elle est confirmée par l'expérience. G. G. B.
sion, pas même un vif désir d'accomplir bien cet acte, car ce désir luimême est un état de l'esprit différent de celui qui doit prédominer. Il ne tant pas même que Tesprit puisse craindre de rencontrer une difficulté au moment où l'acte doit être accompli/ Peut-être n'est-il aucune fonction de la machine animale qui soit autant que celle-là sous la dépendance de rétot de l'esprit.
La volonté et le raisonnement n^entrent pour rien dans la faculté génératrice ; ils ne concourent à l'acte de la génération qu'en tant que des parties soumises à la volonté sont mises en jeu ; et lorsqu'ils y participent, ce qui arrive quelquefois, ils produisent souvent un état de l'esprit qui détruit celui qui convient à l'accomplissement de l'acte; ils font nattre un désir, un vœu, un espoir, ce qui n'est autre chose que la défiance et l'incertitude, et par conséquent ils créent dans l'esprit Fidée de la possibilité d'un insuccès , idée qui détruit Tétat convenable de l'esprit, c'est-à-dire, l'état indispensable de confiance.
Il n'y a peut-être aucun acte dans lequel un homme sente son amour^ propre plus intéressé, et qu'il soit plus désireux de bien accomplir; son honneur y est fortement engagé. Ce sentiment , renfermé dans certaines limites, devrait produire un grand degré de perfection dans un acte dépendant de la volonté , c'est-à-dire, ayant pour siège des parties soumises à la volonté ; mais ici il peut devenir précisément une cause d'insuecès, en produisant un état de l'esprit contraire à celui d'où dépend la perfection de l'acte vénérien.
Non -seulement le corps devient incapable d'accomplir l'acte générateur lorsque l'esprit est sous l'influence indiquée ci-dessus , mais encore lorsque l'esprit a la conscience qu'il ne convient pas que l'acte soit accompli , bien qu'il ait toute confiance dans son pouvoir , ce sentiment produit, dans beaucoup de cas, un état de l'esprit qui détruit toute Daculté génératrice. Tel est l'effet qui résulte de l'état où se trouve l'esprit d'unhomme auprès de sa sœur. On a vu un homme consciencieux perdre toute faculté pour le coït, en reconnaissant que, contre son attente, la lemme qu'il allait obtenir était vierge.
L'action de pleurer, quoique moins compliquée que l'acte générateur, provient entièrement de l'état de Fesprit; car il n'est çucune personne qui soit assez faible de corps pour ne pouvoir verser des pleurs. Cette action ne dépend pas , autant que l'acte générateur, de l'état de l'esprit et de la force corporelle réunis ; cependant si nous craignons ou si nous désirons de pleurer , et que cette crainte ou ce désir persiste pendant toute la durée d'une scène qui nous émeut, nous ne verserons certainement pas de larmes, ou au moins nous ne pleurerons pas si abondamment que nous l'eussions fait en nous abandonnant à nos sentiments naturels. Il résulte de cette nécessité d'une indépendance complète de l'esprit relativement à l'acte de la génération , que l'état de l'esprit doit être trèssouvent tel , que l'individu ne puisse mettre en jeu ses facultés naturelles; or , chaque insuccès accroît le mal. Il résulte aussi de ces circonstances, que cet acte doit souvent être interrompu; la cause de cette
ioterruption n*étant point connue, on en accuse le corps, c*est-à-dire , le défaut de puissance physique. Comme ces cas d*insuccès ne dépendent point d'une incapacité réelle, il faut les distinguer avec soin de ceux qui en dépendent; et peut-être le seul moyen d'établir cette distinction consistQ't-il à rechercher quel est J'état de l'esprit relativement à l'acte en question. Souvent la circonstance qui produit cette incapacité liée à l'imagination est si peu de chose , que le seul désir de procurer des sensations peut avoir cet effet, comme lorsqu'on est uniquement préoccupé de l'idée de satisfaire la femme.
On voit tous les jours des cas de cette espèce; je vais, pour exemple, en rapporter une observation, en faisant connaître la méthode de traitement que j'ai suivie.
Un homme me dit qu'il avait perdu sa virilité. Après plus d'une heure d'investigation , je parvins à mettre en évidence les faits suivants. Il avait, dans des moments où elles étaient inutiles, de fortes érections qui prouvaient qu'il était doué de la faculté virile; ces érections s'accompagnaient de désirs, ce qui constitue tout ce qui est nécessaire pour Taccomplissement de l'acte vénérien. Il y avait cependant en lui quelque chose de défectueux que je supposai avoir son siège dans son imagination. Je lui demandai s'il était le même avec toutes les femmes. Sa réponse fut négative; avec certaines femmes il pouvait avoir des relations sexuelles aussi bien que jamais. Par cette circonstance , la défectuosité , quelle qu'elle fût, se trouvait renfermée dans un cercle plus étroit ; il devint évident que l'incapacité n'était produite qu'avec une seule femme, et qu'elle provenait d'un vif désir d'accomplir bien l'acte vénérien avec cette femme, désir d'où naissait dans l'esprit un doute ou une crainte de ne pas réussir qui était la cause directe de l'impuissance. Comme cette impuissance dépendait entièrement d'un état de l'esprit qui avait pour cause une circonstance particulière, c'était vers l'esprit qu'il fallait diriger les moyens de traitement, {e lui dis donc qu'il se guérirait s'il avait assez d'empire sur lui-même pour résister à ses désirs. Quand je lui eus expliqué ce que je voulais dire, il m'assura qu'il était sûr de tout acte dépendant de sa volonté, de toute résolution prise par lui. Je lui dis Uors que s'il avait toute conûance en lui-même sous ce rapport, il devait coucher avec cette femme, mais après s'être promis de n'avoir aucune union avec elle pendant six nuits, quels que fussent d'ailleurs ses désirs et ses facultés physiques; il s'engagea à suivre cette prescription et à m'en faire connaître le résultat. Au bout d'environ quinze jours, il m'annonça que cette résolution avait produit un tel changement dans l'état de son esprit , que la faculté génératrice s'était manifestée très-promptement. En effet, au lieu de se coucher avec la crainte d'être incapable, il entrait dans le lit avec celle d'éprouver trop de désirs et d'avoir trop de puissance, et d'en être incommodé; c'était , en effet, ce qui arrivait, de sorte qu'il eût été heureux d'abréger le temps indiqué ; et dès que le charme eut été rompu une fois.
COMME UN EFFET DE LA GONORIlHÉE. 401
son imagination et ses facultés physiques ^e trouvèrent en harmonie, et son esprit ne retomba plus dans son premier état (*),
S IL De Hmpidssance par défaut de corrélation entre les actions des différents organes qui constituent Vappareil de la reproduction.
Lorsque j'ai traité des maladies de Furètre et de la vessie, j*ai fiait remarquer que tous les organes, sans exception, dans l'économie animale, se composent de diverses parties ayant des fonctions ou des actions complètement différentes bien qu'elles tendent toutes à produire le même effet définitif. Dans les organes ainsi constitués , quand ils sont à l'état de perfection , il y a une succession de mouvements dérivant naturellement les uns des autres et aboutissant au résultat définitif. Une seule irrégularité dans ces actions constitue une maladie, ou au moins peut produire des effets très-pénibles, et souvent empêche l'accomplissement de la fonction à laquelle l'organe est destiné. Je vais maintenant faire Tapplication de cette notion aux actions des testicules et de la verge ; ' car on observe quelquefois , dans les actions de ces parties , une irrégularité qui a pour effet l'impuissance ; et il est probable que la stérilité , chez les femmes, peut dépendre quelquefois d'une cause semblable.
Chez l'homme , les parties qui concourent à la génération peuvent être divisées en deux classes , les parties essentielles et les parties accessoi" res. Les testicules sont les parties essentielles ; la verge , etc. , sont lea parties accessoires. Comme cette division est fondée sur les usages, c'est-à-dire sur les actions de ces parties dans Tétat de santé, actions qui sont en harmonie parfaite les unes avec les autres, le défaut de corrélation exacte entre ces actions peut aussi être de deux espèces : l» Lorsque les actions sont renversées , les parties accessoires agissant sans le concours des parties essentielles , comme on le voit dans les érections qui ont lieu lorsque ni l'esprit ni les testicules ne sont stimulés à l'action; 2o lorsque le testicule accomplit l'acte de la sécrétion trop rapidement pour la verge, qui n'a pas d'érections correspondantes. La première espèce de désordre fonctionnel est appelée priapisme, et la seconde est ce qui devrait être désigné sous le nom de faiblesse séminale.
L'esprit exerce une influence considérable sur la corrélation des actions de ces deux ordres de parties; mais dans beaucoup de cas, il paraît quQ les érections dépendent plus de l'état de l'esprit que la sécrétion de la semence. En effet, il arrive à beaucoup d'hommes de sécréter du sperme sans avoir d'érections; alors, le défaut d'érection paraît dépendre de l'esprit seulement.
Le priapisme se produit souvent spontanément; souvent aussi il dépend d'une irritation évidente de la verge, comme cela a lieu dans la gonorrhée vénérienne , surtout quand celle-ci est violente. La sensation que ces érec-
(^) Oa lit dans Tédition de Home : « J*ai rencontré pltuîears cas semblables dana ma pratique, roau il existe des raisons éndeotes poar qu'on ne mnltiplie pas sans néceMÎté des observations de cette espèce. »