‹ Œuvres complètes de John HunterChapitre 65 sur 88 · BUBON · texte numérisé non relu

BUBON

Après ce qui a été dit sur Phistoire du bubon, il est inutile de discuter ici l'opinion qui le considère comme un dépôt provenant de la constitution, et la conclusion qu'on a déduite de cette opinion, savoir, qu'il ne faut pas cherclier à en obtenir la résolution , parce que , d'après cette théorie, faire résoudre une tumeur de cette nature c'est repousser dans la constitution la matière vénérienne. S'il en était réellement ainsi , il n'y aurait aucune raison pour employer le mercure, et l'on n'aurait qu'à laisser marcher le bubon qui accomplirait lui-même sa propre guérison. Mais ceux-là même qui professaient une telle opinion ne s'en fiaient point au moyen de guérison qu'ils supposaient institué par la nature, car ils administraient le mercure, et même à forte dose. Dans la description que j'ai donnée du bubon, j'ai cherché à démontrer qu'il y a beaucoup de bubons qui n'ont rien de syphilitique , mais qui sont de nature scrofuleuse , et qu'il y en a aussi qui ne se montrent vénériens qu'en partie, ou qui ne sont peut-être rien autre chose qu'une glande douée d'une disposition scrofuleuse, dans laquelle l'action morbide a été déterminée par l'irritation vénérienne, phénomène qui est semblable à celui que produit souvent l'action du pus variolique dans l'inoculation. C'est pourquoi, avant de s'occuper du traitement des bubons, il faut distinguer le véritable bubon vénérien des autres , s'il est possible. Quand on s'est bien assuré que le bubon est vénérien , on doit sans aucun doute essayer d'en obtenir la résolution, s'il est seulement à l'état d'inflammation. Le degré d'opportunité d'une telle tentative dépend des progrès que la maladie a déjà faits. Si la tumeur est très-volumineuse et qUe la suppuration paraisse imminente , il est probable que la résolution ne peut être effectuée; lorsque la suppuration est établie, il est très-douteux qu'on puisse réussir, et les tentatives de ce genre peuvent n'avoir pour effet que de retarder la marche de la suppuration et de prolonger le traitement.

La résolution de ces inflammations dépend principalement du mercure, et, d'une manière presque absolue, de la quantité de ce médicament que l'on peut faire passer à travers la substance de la glande enflammée. Lorsqu'elles arrivent à la période de suppuration, leur guérison dépend des mêmes conditions. La quantité de mercure que l'on peut faire passer à travers un bubon dépend en grande partie de l'étendue de la surface externe sur laquelle l'absorption se fait en deçà de l'abcès.

Il faut appliquer le mercure de la manière la plus avantageuse , c'està-dire, sur les surfaces d'où, par Tabsorption, il doit être porté à travers la glande malade. En effet , la maladie étant détruite dans ce point , la constitution court moins le risque d'être infectée. On peut souvent accroître la puissance du mercure par la manière dont on l'applique. Dans le traitement des bubons, il faut toujours le faire pénétrer dans la constitution par la même voie que le poison a suivie pour y entrer. Ainsi , on doit le présenter aux orifices des vaisseaux lymphatiques qui passent à travers la partie malade, et ces orifices sont toujours situés sur une surface plus excentrique que le siège de la maladie.

Mais dans beaucoup de cas la situation des bubons est telle que la surface qui existe entre eux et la superficie du corps est très-petite, et que, oonséquemment, on ne peut introduire par cette voie une quantité suffisante de mercure; tels sont, par exemple, les bubons qui se développent sur la verge consécutivement à des chancres du gland ou du prépuce. Ces deux surfaces ne sont point assez étendues pour qu^on puisse par leur intermédiaire faire passer à travers les bubons la quantité de mercure nécessaire à leur guérison.

Il faut donc, toutes les fois que les premiers symptômes d'un bubon M manifestent, prendre en sérieuse considération le siège de la maladie, afin de déterminer si l'on a à sa disposition une surface suffisamment étendue pour le succès du traitement , sans qu'on ait besoin de recourir à d'autres moyens. Il faut observer d'abord si ce sont les vaisseaux absorbants du corps de la verge ou les glandes de Taine qui sont affectés. Si la maladie a son siège dans l'aine, il faut constater laquelle des trois situations indiquées plus haut elle occupe, soit la partie supérieure de la cuisse ,et la région inguinale proprement dite, soit la partie inférieure de l'abdomen au-dessus du ligament de Poupart, soit enfin le voisinage du pubis. Si le bubon a son siège sur le corps de la verge, cela prouve que les vaisseaux absorbants qui naissent directement de la surface d'absorption sont eux-mêmes malades; dans la région inguinale et sur la partie supérieure de la cuisse, ou même un peu plus bas que ce qu'on appelle communément l'aine , on peut admettre que le mal occupée les glandes où aboutissent en commun les lymphatiques de la verge et ceux de la cuisse; plus haut, c'est-à-dire à la partie inférieure de l'abdomen , au-dessus du ligament de Poupart , on peut supposer que le bubon est traversé par les vaisseaux absorbants qui naissent des envhrons de l'aine, de la partie inférieure du ventre, et du pubis; et enfin, plus en avant, il est très-probable qu'il n'est traversé que par les vaisseaux absorbants de la verge et de la peau qui recouvre la région pubienne. . L'appréciation de ces sièges divers est indispensable pour l'application du mercure, soit pour le traitement résolutif du bubon, soit pour sa guérison après que la suppuration s'est établie. "'L'utilité de ces précautions devient évidente quand on réfléchit que de cette manière le médicament ne peut passer dans la circulation commune sans traverser les parties malades, dont il doit hâter la guérison

DU BUBOq. 490

dans son passaged travers leur substance, en jxtècfto temps quil empêche que le virus qui a déjà passé et qui passe encore dans la oonstitutioa n'agisse sur ces parties ; de sorte que le bubon est guéri et la constitu* tipn préservée.

Mais cette pratique seule n'est pas toujours suffisante ; il y ^ beaucoup de cas où le mercure pe peut gui§rir par lui;m^« f^ wrcu^ft ne peut guérir que la disposition spécifique de Tinflaipqisttioti; et nous savons que la maladie syphilitique ^'accorçpagne sopv^t de diverse^ autres espèces d'inflammations, indép^ndammept de ^inaammatio^ vénérienne.

Quelquefois Tinflammation coo^muqe présente une grande intensité; d'autres fois Tinflammation est érysipélate^se , et souvent mômç, ^ipsi que je le spMpçonne , scrofufeuse. }l faut dqnc «voir secours à d'ai^ttas moyens de traitement.

Lorsque Tinflammation s'élève très-^aut, la saignée, k^ piurgatifs #t les fomentations sont généralement rjccommandé^. Ces moy/ens dii^jnuent; certainement la puissance active des vaisseaux et ref^dent Hi^naguiiatioo moips aiguë; qo^is ils np-peqvent jam£^^ diminuer (e^ effets spécifique» du poison^ qui ont agi cpmme cause première, et qpi entc^tieanent encore en grande partie Tinflammatiop. Leurs effets ne sont que sepon* d^ires, et tout ce qu'on peuf en attep^re » c'est qu'ils resserrent l'inflammation dans les limites de Tinflammation spécifique. S| rinf)ap)Hftatioii est de nature érysipélateuse , on ne peut guère prescrire ufk melUeu» médicament que |e quinquina; si l'on soupçonne )a présence de l'élément scrofuleux, on retirera quelques avantages ^e l'egiploi de la fiîgjuiielde« cataplasmes faits avec Teau de mer.

On a vu les vomitifs amener la résolution des bubons, niême. après que le pus s'y était formé et quand l'ouverture en était imminente. Ils agissent en vertu du principe qui veut qu'une irritation en détruise une autre. Peut-être aussi Tétat de nausées et le vomissement font-ils nattre une disposition pour l'absorption. Un officier qui avait contracté un bfihop à Lisbonne n^'a présenté un exen)0le remarquable d^ cette influence. Le bubon avait suppuré franchement et était sur le point de s'ouvrir; la pe4M était mince et enflammée, et Ton percevait une flnetuatioD manifeste. J'avais décidé de pratiquer une incision sur la tumeur; mais coipnie le malade devait s'embarquer le lendemain pour FAngleterre, je jugeai convenable de différer l'opération. A peine était-il à bord qu'on mit à la voile, et le vent fut si violent que rien ne put être fait pendant quelques joprs* Pendant tout ce teipps, il eut un violent mal de mer, et vpn)jt bei^pcoup. Qu^pd les maux de cour se dissipèrent, le bubon avait djsp^jry, et il ne reparut plus ensuite. Lorsque le malade iit arrivé en Angleterre , il se soumit à un traitement mercuriel régulier.

%1. De la résolution de Vinflammfitiqn ^f$ vaisseaux ab^ovba^ de

la verge.

Ipî , b surface qui est située en deçà du si^e de la maladie , c'est-à-diie toute la partie de la verge qui est située au-devant du buboB^ n^t point

assez étendue pour absorber la quantité de mercure qui serait nécessaire pour empêcher les effets de l'absorption du poison^ C'est pourquoi il faut avoir recours à d'autres moyens. Toutefois, il ne£aut point négliger ce mode d'application , et cette surface , toute petite qu'elle est , doit être constamment recouverte d'onguent mercurieî , ce qui contribue à la guérison de la maladie locale. On peut demander s'il est possible qu'un médicament traverse des vaisseaux lymphatiques malades de manière à exercer sur eux une influence quelconque ; mais l'expérience m'a appris que cela est certainement possible. La surface qui vient d'être indiquée étant trop petite , et la maladie exigeant qu'on fasse pénétrer dans la coQStitution une plus grande quantité de mercure que celle qui pourrait y être introduite par cette voie , il est convenable d'administrer ce médicament par la bouche ou de l'employer en frictions sur quelque surface plus étendue. Cette pratique est nécessaire pour prévenir la syphilis constitutionnelle , aussi bien que pour guérir l'affection locale elle-même. La quantité de mercure qui doit être absorbée ne peut être déterminée d'uoe manière générale; cette détermination appartient au diirurgien, qui doit se laisser guider par les symptômes apparents de la maladie primitive, et par la facilité plus ou moins grande avec laquelle elle se dissipe.

Il faut suivre la même méthode pour les femmes; mais comme ce sexe présente une surface plus étendue à l'absorption du mercure , on peut en faire pàiétrer davantage par cette voie. On doit tenir une quantité suffisante d'onguent mercurieî constamment appliquée sur la face iofterne et sur la fsce externe des grandes lèvres.

%VL. De la résolution des bubons qvi sont situés dans la région inguinale.

L'inflammation des glandes doit être traitée d'après les mêmes principes que celle dont il vient d'être question; mais, en général , on peut disposer dHme surface d'absorption plus étendue, de sorte qu'on peut faire passer une plus grande quantité de mercure à travers les parties malades.

La région sur laquelle il faut appliquer le mercure varie suivant la situation de la glande enflammée. Si le bubon est situé dans l'aine, 11^ nécessaire de faire les frictions mercurielles sur la cuisse. Cette surface peut , en général , absorber autant de mercUre qu'il en faut pour amener la résolution du bubon et pour préserver la constitution de l'influence du poison. Mais si la résolution ne s'opère pas assez promptement, on peut accroître la surface soumise aux frictions en y comprenant la jambe.

Lorsque le bubon occupe la partie inférieure du ventre, c'est-à-dire la seconde des situations que j'ai indiquées plus haut , il faut en outre faire des frictions mercurielles sur la verge, sur le scrotum et sur le ventre; il doit en être de même si le bubon est situé plus en avant, car il est probable que les'glandes de ces deux régions reçoivent les vaisseaux lymphatiques de toutes ks surfaces qui viennent d'être mentionnées, aussi bien que ceux de la "cuisse et de la jambe.

La durée du traitement par les frictions doit être déterminée d'après les. circonstances. Si le bubon diminue, il faut les continuer jusqu'à ce qu'il ait entièrement disparu, et même quelque temps après, car sa cause, c'est-à-dire le chanê*e d'où il tire son origine, peut ne pas céder aussi promptement que lui. Si le bubon marche toujours vers la suppuration, on peut cesser ou, continuer les frictions; mais je ne saurais afGrmer si l'on retire quelque ayantage de la continuation de ce moyen lorsque le bubon a suppuré.

lia dose de mercure reconmiandée ici peut affecter la bouche; relativement à cet e£fet, on doit aussi se régler sur les circonstances.

^ m. De la résolution des bubons chez la femme.

En traitant du siège des bubons chez la femme, j'ai fait remarquer qu'il y a deux situations qui sont propres à ce sexe, et que les autres sont les mêmes que celles que peuvent occuper les bubons chez l'homme.

Dans la première et dans la seconde situations , surtout dans la première, la surface d'absorption, entre la périphérie du corps et le bubon, est beaucoup trop resserrée pour qu'on puisse, par cette voie, faire pénétrer la quantité de mercure qui pourrait amener la résolution ; dans la seconde , c'est-à-dire quand le bubon est situé entre la grande lèvre et la cuisse, le mercure peut être appliqué, il est vrai, sur tous les points qui avoisinçnt l'anus et autour des fesses, car il est probable que tous les vaisseaux abslorbants de ces parties passent par la voie qu'occupe le bubon; on sait au moins qu'ils pénètrent dans le bassin, non par l'anus, mais par la région inguinale. Dans ces deux cas, il faut chercher d'autres moyens d'introduire le mercure, ainsi qu'il a été recommandé pour les hommes; toutefois il importe de frictionner autant que possible sur les surfacel qui viennent d'être indiquées.

Dans les situations communes aux deux sexes , nous avons un champ plus large. Ces situations se divisent en trois variétés; on doit appliquer ici les remarques qui ont été présentées pour l'autre sexe; le mode de traitement doit être le même.

$ IV. Des bubons situés dans des régions plus ou moins éloignées des parties génitales.

Indépendamment du coït, les bubons vénériens sont produits par divers autres modes d'application du poison; aussi en observe-t-on dans différentes parties du corps, mais le plus souvent aux mains. Ceux qui se forment dans l'aisselle ont pour origine des plaies de la main ou des doigts , qui reçoivent l'infection vénérienne et sont ainsi transformées en un chanere. Dans ces cas, il faut pratiquer les frictions mercurielles sur le bras et sur l'avant-bras; mais cette surface peut être insuffisante, et alors il faut chercher une autre route et s'adresser à d'autres parties pour obtenir les effets que le médicament doit produire sur la constitution.

J'ai vu un véritable chancre vénérien situé sur la partie moyenne de la lèvre inférieure donner naissance à un bubon de chaque côté du cou.

ses DU ÉUBOiï,

ou-rfessous de Id mâcfcorre Inférieure, et précîsértWîM »iir la gffadidé fnaxillafrè. L'ongdefit mercorre! îfppirqué sur b lèvre ifiWîetftc, sitt lè menton tt âur léd tiimeurà elles-mêmes, prôdirisrt la résolution dé ees deimière^.

$Yi De la qwtniUé de mercure néceumlre pewr la réêoMien ifim

bitbon.

tÀ <|tiàtotit^de Mercure néeesstffre ptmth résolution d'un Imbo&varïe suivant que te bubon se montre plus ou moiiM t^ébefle; mais il faut «voir ibih d*étftèt> certains effets (fae ce médfcâtneoft ()eut firodtfife êtm la constitution, ai lè bubon a son siège datfS h preinitre sitturtiôA, qffi cède facilement à l'emploi répété chaque soir d'une d«mî-drachme d'onguent mercuriei composé avec parties égales de mercure et d^axonge^et ifiië là boucRé ne s'eaflartirtile tK>int ou ne defieïine que légèreftiefit dduloufeùkê, Il sdfflt de coritibtter ce trditemefit Jusqu'à ce que la glande doit ré^ Mlted sontôldrbe naturel; la constitution se trouvera ain^l mise à Tabri, f^urvu que le èbarïcre qui à doncfé lieu au bubon soit arrivé à sa guérison èb même teinps. Si la boUche n'est (joint affttUè m bout dé six ft huit jours et que la glahde be marche pas bien vers la résolution, on ptùt appliquée' chaque soif* deut scrupules ou une drachme d'onguent; et si mieune dmélibratioh ne se fhit Sentir , il fdut poHer la dose plus haut. En on mot, Mrsqiie la fésdtution se ^!t attendre. Il faut élever la dose du mercure aussi Idin qu'il est possible de lé faire sans amener la salivation;

S'il y a un bubon Be chaque côté, on ne peut appliquer localement autarit de mercure pout chactm d'eux; caria Constitution ne pourrait |irobabbmetit pas supporter le double de la dose qui est nécessaire pour la résolution d'un seill. Âlais dans les cas de cette espèce, on ne doit piÈ craindre autant l'Inflammation mercurielle de la bouche, que lors* qu'il n'j a qu'Un seul buboh. Tbtitefois , il vaut mieux laisser suppurer les bubohâ que d'exercer sur la Constitution une influence trop prononcée par riiltrôdUctiôn d'Une trop grande quantité dé mercure. Cest pourquoi, lorsqu'il y a deut bubôils, tl y a plus de probabilités potit' la suppuration que lorsqu'il n'y en a qu'un seul.

Lorsque le bubon occupe la seconde ou la troisième situation, si l'on juge que très-probablement il ne j)Ourrait pas passer à travers la glande malade une quantité de mercure suffisante pour en amener la résolution, on peUtfai^ des frictions sur la Jambe et sur la cuisse « afin d'agir sur la constitution. La quantité de mercure introduite de cette manière doit être plus grabde que celle qui eût été suffisante si l'on avait pu tout faire ()asser à travers le bubon. Il faut qUe la bouche s'affecte, et cela en proportion de l'état et des progrès du bubon.

Ce mode de traitement des bubons par résolution m'a été ^ggéré en i761 , 5 Belle-Ile, où j'ai eu de bonnes occasions de le mettre à l'épreuve sur les soldats; et je puis afiirmer que, depuis cette époque, de tous les bubons que j'ai eus à traiter, trois seulement sont venus à suppuration; deux de ces derniers s'étaient formés chez un sujet sur la constitution duquel une petite quantité de mercure exerçait une influence tellement

proiion(;ée, qu'on ne put faire passer à travers tes deux régions inguinales la quantité de mercure suffisante pour amener la résolution des deux tumeurs. Cependant, chez les deux malades, la suppuration fut beaucoup moins considérable qu'elle ne menaçait de l'être.

Quelquefois, malgré toutes les tentatiyes de traitement , les bubods restent tuméfiés sans se résoudre ni suppurer , et deviennent durs et comme squirreux. Je soupçonne que ces bubons sont primitivement scrofUleux, ou qu'ils le deviennent secondairement lorsque la disposition vénérienne est détruite. On doit s'efforcer d'en obtenir la guérison par l'emploi de la ciguë, des cataplasmes faits avec l'eau de mer, et par lei bains de mer , ainsi qu'il sera dit ci-après.

§ VI. TraUement des hvhom qui suppurent.

Lors même qu'on a employé tous les moyens de traitement connus, on ne peut pas toujours obtenir la résolution des bubons, et alors la suppuration s'y établit. Quand il en est ainsi , ils rentrent davantage dans le domaine de la chirurgie et doivent être traités ^ sous certains rapports , comme tous les autres abcès. Lorsqu'on juge convesiable d'ouvrir un bubon , il faut laisser la peau s'amincir autant que possible. Le grand avantage qu'on retire de cette temporisation , c'est que les téguments, étant devenus très-minces, perdent leur disposition à se cicatriser , de sorte qu'il y a plus de chances pour que le fond de l'abcès se cicatrise en même temps que les parties superficielles; on évite encore ainsi une longue incision, et l'on n'a point besoin de recourir aux différents moyens qui sont employés pour empêcher la cicatrisation de la peau jusqu'à ce que celle du fond de l'abcès soit effectuée.

Faut-il continuer l'application du mercure pendant tout le temps de la suppuration ? Je pense qu'on doit le faire, mais à dose moins forte; car s'il est vrai que le travail de guérison ne peut commencer à s'opérer qu'après l'ouverture de l'abcès , on peut au moins faire naître dans les parties de meilleures dispositions pour se guérir. J'ai vu des cas où la suppuration s'était établie malgré le traitement décrit ci-dessus , et dans lesquels, bien que l'inflammation se fût montrée très-étendue , la suppuration resta très-limitée ; or , j'ai attribué cet avantage à ce que les malades avaient fait usage du mercure, d'après les règles que j'ai exposées, avant et pen* dant la suppuration.

A l'occasion de ces collections purulentes, beaucoup plus qu'à l'occasion des autres , on a agité la question de savoir si l'on doit ouvrir l'abcès ou le laisser s'ouvrir de lui-même , et si l'ouverture doit être faite avec l'instrument tranchant ou au moyen du caustique.

Les abcès syphilitiques ne paraissent avoir rien qui les fasse différer des autres assez pour qu'on doive recommander telle pratique plutdt que telle antre. On doit suivre jusqu'à un certain point les désirs du malade : Il est des malades qui redoutent les caustiques ; il en est d'autres qui ont horreur de l'instrument tranchant. Lorsque le choix est laissé entièrement au chirurgien et que le bubon est petit , je pense qu'une incision pratiquée avec une lancette est suffisante; de cette manière au-

cune partie de la peau n'est perdue. Mais, lorsque le bubon est trèsvolumineux et que, par conséquent, il y a une grande quantité de peau décollée , le caustique convient peut-être mieux que le bistouri , tant parce quMl produit la destruction d'une certaine quantité de peau , que parce que cette destruction s'accompagne de moins d'inflammation que l'incision. Lorsqu'on emploie le caustique , c'est la potasse caustique qui convient le mieux (*}. Mais il n'est pas nécessaire d'ouvrir tous les bubons, et il est peut-être difficile de déterminer quels sont ceux pour lesquels l'ouverture doit être utile ou indispensable.

Le bubon , une fois ouvert , doit être pansé ensuite selon la nature de la maladie , qui, ainsi que je l'ai déjà fait observer, est souvent tellement compliquée, qu'elle déjoue, dans beaucoup de cas, toute la sagacité du praticien; en même temps , il faut attaquer la constitution avec le mercure, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. A l'extérieur, on doit l'appliquer du même coté que le bubon , entre ce dernier et la périphérie du corps 9 comme je l'ai dit en traitant de la résolution des bubons , car , en passant à travers la partie affectée, le mercure peut exercer une influence salutaire sur ItT maladie.

Dans ces cas , le mercure remplit un double but : il concourt avec les applications externes à la guérison des bubons , et il prévient les effets de l'absorption virulente qui se fait constamment à la surface de l'ulcère.

Il n'est pas possible de déterminer , au juste , jusqu'où il faut poursuivre le traitement mercuriel pour prévenir une infection générale. Mais on peut supposer qu'il est néoissaire , pour prévenir une maladie vénérienne , d'administrer la quantité de mercure qui suffirait pour guérir la même maladie déjà développée. Il est indispensable de continuer le traitement jusqiTà ce que le bubon soit cicatrisé , ou jusqu'à ce qu'il ait, depuis quelque temps , perdu ses caractères syphilitiques. Mais il peut être difficile de constater cette dernière circonstance. C'est pourquoi il faut s'en rapporter à l'expérience et non à la théorie, et continuer en général le traitement jusqu'à la cicatrisation complète , et même après la cicatrisation, surtout si le bubon se guérit avec beaucoup de rapidité, car , dans beaucoup de cas , la constitution se montre encore infectée après que tous les moyens conseillés ont été mis en pratique. Toutefois , il y a quelques restrictions à faire ici; j'ai déjà fait observer qu'il arrive souvent que les bubons contractent , indépendamment de la disposition syphilitique, d'autres dispositions que le mercure ne peut guérir et qui sont même aggravées par son emploi. Il est donc très-important de savoir distinguer ces différents cas, sur lesquels je reviendrai.

(*) J*«i ouvert sur lo même malade deux bubons Tnii immédiatement après Fantre. Le premier fut oarert au moyen de la pierre è cantère, et la donlenr fnt si intense qiie le malade voulut que le second fût ouvert avec la lancette, espérant que la souffrance ne serait que momentanée. Mais Vinstrnment trandiant causa une donlenr très-vive, à laquelle succéda une cuisson qui dura longtemps, tandis que Pautre bubon n'avait plus été le siège d'aucune doulear, à partir da moment oik Factidn dn caustique avait été achevée. J. HoirTim.

PV BVBQIH. 505

Page 1