‹ Œuvres complètes de L. Sterne (volume 2)Chapitre 1 sur 41 · CHOISIS · texte numérisé non relu

CHOISIS

JV.

VI/IMkn^Mt^Mk^MMVm^nn^nMkMV^^n^^^nM¥*^ttMltt/lMinMiM V mMi0^V¥*Mtt¥¥¥¥^W^M^^

Vj£S Sermons sont sortis tout brûlons de mon cœur; je voudrais que ce fût là un dire pour pouQoir les offrir au sien... Le^ autres sont sortis de ma tête y et je^^^uis plus indifférent sur leur réception. Cest ainsi que Sterne caractérise lui-même ses sermons dans sa première lettre à Ellza, et leur lecture confirme Vidée qu'il en donne. On ne voit plus en effet ici Tauteur deTristram Shandy enjamber son dada , galoper fantastiquement d'une idée à Tautre , et parcourant un horizon qu'il se plaît à reculer , se dérober à la vue du lecteur qu'il aime à tromper. C'est un philosophe chrétien qui médite les Écritures, et qui en extrait avec finesse une doctrine pure, autant amie de la religion que de l'humanité. Tout y respire la paix, la piété et la philantropie.

Si son imagination trop vive popr être long-temps modérée , s'échappe et se livre à quelques saillies étrangères à la dignité de la chaire , son cœur sensible vole aussitôt

4 PKKFACE.

après elle pour la réprimer , la ramener , • et tempérer cette gaité par ronction de sa morale. Mes sermons , disait-il , sont des hoiisards qui frappent lestement un coup à droite et à gauche; mais on les verra toujours être les auxiliaires de la vertu. Cette plaisanterie sentie , définit Touvrage ; elle seule eût dû servir de préface.

On ne donne que seize sermons parmi les quarante-quatre imprimés en Angleterre : on ne pouvait faire un choix plus étendu sans tomber dans le défaut si souvent reproché aux éditeurs , d'accumuler indifféremment tous les ouvrages d^un écrivain , et d'étouffer son génie sous un amas qu'il désavouerait s'il vivait. Ces sermons furent écrits sans prétention pour instruire les paroissiens confiés aux soins de Sterne. La célébrité qu'il acquit dans la suite excita le zèle intéressé de ses imprî-

meurs, et servit de passe-port à tout ce qu'ils s'empressèrent de ramasser pour profiter de la faveur qu'on attachait à un nom connu. Le traducteur doit être plus sobre que les éditeurs.

Cette traduction est littérale , malgré les leçons du purisme. Peut-on traduire

Sterne autrement sans le dëtigurer? Un moraliste , un historien sont rendus souvent par des tournures équivalentes , parce que leur mérite est dans les choses qu'ils écrivent; mais, quand celui d'un auteur original consiste plus dans sa manière que dans sa matière , c'est cette manière qu'il faut constamment imiter ; c'est alors qu'il faut craindre qu'à force de polir une traduction , un coup de lime portant à faux, n'aplatisse un trait saillant , et n'efface l'empreinte de l'originalité précieuse au lecteur. Les Anglais ont craint de rendre Afo/i/£7^^/i^méconnaissable en le traduisant* Les mots nouveaux et les tournures hardies, même dans sa langue, sont notés en lettres italiques.

Ce n'est pas qu'en prescrivant de traduire littéralement un ouvrage original , il faille le faire , comme dit Montaigne , à coup de dictionnaire. Si le mot propre n'est pas inspiré par le génie présent de Sterne , il est inutile de le chercher ailleurs que dans cette inspiration. Il n'est pas dans un dictionnaire , et le froid a glacé le traducteur dans l'intervalle de ses recherches. Il faut enfin méditer et sentir Sterne

pour le traduire : tout autre moyen est insuflisant.

Si Ton veut connaître au long le jugement singulier que cet écrivain portait sur ses sermons , on peut recourir à la digression plaisante qui se trouve à la lin de rhistoire de Lefevre , tome II page 174 et suivantes.

%l<tM%»<l»»WWM>WIM<li>Ml%IW>WIM<l»l4<MM<<(»M»^^

Page 1