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ce publicain. Celui-ci est représenté loin du* sanctuaire y le cœur touché et plein d'humilité ; il est convaincu du sentiment de son indignité ; sa bouche n'ose pas s'ouvrir^ mais son cœur murmure tout bas ^ ô Dieu ! ayez pitié d'un pécheur! Cet homme y ajoute le Sauveur^ reiourne chez lui plus justifié que Vautre.
Quoique la justice de cette décision frappe au premier coup d'œil^ il ne sera pas inutile d'examiner plus particulièrement les raisons sur lesquelles elle est fondée^ non-seulement parce que cet examen doit mettre en évidence la droiture de ce jugement^ mais encore parce que le sujet doit me conduire à des réflexions convenables a ce saint temps de carême.
Le pharisien appartenait à une secte qui ^ dans le siècle de Jésus-Christ ^ par son austérité^ ses aumônes pubhques^ et s^s prétentions à la piété y plus affichées que celles des autres y avait graduellement usurpé du crédit et de la réputation parmi le peuple. Comme la foule est aisément surprise par les apparences y le caractère des pharisiens était parfaitement formé pour opérer de telles surprises. Si vous le regardiez extérieurement , il vous semblait modelé sur le patron de la bonté et de la perfection ; c'était une sainteté de vie peu com-
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mune , accompagnée d'une sévërité tliëâlrale dans les manières , de prodigalités fréquentes aux pauvres ; beaucoup d'actes de religion , beaucoup d'application à l'observance de la loi, beaucoup d'abstinences^ beaucoup de prières.
Il est pénible de suspecter de pareilles apparences ; nous n'aurions pas osé le faire si notre Sauveur lui-même ne nous eût tracé en deux mots ce caractère , en nous disant , ce sont des sépulcres blanchis; ils sont magnifiques au dehors y l'art les a enrichis de tout ce qui peut attirer les regards^ mais fouillez-les, vous lis trouverez remplis de corruption^ et de tout ce qui peut choquer et dégoûter les curieux. Cette aflectatlon de piété, cette régularité extraordinaire peuvent en imposer; mais au dedans tout est irrégulier ; ces prétentions qui semblent promettre quelque chose , sont ternies par un penchant secret aux passions les plus viles, l'orgueil de la spiritualité, le pire des orgueils, riiy pocrisie , l'amour-propre , l'avarice , l'extorsion, la cruauté, la vengeance. Quelle pitié! que lu nom sacré de la religion soit emprunté pour couvrir une telle série de vices, et que le visage charmant de la vertu soit ainsi défiguré, qu'il seit suspecté, parce que des nicchans
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adroits s'en sont quelquefois parés. Le pharisien n'avait aucun de ces scrupules ; la prière qu'il fit au temple nous peint l'homme ; elle montre avec quelles dispositions il allait adorer au temple.
c( Grand Dieu ! je te remercie de ce que ta « m'as forme' d'une autre argile que les gens « de mon espèce. Tu les as créés fragiles et f( vains , et ils deviennent par choix corrompus « et médians.
« Moi ! tu m'as forme sur un modèle bien n différent^ et tu as infusé en moi une partie « de ton esprit. Yois^ je suis élevé au-dessus « des tentations et des désirs auxquels la chair « est sujette. Je te remercie de m'avoir fait a tel , et de ce que je ne suis pas un vaisseau « frêle de terre ^ comme les autres y comme ce K publicain ; mais un vase d'élection que tu « as sanctifié. »
Après cette paraphrase de la prière du pha* risien^ vous me demanderez peut-être quelle raison il avait de faire sonner si haut son triomphe^ et d'insulter aux infirmités du genre hu* jnain , et à celles de l'humble publicain prosterné derrière lui ? Quelle raison ? vous auraitil répondu^ je donne la dime de tout ce que je possède.
Ah ! s'il n'avait que cela à offrir au Seigneur , c'était une faible base à tant d'orgueil et d'amour-propre. L'observation d'une loi maté* rielle compatit assez avec le dérèglement des mœurs.
La conduite du publicain paraît bien différente^ c'est le contraste le plus opposé qu'on puisse imaginer. Avant d'en parler il est juste de donner une idée de son caractère^ comme j'ai fait de celui du pharisien. Le publicain était de ces gens que les empereurs romains employaient à lever les taxes et les contributions qu'on exigeait de temps à autre de la Judée , comme nation conquise. Le nom de publicain était un terme de reproche et d'infamie parmi les Juifs ^ soit que cela vint de la jhaine qu'ils avaient pour cet emploi , et de a répugnance qu'on a de partager ce qui nous appartient^ soit que d'autres causes concourussent à produire cette aversion; ils étaient en général odieux et réprouvés.
La dureté que leur profession exige^ mêlée à quelques teintes d'insolence naturelle^ peutêtre même les préjugés et les clameurs du peuple prévenu contre eux, tout cela, dis-je, avait contribué à former et à fixer cette haine. Il n'est pas douteux cependant qu'ainsi que
dans toutes les professions où il y a plus de sujets de tentation que dans les autres^ il n'y eût beaucoup de ces publicains dont la conduite était irréprochable, et qui traversaient tous les pièges et toutes les occasions qui bordaient leur chemin^ sans avoir à rougir une seule fois, et avec le témoignage intérieur d'une bonne conscience.
Tel était notre publicain. Les sentimcns de candeur et d'humilité que lui inspirait sa faiblesse, ne peuvent procéder que d'une ame telle que je viens de la décrire.
Il va au temple faire un sacriGce de prières* En s'acquittant de ce devoir^ il ne plaide paa en faveur de son mérite, il ne le compare pas orgueilleusement à celui des autres , il ne se justifie pas avec Dieu; mais respectant le sanctuaire majestueux où sa présence se déploje plus immédiatement , il s*en tient éloigné , il tremble de lever les yeux au ciel ; mais il frappe sapoitriue, et en fait sortir ces mots entrecoupés et soumis : ô Dieu, pardonne-moi mes pochés !
Ciel! combien la vraie humilité est précieuse et aimable ! quelle différence elle met devant toi entre denx hommes! l'orgueil n'est pas liait
pour une créature aussi imparfaite. L'orgueil spirituel lui convient encore moins , c'est celui qui devrait inspirer les moindres prétentions. Hélas ! le meilleur de nous tous pèche sept fois par jour. Si j'étais parfait , disait Joh,je me tairais , je voudrais ignorer ma perfection ; si fêtais parfait ^ je "voudrais me prouver que je suis percer s.
Que je vous recommande donc^ mes audi* teurs j la vertu de l'humilité religieuse. Elle tombe naturellement de mon sujets et je ne puis mieux la graver dans vos cœurs qu'en cherchant les causes qui produisent cet orgueil que je déteste^ cet orgueil spirituel ; c'est une maladie de l'esprit humain; il faut la traiter comme celles du corps. On n'en peut découvrir les sj^mptômes et leur appliquer de remèdes que lorsqu'on remonte aux principes ^ et qu'on a surpris et découvert le foyer vicieux.
Une des premières et des plus universelles causes de l'orgueil spirituel^ et celle qui parait avoir égaré le pharisien^ c'est la fausse notion des vrais principes de la religion. Il pensait sans doute qu'elle était toute comprise dans ces deux préceptes^ payer les dîmes et jeûner^ et que lorsque sa conscience s'en étafit déchargée y il avait fail tout ce que la loi ordonnait ^
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et qu'il D^avait plus qu'à remercier Dieu de l'avoir créé diflercnt de^ autres. Je n'ai pas besoin de Tiotcrroger : son erreur m'apprend qu'il croyait être ce qu'il prétendait être, un homme religieux et droit. Quoiqu'on effet des vues mondaines et hypocrites dirigeassent devant les hommes ses actes de piété ^ on ne peut pas supposer que ^ lorsqu'il était seul dans le temple ^ et n'ayant aucun témoin de ce qui se passait entre Dieu et lui , il eût volontairement et ouvertement osé se moquer du ciel. Cela est à peine vraisemblable. Il devait donc sa conduite à quelques illusions de sou éducation qui avaient imprimé dans son esprit de fausses notions sur les points essentiels du culte. Ces iU 1 usions eu croissant avaient développé les se-^ mcnces de ses erreurs tant en spéculation qu'en pratique.
11 avait été élevé comme le reste de sa secte à observer avec le raffinement, le plus scrupuleux et l'exactitude la plus religieuse les pra« tiques les moins essentielles de la religion , ses fréquentes ablutions, ses jeûnes y ses rites exter« nés qui n'ont aucun mérite en eux-mêmes; mais à se dispenser en même temps d'accomplir les points les plus importans de la loi , ceux qui sont d'uue obligation éternelle et immuable.
C'étaient des aveugles mal assurés^ qu^un moucheron embarrassait ^ et qui auraient avalé un chameau. C'étaient de ces gens que notre Sauveur reprenait par une comparaison familière et domestique; ils nettoyaient le dehors de la coupe y mais il souffraient que le dedans , la partie la plus importante f /Ht pleine de corruption. D'après cette connaissance du caractère et des principes du pharisien, il est aisé d'apprécier sa conduite dans le temple. Un tel effet devait produire cette cause.
De tout temps cela est arrivé par une fatalité attachée aux abus qui se sont glissés dans les cultes religieux ; ils dégénèrent insensiblement en cérémonies externes^ eux qui devraient toujours consister dans la pureté et l'intégrité de l'ame. Comme ces rites sont aisément mis en pratique, et qu'on peut atteindre à leur perfectibilité, sans une grande résistance de la chair et du sang, il est naturel qu'ils jettent ceux qui les profanent dans l'intime conviction de leur mérite, et dans le mépris de celui des autres ,* ils se pénètrent de leur sainteté , et se targuent facilement de leur relation avec la Divinité, et de leur position vis-à-vis d'elle. Voilà la vraie déGnitioa de l'orgueil spirituel.
Qaand le véritable esprit de la piété s'éteiat ainsi dans les ténèbres de quelques cérémonies fastueuses^ la célébration du sacriGce qui de* vait apporter les plus grands avantages ^ ressemble plus y avec ses décorations scénigues , à une repnésentation théâtrale^ qu'à un sacri-. fice humble et solennel offert par la poussière et la cendre devant le trône du Tout Puissant. n est bien plus facile dans le système mécanique d'avoir des prétentions à la sainteté^ que lorsque le caractère de la piété doit se reconnaître au combat perpétuel de l'homme contre ses passions. Il est plus aisé à un Espagnol superstitieux de signer son front et de murmurer ses prières^ qu'à un protestant humble de subjuguer les élans de la colère^ de l'intempé** rance ^ de la vengeance , et de paraître devant son créateur avec les dispositions qui lui conviennent. L'opération de se laver d'eau bénite n'est pas si difficile que celle de tenir son ame pure^ chaste , nette de toute action^ de toute pensée impure. 11 est plus court de s'agenouiller et de recevoir l'absolution de ses fautes que de la mériter^ non pas des mains des hommes^ mais de celle de Dieu qui voit notre cœur , et qu'on ne peut tromper. L'action de garder le $G\û temps du carême^ et de s'abstenir certains
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jours de la semaine de la chair, n'est pas si pénible que celle de s'abstenir de ses œuvres dans tous les temps; ce point coûte sans doute davantage à ces riches épicuriens qui convoquent tous les arts autour de leur table y et qui se livrent tellement à leurs appétits mortifiés , que leurs festins de jeune les punissent plus par les excès que par les privations.
On pourrait pousser plus loin la comparaison, mais ce que nous avons dit suffît pour montrer combien les méprises sont illusoires et dangereuses ; combien elles sont propres à égarer et à renverser les esprits faibles, toujours prompts à se laisser surprendre à la pompe facile des cérémonies. Cela est&i évident que, dans notre Église même dont la sobriété en cette partie est connue, et qui n'en a conservé que ce qui sert à exciter et à entretenir nos adorations , on remarque un tel penchant vers la religion sensuelle, et une faiblesse si grande pour les cérémonies dans le commun du peuple surtout, que chaque jour mille prennent l'ombre pour la substance, et changeraient volontiers la réalité pour l'apparence.
Tels étaient les abus de l'Église juive, faute de savoir distinguer les moyens de la religion même ; la partie physique et cérémoniale avait
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enfin dévoré la morale y et n'en avait laissé que le squelette. Les bouffonneries de la superstition viendront un jour à bout de ruiner le christianisme même.
Que me reste- t-il à vous dire? Rectifiez^ mes frères y ces méprises grossières et ridicules y et placez la religion sur sa véritable base y en la ramenant vers cette raison primitive qui nous dicta ses premières obligations. Souvenez- vous que Dieu est un esprit^ et qu'il lui îaaxX. un culte conforme à sa nature : Adorez-le en esprit et en vérité; le plus parfait sacrifice que vous puissiez lui offrir est celui d'un cœur droit et humilié; quoiqu'il soit nécessaire d'observer les cérémonies de la religion ^ il ne faut pas comme le pharisien en rester là et en omettre les devoirs essentiels^ mais se rappeler toujours que les pratiques instrumentales auxquelles nous sommes obligés ne sont qu'un pur mécanisme qui nous conduit au grand but de la religion ^ celui de purifier nos cœurs y conque» rir nos passions , et nous rendre en un mot meilleurs chrétiens eX meilleurs citoyens. Ainsi soit-il*
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