‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 1 sur 92 · NOUVELLE ÉDITION · texte numérisé non relu

NOUVELLE ÉDITION

A PARIS

CHEZ LEDOUX et TENRE, LIBRAIRES ,

BDE PIERRE'SARSAZIK , n*. 8.

H. SCCC. XTin.

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V^al ce sujets dis«-je, se. traite avec bien plas de méthode en France* — Quoi I vous auriez vu la France ^ répliqua mon interlocuteur avec vivacité^ en se tournant vers moi de l'air le plus civil et le plus triomphant? Etrange prérogative^ me dis-je à moi-même, que donne aux gens une traversée de vingt-un milles maritimes! car il n'y a absolument que cette distance de Douvres à Calais. Allons ! c'est ce qu'il &udra voir par moi*méme. Je termine brusquement la dispute. Je vais droit chez moi^ j'assemble à la hâte six chemises et une culotte de soie noire. L'habit que j'ai sur moi peut encore passer^ dis- je, en jetant un coup d'oeil sur chaque manche.

Je retiens une placé pour Douvres, et le paquebot partant le lendemain à neuf heures du ' matin , je me trouve sur les trois hemres en face d'une.inçassée de poulets , apprêtée pour mbxir in. 1

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diner^ et si mcontestablement assis en France^ que , si une indigestion m'eût emporté pendant la nuit^ rien au monde ne pouvait défendre mon petit bagage des invasions du droUd'au* baine. Chemises, culotte de soie noire y portemanteau^ tout enfin devenait la propriété du roi de France; je n'en excepte pas même ton portrait, Éliza; cette miniature si chère ^ que \c porte dep^s si long-temps, et que je tfai juré tant de fois d'emporter au tombeau. On Teut arrachée d« mon eou, usage barbare l Quoi l ravir la dépouille, saisir les débris de l'étranger imprudent que vos sujets ont appelé sur leurs côtes! ob! parbleu. Sire, cela n'est pas bicn^ et ce qui me peine le plus, c'est d'adres«er le reproche au monarque d^un peuple si courtois^ si poli, si renommé pour la délicatesse de se9 sentimens. Eh!* vous le voye£ bien ; à peine ai-rje reposé mon pied sur votre tercitoirel

CALAIS

J'avais fini mon dinèr par une rasade à la santé du roi de- France, et venais dem'assnrcr , que^ loin de lui garder rancune^ je professais, ail contraire une haute estime pour sa personne et Thumani^é de son caractère ; je me levai de

SENTIMEHTATi. 7

table plus haat d':un pouce, par Veffêt seul de cette réconcilia tîan. Non, les Bourbons, a joutât* je ^ ne sont point noe cruelle race ; oa peut les égarer , san><kute , comme le reste des morteb ; "rnaîr il y a de la douceur dans le sang de cette famille. En feisamt cet aTCU , une rougeur de l'espèce la plus bénîgme Tint ta* pisser mes joues, avec une dmleur si suave, que le Bourgogne ( de deux livres la bouteille pour le moins) que j»'avais b» à mon dîner, n'eût jamais pu produire m <$pancbement aussi ami de l'homme.

Juste ciel ! m'écriai^je , en rangeanl de cMé ma valise avec le bout de mon pied; parmi les bieas de ce monde qu'est-ce qui pevt donc ainsi aiguiser nos animosités, et faire tré^' bûcher si croellemeat dans les sentiers de la vie, tantd'bommes appelés à y vivre avec fra*ternité et bienveillance?

Quand l'bomme est en bonne intelligence avec ses semblables,' le plus lourd des métaux acquiert 4ans sa main la légèreté d'une phime. Sa bourse n'est pLas comprimée par la défiance; eUe se joue entre ses doigts ; ses regards se promènent autour de lui, comme pour cber-* cher avec qui la partager. C'est ce que je faisais moi*méme en ce moment : un sang plus fluide

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