‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 50 sur 92 · L'ENTREVUE · texte numérisé non relu

L'ENTREVUE

Le dîner ^tait servi, et la joie éclatait sur tous les visage^s , excepté sur celui de ma pré-

tendue : je PaUribuai à la modestie et àB trouble qu'avait dû lui causer moa apparitioo soudaine. Je saisis la première occasion £ivo*râble où je me trpuvai seul avec elle j pour lui déclarer mns senlimens^ et Tinstruire de Vimpression profoade qu'elle avait faite sur mon cœur.

Cette occasion se présenta bientôt après le dîner. En nous promenant dans le jardin^ nous nous trouvâmes séparés du reste de la compagnie , dans un petit bois que la nature , dans un de ses momens de gaite y semblait avoir rései*vé pour servir de retraite auji amans. c( Madame ^ lui dis-je , après la déclaration que nous avons entendue , et la démarcbc concertée entre votre père et le mien ^ je me flatte que ce n'est pas vous offenser que de vous dire que rien ne manquerait à ma félicité y que Je serais le plus heureux des hommes si j'apprenais de votre bouche que I alliance qui se prépare a votre agrément^ comme il parais avoir celui de toutes les per3onnes qui nous entourent. Oh ! dites-le moi , mon ange I dites-* moi que ce n'est pas malgré vous que \ons deviendrez mon épouse. Faites-^oioi du moins espérer que j'aurai une pelile part à votre aflcclion. Vous servir avec empressement ,.

SENTIMENTAL. ^"j^

ni'étudièr constamment à vous plaire^ fera roccupation de toute ma vie. »

M Monsieur^ me répondit-elle , votre exté- (( rieur annonce une noble franchise : vous a détestez , )'en suis sûre ,. le mensonge et la ^ tromperie. Si je vous disais que je pourrai y vous aimer un jour^ je vous tromperais ; M c'est impoasihle. »

« Ciel! qu*ai-je entendu! impossible de c( m'aimer ! Ai*}e donc une forme si hideuse? « Suis-je donc un monstre.? La nature m'a«-t - « elle jeté dans un ntoule si grossier y que je fc sois un objet de dégoût ^ d'horreur pour la K plus belle ^ la plus aimable des créatures? a s'il en est ainsi n

« Non^ monsieur ; vous êtes injuste envers « la nature j injuste envers vous-même. Voua « avez une Ggure aimable , une taille âégante^ f< un extérieur agréable y embelli encore de K tçus les cbarmçs de l'art^ mais telle est ma ic cruelle d^tipée. a hÀ un torrent de larmes lui coupa la parole.

« Oh ! madame , lui dis*je,! en tombant à scb « genoux y je vous en conjure, écoutez la « prière du plus ardent de vos adorateurs. Ce « n'est pas parce que les ordres d'un pèresem<» « blent; me donner un titre à votre main. Je

tt ne yeux la devoir qu'à vous-même. Mais y je «vous en conjure, permettez"* moi de m'efu forcer à la mériter; permettez-moi de vous « convaincre de la râilité de ma passion , aussi « ardente qu'elle e$t insurmontabje. »

Dieu ! Quel fut mon étonnement lorsqu'en proférant ces dernièrjes parplesj j'aperçus mon ami, l'ami que j'honorais, se précipiter de derrière le bosquet, en tirant son épée. « Lacbe, s'écria- t-ii, tu paieras ta trahison. »

La dame s'étadt évabouie , il remit son épée dans le fourreau pour voler à son secours : on la remporta dans la maison , et il m'ordonna de le suivre. Je le suivis, ne sachant pas comment j'avais pu l'offenser , ni par quel enchan-* temeut il se trouvait dans la maison de mon père, tandis que je le croyais à Paris : pendant guenons nous rendions à la forêt, il s'expliqua en ces termes : .

H Monsieur , j'ai été instruit de votre perfi- « die ,.peu d'heures après que vous fûtes parti « de Paris, et, quoique vous eussiez pris soin « de me cacher le sujet de votre voyage , le « soir même il n'était question que* de votre « mariage dans toute la ville. J'envojai aussiu tât chercher des chevaux deposte; et, comme cf vous voyez , je suis arrivé encore à temps

SENTIMBlïTàL. ^77

K poor rpnipire votre union avec Angélique.» c< Angélique ! m'écriai-je ; Dieu sait si votre

ic accusation ^ vos reproches sont mjustes :

fc j'ignorais que cette demoiselle fut Augéli-'

« que. »

ce Subterfuge puéril^ répôndil-il^ et bon,

ce tout au plus y pour en imposer à un fou, bu

c( à un sot. Il me faut une ^utre satis&ction.

u Avez- vous remis ma lettre et mon poi^

n trait? )i .

« Non; cela m'a été impossible.. »

c( Lâché, lâche ! Non : tu trouvais qu'il était a plus sage de travailler pour toi-même. J'ai c( entendu tout ce que tu as dit ; il est dono ce inutile que tu ajoutes le mensonge à la per* ic fidie. »

Ce fut en vain que je demandai à lui prouver mon innocence ; que je promis de renoncer à toutes mes prétentions sur Angélique , et de voyager dans les contrées les plus élo^nées, afin de l'oublier: il fiit inexorable. Je ne pus jamais parvenir à lui persuader que je ne l'a* vais pas trompé à Paris; cpie j'avais ngnoré qu'Angélique fut la personne à laquelle )'adressais mes vœux ; en un mot, nous arrivâmes à l'endroit où vous nous avez trouvés; et là, malgré toute ma répugnance ^ je fus obligé dé

^7^^ TOYAO»

me àéCùnàfe, après «n^étre ira traité à plasienn

repri^s de lâche , d'infâme , de poltron t vous

ESiYez le reste. Ainsi parla mon compagnon de

Yojago^ et ses larmes recommencèrent à coi^

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