‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 60 sur 92 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

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PRÉFACE

JLe T^oyage Sentimental qui prëcèdie céiâ lettres, est une production immortelle d'un homme qui réunissait à beaucoup de sensibiliié une égale et vaste portion de génie : cet homme est M. Sterne. Sa réputation est si grande en Angleterre , qu'on a vu un de ses admirateurs promettre , il y a quelques mois , une somme considé^ rable à quiconque lui apporterait une ligne de Sterne qui lui serait inconnue. Il n'y a point d'Anglaise qui ne fasse sa lecture la plus i^kv^AxjkSentimentalJourney: on n'en parle jamais sans admiration, et même sans une espèce d'attendrissement.

Sterne avait une manière d'observer et de voir qui lui était particulière :: le fait le III. 2 I

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plus simple prenait sous sa plume une forme intéressante et pathétique : c'est surtout par les détails quHl se distingue : il est le premier chez les. Anglais et peutêtre le premier des écrivains , qui a sentie combien les plus légères circonstances^ une attitude » un geste , un trait de physionomie pouvaient animer un sujet. Tout en lui était original , jusqu'à ses Sermons qu'il a fait imprimer sous le nom d'Yorick, et qui renferment la morale la plus pure » présentée bien naïvement, bien simple* ment : il prêchait aux hommes la philantropie , la charité , la sensibilité.

Son style lui est aussi propre que sa manière de voir : on le croirait dééousu , parce qu'il est sans apprêt ; mais il est su* blime quelquefois. D'un seul mot il pénètre; mais ce mot part dt Tame; cVst presque toujours son cœtir qui conduit s^ plume : mais si l'esprit consiste à découvrir

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dans les objets de nouveaux rapports , des £ices nouvelles, je'ne connais pasd^homme qui ait plus d^esprit que Sterne.

Son extérieur était mélancolique et sonir bre » sa santé faible et délicate ; cependant son humeur avsât des saillies de gaité : ou retrouve en lui, et tour à tour, Cervantes,

Montaigne, Rabelais : mais de plus, il possède cette fleur de sentiinent , cette souplesse de pensée que je ne saurais définir. Qu*on lise dans son Tristram Shandy l'histoire de Leièvre , et ma défi^ nition est inutile.

Sterne avait beaucoup dVrudition; il passa les deux tiers de sa vie à étudier, et il avait près de quarante ans , lorsqu'il écrivit son premier ou rrage.

Il s'agit maintenant de quelques lettres échappées à cet homme de génie : qu'on ne soit pas surpris du ton passionné qui règne dans quelques-unes. Tous les senti-

SaO I^HÉFÀCE*

mens d'affection se confondaienl dans son arae., et n'y conservaient aucune nuance distincte : ramifié, y prenait aisëment la forme deFamour, c'estrà-dire, qu'il éprouvait pour une amie ce. qu'il aurait senti pour son amante : c'étaient .les mêmes épanchemens , les mênaes transports et les mêmes peines. On le verra dans ses lettres écrites à mistriss Elisabeth Draper,- épouse de M. Daniel Draper, à présent chef de la factorerie anglaise à Surate , homme estimable et très-considéré dans cette partie du globe. Éliza , trop délicate pour résister au brûlant climat de l'Inde, vint en Angleterre respirer l'air natal ; le hasard lui procura la connaissance de Sterne : il découvrit en elle un esprit. $i bien fait .pour le sien, si doux et si tendre, qu'une espèce de sympathie les rapprocha et les unit de l'amitié la plus vive et la plus pure qui ait jamais existé. 11 l'aimait comme son amie.

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îl mettait son orgueil à la nommer sa pupille, et à la diriger par ses avis: santé, besoins , réputation , tous les intérêts d^Éliza lui devinrent personnels; ses enfans furent les siens, et il lui eût fait volontiers le sacrifice de son pays , de ses biens et de sa vie, si ce sacrifice eût pu contribuer à son bonheur. Aussi leurs l.ettres sont pleines des plus tendres expressions d'amour, mais de cet amour qu'on 2| nommé platonique, et traité de chimère : j'aime à le voir exister, et que Sterne en soit le modèle.

On remarquera peut-être que ces lettres ont différentes signatures : ici Sterne, là Yorick, et plusieurs fois ton Bramine.

Tout le monde sait que les Bramines forment la principale caste ou tribu des Indiens idolâtres, et que c'est dans cette caste que sont ces prêtres si fameux par leur vie austère et leur enthousiasme : ainsi , il

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convient d*obseryer que, comme M. Sterne était prébendaired'Yorck, et qu^Eliza habitait dans les Indes, elle avait pris Thabitude de Tappeller son Bramine , et celui-ci prenait quelquefois ce titre dans la signature de ses lettres à cette dame.

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