‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 70 sur 92 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

YORICK A ÉLIZA

Je vous écris y EUza ^ de chez M. James ^ tandis qu'il s'habille : son aimable femme est à mes côtes, qiii vous écrit aussi.... J'ai reçu ,

avant le dîner y votre billet mélancolique;

il est mélancolique y en effet, mon Eiiza, de

lire un si triste récit de ta maladie Tu

éprouvais assez de maux sans ce surcroit de douleur. Je crains que ta pauvre aroe n'en soit abattue y et ton corps aussi , sans espoir de recouvrement Que le ciel te donne du courage! Nous n'avons parlé que de toi, Éliza^ de tes douces vertus , de ton aimable caractère : nous en avons parlé pendant toute l'après-dlnée.

Mistriss James et ton Bramine ont mêlé leurs larmes plus de cent fois en parlant de teâ peines^ de ta douceur et de tes grâces : c'est un sujet qui ne peut tarir entre nous. Oh! c'est une bien bonne amie !

Les *** , je te le dis de bonne foi , sont de méchantes gens ; j'en ai appris assez pour frémir à la seule articulation du nom.... Comment avez- vous pu, Éliza, \q$ quitter, ou plutôt

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soaflfrir qu'ils voos quittassent avec les impressions dëravorables qu'ils ont?... Je croyais t'en avoir dit assez pour te donner le plus profond mépris pour eux jusqu'au dernier terme de ta vie. Gîpendant tu m'écris y et tu le disais encore 9 il y a peu de jours à mistriss James^ que

tu croyais qu'ils t'aimaient tendrement Son

amour pour Éliza y sa délicatesse et la crainte de troubler ton repos y lui ont fait taire les plus éclatantes preuves de leur bassesse... Pour l'amour du ciel y ne leur écris point ^ ne souille pas ta belle ame par la fréquentation de ces cœurs corrompus. . . . Ds t'aiment ! quelles preuves en as-tu ? sont-ce leurs actions qui le montrent y ou leur zèle pour ces altacbemens qui t'honorent et font tout ton bonheur? Se sont-ils montrés délicats pour ta réputation ?. Non ^... mais ils pleurent y ils disent des choses tendres... Mille fois adieu à toutes ces simagrées.... Le cœur honnête de mistriss James se révolte contre l'idée que tu as de leur rendre une visite... Je t'estime y je t'honore pour cha* que acte de ta vie , excepté cette aveugle partialité pour des êtres indignes d'un seul de tes regards.

Pardonne à mon zèle^ tendre fille : accorde** moi la liberté que je prends j elle naît de ce

D^YOniCK ▲ ÉLIZA. . ?4^

fonds d'amour que J'ai, que je conserverai pour toi jusqu'à l'heure de nta mort.... Re'flécliis y mon Ëliza , sur les motifs qui me portent à te donner sans cesse des avis.... Puis-je en avoir aucun qui ne soit produit par la cause que j'ai dite? Je crois que vous êtes une excellente femme, et qu'il ne vous manque qu'un peu plus de fermeté, et une plus jnste opinion de vous-même, pour être le meilleur caractère de femme que je connaisse. Je voudrais poo*

• voir vous inspirer une portion de cette vanité dont vos ennemis vous accusent, parce que je crois que , dans un bon esprit , l'orgueil produit de bons effets. .

Je ne vous verrai peut-être plus , Elîza ;... mais je me flatte que vous songerez quelque-

. fois à moi avec plaisir , parce que vous devez être persuadée que je vous aime : et je m'intéresse si fort à votre droiture, que j'apprendrais avec moins de peine la nouvelle d'un malheur qui vous serait arrivé, que le plus léger écart de ce respect que vous devez à vousmême.... Je n'ai pq garder cette remontrance dans mon sein ;.... elle s'en est échappée. Ainsi^

.adieu : que le ciel vaille sur mon £iiza !

Ton YoRiCK.

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