‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 105 sur 333 · TRESOR · texte numérisé non relu

TRESOR

'Usage seulement fait la possession.

^Je demande à ces gens, de qui la passion jEst d'entasser toujours, mettre somme sur

J somme,

Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme. Diogene là-bas est aussi riche qu'eux ; Et l'Avare icy haut, comme luy vit en gueux. L'homme au trésor caché qu'Esope nous propose,

Servira d'exemple à la chose.

Ce mal-heureux attendoit Pour jouir de son bien une seconde vie; Ne possedoit pas l'or; mais l'or le possedoit. Il avoit dans la terre une somme enfouie; Son cœur avec; n'ayant autre déduit.

Que d'y ruminer jour et nuit.

Et rendre sa chevance à luy-mesme sacrée. Qu'il allast ou qu'il vinst, qu'il bust ou qu'il mangeast, On l'eust pris de bien court à moins qu'il ne songeast A l'endroit où gisoit cette somme enterrée. Il y fit tant de tours qu'un Fossoyeur le vid ; Se douta du dépost, l'enleva sans rien dire. Nostre Avare un beau jour ne trouva que le nid. Voila mon homme aux pleurs; il gémit, il soupire,

Il se tourmente, il se déchire.

Un passant luy demande à quel sujet ses cris.

C'est mon trésor que l'on m'a pris.

Vostre trésor.? Oij pris? Tout joignant cette pierre.

Eh sommes-nous en temps de guerre

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