L'ŒIL DU MAISTRE
Mes frer Je vuus «
n Cerf s'estant sauvé dans une estable ,"• Bœufs Fut d'abord averty par eux, Qu'il cherchât un meilleur azile.
ne me décelez pas :
s pâtis les plus gras; O service vous peut quelque jour estre utile;
Et vous n'en aurez point regret.
L« Bttufs i toutes fins promirent le secret. ' '. respire, et prend courage.
•^ . , "" heroe fraische et fouragc,
Comme l'on taisoit tous les jours.
L'on va, l'on vient, les valets font cent tours; L'Intendant mesme; et pas un d'avanture
N Jt ny cor, ny ramure,
Ny ( L'habitant des forests
Rend dép grâce aux B<rufs, attend dans cette établi Que chacun retournant au travail de Cerés.
138 Fables choisies.
Il trouve pour sortir un moment favorable. L'un des Bœufs ruminant luy dit, Cela va bien ; Maisquoy ! l'homme auxcent yeux n'a pas fait sa reveuè.
Je crains fort pour toy sa venue.
Jusques-là, pauvre Cerf, ne te vante de rien. Là-dessus le Maistre entre et vient faire sa ronde.
Qu'est-ce-cy .ï^ dit-il à son monde.
Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers. Cette litière est vieille; allez viste aux greniers. Je veux voir désormais vos bestes mieux soignées. Que couste-t'il d'oster toutes ces araignées? Ne sçauroit-on ranger ces jougs et ces colliers.? En regardant à tout il void une autre teste Que celles qu'il voyoit d'ordinaire en ce lieu. Le Cerf est reconnu ; chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la beste.
Ses larmes ne sçauroient la sauver du trépas. On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s'éjoûit d'estre.
Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment,
Il n'est pour voir que l'œil du Maître. Quant à moy, j'y mettrois encor l'œil de l'amant.