I. A M. le Chevalier de Bouillon
142 Fables choisies.
Comme la force est un poinct
Dont je ne me pigue pomt.
Je tâche d'y tourner le vice en ridicule, Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule. C'est là tout mon talent ; je ne sçay s'il suffit.
Tantost je peins en un récit La sotte vanité Jointe avecque l'envie, Deux pivots sur qui roule aujourd'huy nôtre vie.
Tel est ce chetif animal Qui voulut en grosseur au Bœuf se rendre égal. J'oppose quelquefois par une double image Le vice à la vertu, la sottise au bon sens;
Les Agneaux aux Loups ravissans, La Mouche à la Fourmy ; faisant de cet ouvrage Une ample Comédie à cent actes divers,
Et dont la scène est l'Univers.
Hommes, Dieux, Animaux, tout y fait quelque rôle Jupiter com.me un autre ; introduisons celuy Qui porte de sa part aux belles la parole : Ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'huy.
'n Bûcheron perdit son gagne-pain;
• C'est sa cognée; et la cherchant en vain,
jCe fut pitié là-dessus de l'entendre.
Il n'avoit pas des outils à revendre.
Sur celuy-cy rouloit tout son avoir.
Ne sçachant donc où mettre son espoir.
Sa face estoit de pleurs toute baignée. O ma cognée, ô ma pauvre cognée !
S'écrioit-il, Jupiter rends la moy :
Je tiendray l'estre encore un coup de toy. Sa plainte fut de l'Olimpe entendue.
Mercure vient. Elle n'est pas perdue, Luy dit ce Dieu, la connoistras-tu bien? Je crois l'avoir prés d'icy rencontrée.
Lors une d'or à l'homme estant monstrée, Il répondit, Je n'y demande rien.