‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 143 sur 333 · LE LIEVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LIEVRE ET LA TORTUE

ien ne sert de courir; il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont un témoi-

gnage.

I Gageons, dit celle-cy, que vous n'atteindrez pomt Si-tost que moy ce but. Si-tost? estes-vous sage?

Repartit l'animal léger.

Ma commère il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore.

Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait : et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Sçavoir quoy ; ce n'est pas l'affaire :

Ny de quel juge l'on convint, Nostre Lièvre n'avoit que quatre pas à faire; J'entends de ceux qu'il fait lors que prest d'estre atteint Il s'éloigne des chiens, les renvoyé aux Calendes,

Et leur fait arpenter les Landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter.

Pour dormir^ et pour écouter D'où vient le vent; il laisse la Tortue

Aller son train de Sénateur.

Elle part, elle s'évertue :

Elle se haste avec lenteur.

Luy cependant méprise une telle victoire;

Tient la gageure à peu de gloire ; .

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