I. mau
...;.'jb.
204 Fables choisies.
Rarement la Fortune à ses hostes le laisse.
Ne cherchez point cette Déesse, Elle vous cherchera; son sexe en use ainsi. Certain couple d'amis en un bourg étably, Possedoit quelque bien : l'un soûpiroit sans cesse Pour la Fortune; il dit à l'autre un jour :
Si nous quittions nostre séjour?
Vous sçavez que nul n'est prophète En son païs : Cherchons nostre avanture ailleurs. Cherchez, dit l'autre amy ; pour moy je ne souhaite
Ny climats ny destins meilleurs.
Contentez-vous; suivez vostre humeur inquiète; Vous reviendrez bien-tost. Je fais vœu cependant
De dormir en vous attendant.
L'ambitieux, ou si l'on veut, l'avare.
S'en va par voye et par chemin.
Il arriva le lendemain En un lieu que devoit la Déesse bizarre Fréquenter sur tout autre; et ce lieu c'est la cour. Là donc pour quelque- temps il fixe son séjour. Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures
Que l'on sait estre les meilleures; Bref se trouvant à tout, et n'arrivant à rien. Qu'est cecy? ce dit-il; Cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures. Je la vois tous les jours entrer chez celuy-cy,
Chez celuy-Ià ; D'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse?
On me l'avoit bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, Messieurs de cour; Messieurs de cour adieu. Suivez jusques au bout une ombre qui vous flate. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate; Allons-là. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celuy-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route Et le premier osa l'abysme défier.
Celuy-cy pendant son voyage