Livre septième
Tous les deux ont raison; et la Philosophie Dit vray, quand elle dit, que les sens tromperont Tant que sur leur rapport les hommes jugeront;
Mais aussi si I on rectifie L'image de l'objet sur son éloignement, Sur le milieu qui l'environne, Sur l'organe, et sur l'instrument, Les sens ne tromperont personne.
La nature ordonna ces cnoses sagement : J'en diray quelque jour les raisons amplement. J'appepçois le Soleil; quelle en est la figure? Icy oas ce grand corps n'a que trois pieJs de tour : Mais si je le voyois li haut dans son séjour, Que seroit-ce à mes veux oue l'œil de la nature? Sa distance me fait juger de sa grandeur ; Sur l'angle et les coslez ma main la détermine : L'ignorant le croit plat, l'épaissis sa rondeur : Je le rends immobile, et la terre chemine. Bref \e déments mes yeux en toute sa machine. Ce sens ne me nuit point par son illusion.
Mon ame en toute occasion Développe le vray caché sous l'apparence.
Je ne suis point d'intelligence Avecque mes regards peut-eslre un peu trop prompts, Ny mon oreille fente i m'apporter les sons. Quand l'eau courbe un baston - ,on le redresse, La raison décide en i:
Mes yeux, moyennant ce secours.
Ne me trompent jamais en me mentant toujours. Si je crois leur rapport, erreur asser commune, Une teste d» ' * rps de la Lune.
Y peut-elle . , vient donc cet objet''
Quelques lieux int-gaux tunt de loin cet effet. La Lune nulle part n'a sa surface unie : Montueusc en des lieux, en d'autres applanie, L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent
Un Homme, un Bœuf, un Eléphant.
N'agucre l'Angleterre y vid chose pareille.
214 Fables choisies.
La lunette placée, un animal nouveau
Parut dans cet astre si beau ;
Et chacun de crier merveille.
Il estoit arrivé là haut un changement, Qui présageoit sans doute un grand événement. Sçavoit-on si la guerre entre tant de puissances N'en estoit point l'effet? Le Monarque accourut : Il favorise en Roy ces hautes connoissances. Le Monstre dans la Lune à son tour luy parut. C'estoit une Souris cachée entre les verres* : Dans la lunette estoit la source de ces guerres . On en rit : Peuple heureux, quand pourront les François Se donner comme vous entiers à ces emplois? Mars nous fait recueillir d'amples moissons de gloire : C'est à nos ennemis de craindre les combats, A nous de les chercher, certains que la victoire Amante de Louis suivra par tout ses pas. Ses lauriers nous rendront célèbres dans l'histoire.
Mesme les filles de mémoire Ne nous ont point quitez : nous goûtons des plaisirs : La paix fait nos souhaits, et non point nos soupirs. Charles en sçait jouir : Il sçauroit dans la guerre Signaler sa valeur, et mener l'Angleterre A ces jeux qu'en repos elle void aujourd'huy. Cependant s'il pouvoit appaiser la querelle, Que d'encens ! Est-il rien de plus digne de luy? La carrière d'Auguste a-t-elle esté moins belle Que les fameux exploits du premier des Césars? O peuple trop heureux, quand la paix viendra-t-elle Nous rendre comme vous tout entiers aux beaux arts?
I. C'est au chevalier Paul Neal, membre de la Société royale de Londres, qu'on attribue cette mésaventure scientifique.