‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 193 sur 333 · LES FEMMES ET LE SECRET · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE SECRET

tien ne pesé tant qu'un secret :

i .0 porter loin est difficile aux Dames : jiil |e sçais mesme sur ce fait ifBon nombre d'hommes qui sont femmes.

Pour éprouver la sienne un mari s'écria La nuit estant près d'elle : à dieux! qu'est-ce cela?

Je n'en puis plus; on me déchire; Quoy j'accouche d'un oeuf! d'un œuf! ouy, le voila Frais et nouveau pondu : gardez bien de le dire : On m'appelleroit poule. Enfin n'en parlez pas.

La femme neuve sur ce cas,

Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.

Mais ce serment s'évanoûil

Avec les ombres de la nuit.

L'épouse indiscrète et peu fine.

Sort du lit quand le jour fut a peine levé :

Et de courir chez sa voisine.

Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé : N'en dites rien sur tout, car vous me feriez battre. Mon mary vient de pondre un œuf gros comme quatre.

Au nom de I)ieu gardez-vous bien

D'aller publier ce mystère. fguere

Vous moquez-vous? dit l'autre : Ah, vous ne sçavez

Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. La femme du pondeur s en retourne chez elle. L'autre grille déjà de conter la nouvelle : Elle va la répandre en plus de dix endroits.

Au lieu d'un n-uf elle en dit trois.

Ce D'est pas cncor tout, car une autre commère

224 Fables choisies.

En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait, Précaution peu nécessaire, Car ce n'estoit plus un secret.

Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée, De bouche en bouche alloit croissant, Avant la fm de la journée Ils se montoient à plus d'un cent.

LE CHIEN qui PORTE A SON COU LE DISNÉ DE SON MAISTRE'.

ous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles, Ny les mains à celle de l'or :

Peu de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidelles.

1. Brossette écrit de Lyon à Boileau, le 21 décembre 1706, au sujet de cette fable : « Le sujet en est tiré d'une des lettres de M. Sorbière, qui assure que l'aventure décrite dans cette fable, étoit arrivée à Londres, du temps qu'il y étoit. Avant que La Fontaine composât sa Fable, M. de Puget avoit déjà mis ce sujet en vers pour faire allusion à la mauvaise administration des deniers publics dont on accusoit nos Magistrats. La Fontaine étant venu à Lyon chez un riche banquier de ses amis, il y voyoit souvent M, de Puget qui lui montra la Fable qu'il avoit composée. La Fontaine en approuva fort l'idée et mit ce même sujet en vers à sa manière. » Brossette donne la Fable de M. de Puget intitulée : Le chien politique. Nous nous contenterons d'en reproduire les quatre derniers vers, qu'il est intéressant de comparer à la fm de la fable de La Fontaine : Ainsi dans les emplois que fournit la cité Tel des deniers publics veut faire un bon usage, Qui d'abord des pillards retient l'avidité, Mais après s'humanise et prend part au pillage.

(Correspondance entre Boileau et Brossette, Paris, Techner, I8j8, p. 234-236.)

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