LE MARY, LA FEMME, ET LE VOLEUR
[n Mary fort amoureux, ^Fort amoureux nme,
,Bicn qu'il fût , 'se croioit malheureux.
Jamab œillade de la Dame,
Propos flateur et gracieux.
Mot d'amitié, ny doux sourire,
Déifiant le pauvre Sire, N'avoient fait soupçonner qu'il fust vrayment chcry;
Je le crois, c'estoit un mary.
Il ne tint point i l'hymenèc
Que content de sa destinée
Il n'en remercust les Dieux ;
278 Fables choisies.
Mais quoy ? Si l'amour n'assaisonne
Les plaisirs que l'hymen nous donne,
Je ne vois pas qu'on en soit mieux.
Nostre épouse estant donc de la sorte bâtie, Et n'ayant caressé son mari de sa vie, Il en faisoit sa plainte une nuit. Un voleur
Interrompit la doleance.
La pauvre femme eut si grand'peur,
Qu'elle chercha quelque assurance
Entre les bras de son époux.
Amy Voleur, dit-il, sans toy ce bien si doux Me seroit inconnu; Pren donc en recompense Tout ce qui peut chez-nous estre à ta bien-seance : Pren le logis aussi. Les voleurs ne sont pas
Gens honteux ny fort délicats :
Celuy-cy fit sa main. J'infère de ce conte
Que la plus forte passion C'est la peur ; elle fait vaincre l'aversion; Et l'amour quelquefois ; quelquefois il la dompte :
J'en ay pour preuve cet amant, Qui brûla sa maison pour embrasser sa Dame,
L'emportant à travers la flame * :
J'aime assez cet emportement :
Le conte m'en a plû toujours infiniment :
Il est bien d'une ame Espagnole,
Et plus grande encore que folle.
I. Allusion à l'aventure du comte de Villa-Medina avec Elisabeth de France, fille de Henri IV, et femme de Philippe IV, roi d'Espagne.
« La force de sa passion le porta à faire préparer une Comédie en machines, et d'y dépenser vingt mil écus ; et après pour pouvoir embrasser la Reyne, en l'enlevant au feu, il le fit mettre au théâtre et brûler presque toute la maison. » (Voyage d'Espagne^ par F. d'Aarsens de Sommerdyck. A Cologne,, chez Pierre Marteau, 1666, in-12, P- 49-)