LE BERGER ET LE ROY
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Bien broutant, c: ^i aas,
302 Fables choisies.
Grâce aux soins du Berger, de trés-notables sommes. Le Berger plut au Roy par ces soins diligens. Tu mérites, dit-il, d'estre Pasteur de gens; Laisse-là tes moutons, vien conduire des hommes.
Je te fais Juge Souverain, Voilà nostre Berger la balance à la main. [mite,
Quoy qu'il n'eust gueres veu d'autres gens qu'un Her- Son troupeau, ses mâtins, le loup, et puis c'est tout, Il avoit du bon sens ; le reste vient ensuite.
Bref il en vint fort bien à bout.
L'Hermite son voisin accourut pour luy dire, Veillay-je, et n'est-ce point un songe que je vois? Vous favory ! vous grand ! défiez-vous des Rois : Leur faveur est glissante, on s'y trompe ; et le pire, C'est qu'il en coûte cher; de pareilles erreurs Ne produisent jamais que d'illustres malheurs. Vous ne connoissez pas l'attrait qui vous engage. Je vous parle en amy. Craignez tout. L'autre rit,
Et nostre Hermite poursuivit :
Voyez combien déjà la Cour vous rend peu sage. Je crois voir cet aveugle, à qui dans un voyage
Un serpent engourdy de froid Vint s'offrir sous la main ; il le prit pour un fouet. Le sien s'estoit perdu tombant de sa ceinture. Il rendoit grâce au Ciel de l'heureuse avanture, Quant un passant cria : Que tenez-vous? ô Dieux! Jettez cet animal traistre et pernicieux, [dis-je :
Ce serpent. C'est un foiiet. C'est un serpent, vous A me tant tourmenter quel interest m'oblige? Pretendez-vous garder ce trésor? Pourquoy non? Mon fouet estoit usé ; j'en retrouve un fort bon ;
Vous n'en parlez que par envie.
L'aveugle enfin ne le crut pas.
Il en perdit bien-tost la vie :
L'animal dégourdy piqua son homme au bras.
Quant à vous, j'ose vous prédire Qu'il vous arrivera quelque chose de pire. Eïï, que me sçauroit-il arriver que la mort?