‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 30 sur 333 · LE RENARD ET LA CIGOGNE · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LA CIGOGNE

iompere le Renard se mit un jour en frais, ►Et retint à disner commère la Cigogne. [Le régal fut petil^et sans beaucoup d apprests; Le galand pour toute besogne Avoit un broùet clair (il vivoit chichement). Ce broùet fut par luy servy sur une assiette : La Cigogne au long bec n'en pût attraper miette; Et le drosle eut lappé le tout en un moment.

Pour se vanger de cette tromperie, A ûuelque-temps de là la Cigogne le prie. Volontiers, luv dit-il, car avec mes amis Je ne fais point cérémonie.

A l'heure dite il courut au logis De la Cigogne son hostesse, Loua très-fort la politesse*, Trouva le disner cuit i point.

Bon appétit sur tout; Renards n'en manquent point. Il se rejouissoit à l'odeur de la viande Mise en menus morceaux, et qu'il croyoit friande.

On servit, pour l'embarasser En un vase i long col, et d'étroite embouchure. Le bec de la Cigogne y pouvoit bien passer. Mais le museau du Sire'estoit d'autre mesure. I! luy falut k jeun retourner au lo^is. Honteux comme un Renard qu'une Poule auroit pris, Serrant la queue, et portant bas l'oreille. Trompeurs, c'est pour vous que j'écris, Attendez-vous à la pareille.

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