ET UNE GRENOUI^LE
[eux Taureaux combattoient à qui possederoit Une Génisse avec l'empire.
Une Grenoiiille en soûpiroit.
Qu'avez-vous? se mit à luy dire
Quelqu'un du peuple croassant.
Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle Sera l'exil de l'un; que l'autre le chassant Le fera renoncer aux campagnes fleuries? Il ne régnera plus* sur l'herbe des prairies, Viendra dans nos marests régner sur les roseaux, Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux, Tantost l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse Du combat qu'a causé madame la Génisse.
Cette crainte estoit de bon sens.
L'un des Taureaux en leur demeure
S'alla cacher à leurs dépens ;
Il en écrasoit vingt par heure.
Helas! on void que de tout temps Les petis ont paty des sottises des grands.
i. Il ne régnera pas, dans l'édition de 1668.
68 Fables choisies.
LA CHAUVESOURIS