LA COLOMBE ET LA FOURMY
;' ^ifaulaulant qu'on peut obliger loul lemonde. '.On a souvent besoin d'un plus petit que soy. . . |De cette vérité deux Fables tcront foy; !»> •■r^!»iî Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion, Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie. Le Roy des animaux en cette occasion Montra ce qu'il estoit, et luy donna la vie.
Ce bien-fait ne fut pas perdu.
Quelqu'un auroit-il jamais crû
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire?
Cependant il avinl qu'au sortir des Foresls
Ce Lion fut pris dans des rets, Dont ses rugissemens ne le purent défaire. Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents, Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Fatience et longueur de temps
Font plus que torce ny que rage.
f^'^^'^utrc exemple est tiré d'animaux plus petits, long d'un clair ruisseau bcuvoit une Co-
v^^^7<7^^ . 1 sur l'eau se panchant une Fourmis y tumbe,
7^ Fables choisies.
Et dans cet Océan l'on eust vu la Fourmis S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive. La Colombe aussi-tost usa de charité.
Un brin d'herbe dans l'eau par elle estant jette, Ce fut un promontoire où la Fourmis arrive.
Elle se sauve; et là-dessus Passe un certain Croquant qui marchoit les pieds nus. Ce Croquant par hazard avoit une arbaleste.
Dés qu'il void l'oiseau de Venus Il le croit en son pot, et déjà luy fait feste. Tandis qu'à le tuer mon Villageois s'appreste,
La Fourmis le pique au talon.
Le Vilain retourne la teste.
La Colombe l'entend, part, et tire de long. Le soupe du Croquant avec elle s'envole :
Point de Pigeon pour une obole.
XIU.