‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 53 sur 333 · LE PAN SE PLAIGNANT A JUNON · texte numérisé non relu

LE PAN SE PLAIGNANT A JUNON

Pan se plaignoit à Junon.

[Déesse, disoit-il, ce n'est pas sans raison. Que je me plains, que je murmure; Le chant dont vous m'avez fait don îéplaist à toute la nature:

Au lieu qu'un Rossignol, chetive créature, Forme des sons aussi doux qu'éclatans, Est luy seul l'honneur du Printemps.

Junon répondit en colère ; Oyseau jaloux et qui devrois te taire ; Est ce i toy d'envier la voix du Rossignol .J* Toy que l'on voit porter â l'entour de ton col Un arc-enciel nué de ceni sortes de soyes,

Qui te panades, qui déployés Une si noie queue, et qui semble i nos yeux La BoutiQue d'un Lapidaire?

Est-il quelque oyseau sous les d'eux Plus que toy capable de plaire?

Tout animal n'a pas toutes proprictez.

Nous vous avons donné diverses qualitcz, Les uns ont la grandeur et la force en partage;

La FoataiMi. — I. 6

82 Fables choisies.

Le Faucon est léger, l'Aigle plein de courage, Le Corbeau sert pour le présage,

La Corneille avertit des mal-heurs à venir : Tous sont contens de leur ramage :

Cesse donc de te plaindre, ou bien pour te punir Je t'osteray ton plumage.

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