‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 61 sur 333 · Livre troisième · texte numérisé non relu

Livre troisième

Fait le veau sur son Asne, et pense estre bien sage. Il n'est, dit le Meusnier, plus de Veaux à mon âge. Passeï vostre chemin, la tille, et m'en croyez. Apres mamls quolibets coup sur coup renvoyez, L homme crût avoir tort, et mit son fils en croupe. Au bout de trente pas, une troisième troupe Trouve encore à gloser. L'un dit, Ces gens sont fous; Le Baudet n'en peut plus; il mourra sous leurs coups. Hé quoy, charger ainsi cette pauvre Bourique? N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique? Sans doute qu'à la P'oire ils vont vendre sa peau. Parbieu, dit le Meusnier, est bien fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son Fere. Essayons toutefois, si par quelque manière Nous en viendrons à bout. Us descendent tous deux. L'Asne se prélassant marche seul devant eux. Un quidan les rencontre, et du, Est-ce la mode Que Baudet aille à l'aise et Meusnier s'incommode? Qui de l'Asne ou du Maistre est fait pour se lasser? Je conseille à ces cens de le faire enchâsser. Us usent leurs souliers, et conservent leur Asne; Nicolas, au rebours; car quand il va voir Jeanne, 11 monte sur sa beste, et la chanson le dit*. Beau trio de liaudets 1 Le Meusnier repartit : Je suis Asne, il est vray, j'en conviens, |c l'avoué; Mais que doresnavant on me blasme, on me loue. Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien, J'en veux lau-e i ma teste; il le fit, et fit bien.

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