Livre troisième. 9f
Il leur tomba du Ciel un Roy tout pacifique : Ce Roy fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Cent fort sotie et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux.
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage.
Sans oser de long temps regarder au visage Ccluy qu'elles croyoïenl estre un géant nouveau ;
Or c'estoit un soliveau, De qui la çraviié fit peur à la première.
Qui de le voir s'avanturant
Osa bien quitter sa lanière.
Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant.
Il en vint une fourmilliere ; El leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roy.
Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coy. Jupin en a bien-tost la cervelle rompue. Donnez-nous, dit ce peuple, un Roy qui se remué. Le Monarque des Dieux leur envoyé une Grue,
Qui les croque, qui les tué,
Qui les gobe i son plaisir ; Et Grcr
ircnoûilles de se plaindre; El Jupin de leur dire : El quoy, vostre désir
A ses Loix croil-il nous astraindrc?
Vous avez deCi premièrement
Garder voslre Gouvernement ; Mais ne l'ayant pas fait, il vous devoit suffire Que voslre premier Roy fusl débonnaire et doux :
De celuy cy contentez-vous.
De peur d'en rencontrer un pire.
96 Fables choisies.