‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 36 sur 163 · JESUS-CHRIST. - PART. II · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST. - PART. II

choses ; l'avenir n'a rien d'obscur pour lui ; le présent et le passé sont exposés a ses yeux. En voici la preuve. Dieu fait tout. Les corps sont soumis à sa puissance. Les volontés, quelque libres qu'elles soient, sont dans sa main. Sans blesser une liberté dont il est auteur, il la fait servir à ses desseins de justice ou de miséricorde, avec une force et une sagesse qui triomphe de tous les obstacles. Cette première observation est inséparable des deux suivantes.

U' observation. — Ce que Dieu fait dans le temps, n'est que l'exécution de ses décrets

éternels. . , , ,

III observation. — Dieu peut donc révéler l'avenir aussi infailliblemeat qu'il peut faire connaître le présent ; et lui seul peut révéler l'avenir, parce que lui seul connaît ses volontés libres.

IV observation. — Il n'est pas impossible que Dieu découvre l'avenir à des esprits qui seraient ennemis de l'homme. Donc l'homme a besoin d'une règle, pour distinguer les prophéties divines de^ prophéties qui peuvent venir d'un esprit séducteur. Voici la règle.

Ve observation. — Toute prophétie faite au nom de Dieu, créateur du ciel et de la terre, demande notre attention jusqu'à son accomplissement : elle est divine, si elle est vérifiée par l'événement. Toute prophétie qui n'a pas cette condition d'être faite au nom de Dieu, ne mérite aucune attention. La démonstration de la règle pourlediscernement des miracles , a ici son application. On ne peut concilier avec l'idée de Dieu, qu'il autorise l'abus de son saint nom par des preuves qui entraîneraient nécessairement l'homme dans l'erreur : or la prophétie, faite au nom de Dieu , serait une preuve de ce genre. Un homme prédit l'avenir au nom de Dieu; l'événement répond à la prédiction; je ne puis me refuser à l'autorité de cet homme il est évident que Dieu parle par sa bouche.

• IL N'attendez pas, mon cher Eusèbe, que je vous donne un recueil exact des prophéties contenues dans le Pentateuque; il faudrait le copier tout entier. Noé maudit Chaiu dans sa postérité {Gen. ix.,25), Abraham voit tout ce qui doit arriver à sa chère famille en Egypte ; son retour dans la terre de Chanaan, il la voit en possession de cette terre. Le nom même decepatriarche,quisignifie/e père de la multitude, n'est-il pas seul une grande prophétie que nous voyons de nos yeux vérifiée par révénement?(Gen. x.v,lse«p) Combien de peuples divers et nombreux concourent à l'accomplir? Les Juifs, les Arabes, les Abys: sins, etc. > se glorifient encore aujourd'hui d'avoir Abraham pour père. Les sectateurs da Mahomet ne semblent-ils pas faits pour justifier par leurs pratiques, par leur multitude, par l'étendue de leur empire, par leur caractère, les promesses adressées à Agar et à Ismaël? (Gen. xvi, 10 seq.) Jacob annonce à ses onfants leur destinée future; il les place pour ainsi dire, dans la- terre promise ; il est tomme le distributeur, du terrain qu'ils y

occuperont ; il désigne la tribu et la ligne "" d'Adam, la promesse d'un Libérateur; il est

impossible do rien opposer do raisonnable à une démonstration si claire et si évidente. Je me borne à ces preuves. Si vous en désirez d'autres, mon cher Eusèbe, lisez le Peutateurpje.

IV. L'histoire des patriarches , leur foi vive, leur piété tendre, leur soumission aveugle aux ordres du Seigneur, leur vivo conliance dans sa providence, leur humble reconnaissance pour ses bienfaits, leur charité compatissante envers leurs frères, leur naïve simplicité et leur droiture, leur désintéressement généreux, leur grandeur d'ûine, raviront votre admiration, et vous persuaderont que Dieu est le grand maître des cœurs aussi bien que des esprits. Quel autre que Dieu peut se former des cœurs si parfaits, et donner à leur historien des idées si sublimes de la vertu 1

V. Les lois données au peuple juif, pour régler ses mœurs et sa police, ne vous permettront de regarder que comme des enfants, les Lycurgue et les Solon si vantés dans l'antiquité profane. Moïse pose pour fondement la connaissance du Dieu , créateur du ciel et de la terre. 11 enseigne ce qui est dû à une si haute majesté, et ce que les hommes se doivent mutuellement. Dans son système, la religion est supérieure à l'Etat. Tout plie sous elle. Rien n'est accordé à une fausse politique. Tous les vices sont condamnés ; toutes les vertus sont commandées. Les lois des hommes postérieures à ce premier législateur, n'ont rien de propre que leurs défauts. Ce qu'elles ont d'utile et d'honnête, est un bien d'emprunt. Tant que la république judaïque a subsisté, elle n'a rien eu à retrancher, ni à ajouter au code de Moïse. Tous les changements qui devaient arriver dans la forme de son gouvernement, sont prévus et réglés : caractère unique. Les lois d'Athènes, de Lacédémonc, de Rome, ont eu de faibles commencements. L'expérience montrait ce qui leur manquait;

d'où doit naître le Libérateur, le désiré des nations ; il marque avec la plus exacte précision le temps de son avènement, et il meurt dans l'attente du salut qu'il doit apporter au monde. (Gen. xlix, 1 seq.) Joseph voit sa grandeur future. (Gen. xxxvn , 6 seq.) Il prédit dans sa prison le sort de deux officiers de Pharaon. (Gen. xux, 1 seq.) Un peu avant sa mort, il assure ses frères que Dieu les visitera et les fera passer dans la terre promise à Abraham. (Gen. l, 24.)

Dans V Exode, Moïse annonce, avant l'événement, les merveilles qu'il opère. Dans Je Deutéronome (c. xxxm), les enfants d'Israël apprennent de sa bouche ce qui doit leur arriver dans la suite. Il appelle Josué, et lui dit devant tout le peuple d'Israël : Soyez ferme et courageux; car c'est vous qui ferez entrer ce peuple dans la terre que le Stigneur a juré à leurs pères de leur donner, et c est vous aussi qui la partagerez au sort. (Deut. xxxi, 67.) Ce saint homme presse le peuple, par les plus vives exhortations , de demeurer inviolablement attaché aux lois qu'il venait de lui donner, pour préparer Ja voie à une loi plus auguste, moins chargée de cérémonies, et plus féconde en vertus. Et pour le tenir dans l'attente de celte loi , il lui confirme fa venue de ce grand prophète qui devait sortir d'Abraham , d'Jsaac et de Jacob. Dieu, dit-il, vous suscitera du milieu de votre nation, et \du nombre de vos frères , un prophète semblable à moi. Ecoutez-le. (Deut. xvm, 15.) Ce prophète semblable à Moïse , législateur comme lui, qui peut-il être, si ce n'est le Libérateur?

Moïse mène les Israélites à la porte de la terre promise; et n'a pas la consolation d'y entrer. Avant que de mourir, il fait assembler les anciens et les docteurs, et leur dit : Je sais qu après ma mort vous tomberez dans l'iniquité, que vous vous détournerez bientôt de la voie que je vous ai prescrite, et vous vous trouverez surpris de beaucoup de maux, lorsque vous aurez péché devant le Seigneur, en l'irritant par les œuvres de vos mains (Deut. xxxi, 29.) 11 avait déjà fait les plus terribles menaces contre les violateurs de Ja loi. (Deut. xxvm, 15 seq ) Il prononça en leur présence ce long et admirable cantique, qui commence par ces paroles : 0 deux, écoutez ma voix; que la terre prête V oreille aux paroles de ma bouche. (Deut. xxxn,l.) Dans ce silence de toute la nature, il parle au peuple avec une force inimitable, et prévoyant ses infidélités, il lui en découvre l'horreur. Ce cantique est, à proprement parler, l'histoire du peuple juif.

111. Il n'est pas possible de refuser à Moïse le titre de prophète ; et puisqu'il se donne pour l'organe de Dieu, il n'est pas possible de lui refuser le litre de prophète divin. On ne peut donc nier la divinité de sa mission, ni par conséquent celle de ses livres. Ses prophéties seules forment une preuve qui est sans réplique. Ajoutez ses miracles, et les lumières qu'il donne sur Dieu, sur les devoirs de l'homme, la création, la chuto

on les abrogeait, on les changeait, on en faisait de nouvelles. Le législateur des Juifs était-il d'une espèce différente des autres hommes? Non : mais il était inspiré, cela est sensible. Lisez donc cette loi sainte, juste, bienfaisante, honnête, sage , prévoyante et simple, faite pour lier la société des hommes entre eux par la sainte sociétéde l'homme avec Dieu. Peut-être cette multitude d'observances, dont Moïse charge les Juifs, vous fera quelque peine. Faisons là-dessus quelques réflexions, et sur quelques autres points.

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