‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 71 sur 163 · I. Ces là une vérité qui n'a plus besoin · texte numérisé non relu

I. Ces là une vérité qui n'a plus besoin

de preuves. Jésus-Christ a disposé de la nature en Maître souverain. Sa parole a rendu la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds , la faculté de marcher aux boiteux. Les morts ont été dociles à ses ordres, sont sortis des tombeaux, ont revu la lumière. La force et la santé ont été rendues aux malades par un simple attouchement de sa main salutaire, ou même de ses vêtements. Il a commandé aux ve'nts et aux tempêtes, et ils se sont tus. Sous ses pas, la mer a pris de la consistance. Entre ses mains quelques petits poissons et quelques pains se sont multipliés. Les démons, tremblants à sa voix, ont cessé de tourmenter les hommes. 11 n'y a qu'un aveuglement affecté, qui puisse révoquer en doute les miracles de Jésus-Christ. C'est une multitude infinie d'effets merveilleux supérieurs à toutes les lois de la nature. Voilà donc une première vérité constante : Jésus-Christ a- fait des miracles.

II. Une seconde vérité démontrée est que Dieu seul est auteur du miracle ; parce qu'il n'y a que l'auteur de la nature qui soit maître des lois de la nature (6*).

III. Une troisième vérité bien évidente est qu'un miracle opéré au nom de Dieu ne peut être opéré pour servir de preuve au mensonge, parce que Dieu produit par lui-même un miracle fait en son nom , et s'il agit à l'occasion du désir d'une créature , il est l'auteur, et du miracle, et du désir de la créature qui l'invoque (7).

IV. De ces trois vérités, il s'ensuit manifestement que , pour juger de Jésus-Christ par ses miracles, il n'est besoin que d'examiner deux choses : la première, si Jésus- Christ opère ses miracles au nom de Dieu ; la seconde, s'il les opère pour prouver qu'il est le Fils de Dieu. S'il fait l'un et l'autre, il sera aussi clair qu'il est le Fils de Dieu qu'il est clair qu'il fait des miracles; parce que Dieu étant essentiellement la vérité , la sainteté, la bonté, la sagesse, il ne peut employer sa puissance et son nom pour attester le mensonge, ni même la plus légère équivoque. Relions , mon cher Eusèbe , l'histoire de Jésus-Christ.

Article II. — Jésus-Christ opère ses miracles au îtum de Dieu.

I. Jésus-Christ appelle Dieu son Père. Ne faites pas de la maison de mon Père (Joan. n, 26), dit-il aux vendeurs et aux changeurs qui étaient dans le temple et qu'il en cha'sse, une maison de trafic. C'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel(Joan. vi, 32); il parle ainsi, au peuple qui le suivait à cause du miracle de la multiplication des pains. C'est mon Père, dit-il encore aux Juifs, qui me glorifie : vous dites qu'il est votre Dieu, et cependant vous*ne le connaissez pus. Mais moi je le connais. (Joan. vin, 64 , 55; v, 17 ; vi, 27; xn, 28 ; xiv, 10.) A 1 occasion de quelques reproches qu'il avait faits aux pharisiens-, ses disciples lui dirent :

(G*) Votj. part, il, col. 209.

Les pharisiens s'en sont scandalisés. Il leur répond : Toute plante que mon Père céleste n'a point plantée sera arrachée. (Matlh. xv, 13.)

II. Jésus-Christ se donne pour l'envoyé de Dieu. Si Dieu était votre Père, dit-il aux Juifs, vous m'aimeriez, parce que je suis sorti de Dieu et suis venu dans ce monde : car je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui9 qui m'a envoyé. (Joan. vm, 4-2.) Il répète le même discours en plusieurs endroits.

III. Il est venu au nom de son Père, il agit en son nom. Je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez pas; c'est toujours aux Juifs qu'il parle; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. (Joan. v, 43.) Les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi. Les Juifs veulent le lapider, J'ai fait devant vous, leur dit-il , plusieurs bonnes œuvres par la puissance de mon Père, pour laquelle est-ce que vous me lapidez? (Joan. x, 25, 32.)

IV. Son unique fin est de faire la volonté de son Père. Ses disciples le prient de manger : Ma nourriture , leur répond-il, est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et, d'accomplir son œuvre. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Je fais toujours ce qui lui est agréable. (Joan. iv, 34; vi, 38 seq. ; v, 30; vm, 29.) 11 a tellement à cœur cette volonté, qu'il reconnaît pour son frère, sa sœur et sa mère quiconque fait la volonté de son Père qui est dans les deux. ( Matlh. xii, 50; Marc, ni, 35.)

V. Il n'a en vue que la gloire de son Père. J'honore mon Père Pour moi, je ne cherche point ma propre gloire. (Joan. vin, 49 , 50.) Et il donne cette vue si grande et si pure pour une preuve qu'il est véritable. Celui qui cherche la gloire de celui qui Va envoyé est véritable. (Joan. vu , 18.) Il rapporte tout à cette fin. Un aveugle de naissance ne l'est qu'a/m que les œuvres de la puissance de Dieu éclatent en lui. (Joan. ix, 3.) La maladie de Lazare n'est que pour la gloire de Dieu. (Joan. xi, 4, 40.) Lazare est mort, mais pourvu que Marthe ait de la foi , elle verra la gloire die Dieu. (Joan. xn , 28.) Il approche lui-même du moment de sa mort arrêté par son Père. Mon Père, lui dit-il alors, glorifiez votre nom. Pour engager les hommes à l'imiter, voici le motif qu'il leur propose, peut- il être plus pressant? Mou Pèro, la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable. (Joan. xvu, 3.)

VI. Il protosto qu'il tient tout de son Père. Il s'explique là-dessus bien clairement à l'occasion d'un paralytique qu'il avait guéri au jour de sabbat. En vérité, en vérité je vous dis que le Fils ne peut rien faire de luimême , et qu'il ne fait que ce qu'il voit faire

au Père Parce que le Père aime le Fils ,

et lui montre tout ce qu'il fait ; cl il lui montrera des œuvres encore plus grandes que celles-ci. Car comme le Père ressuscite les

(7) Vntj. part, il, col. 212.

morts et leur rend la vie, ainsi le Fils (lutine la vie à qui il lui plaît. Le Père né juge personne; mais il a (tonné tout pouvoir de ju<j(r au Fils.- Comme le Père a la vie en luimême, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. (Joan. v, 19 , 20, 21 , 22, 26.) Ma doctrine n'est pas ma doctrine, mais c'est la doctrine de celui qui ma envoyé. Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui. Et encore : Vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j'ai apprise de Dieu. (Joan. vu, 10, 17;, viii, 40.)

VII. Il n'agit qu'avec son Père; en sorte que ses œuvres sont les œuvres de son Pôro. Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à présent, et j'agis aussi incessamment. Les Juifs, dit l'évangéliste , cherchaient encore avec plus d'ardeur à le faire mourir : parce que non-seulement il ne gardait pas le sabbat, mais qu'il disait même que Dieu était son Père, se faisant ainsi égal à Dieu. En vérité, continue Jésus, je vous dis que le Fils ne peut rien faire de lui-même , et qu'il ne fait que ce qu'il voit faire au Père : car tout ce une le Père fait , le Fils le fait aussi comme lui. (Joan. v, 17, 18, 19.) Mon Père qui de^ meure en moi, dit-il à Philippe, fait luimême les œuvres que je fais. (Joan. xiv, 10.) Après avoir délivré un possédé d'une légion de démons, il lui dit : Publiez les grandes choses que Dieu a faites en votre faveur. (Luc. vin, 39.)

VIII. Les miracles qu'il opère sont des œuvres dont Dieu lui accorde la puissance pour lui servir de témoignage. J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean: car les œuvres que mon Père m'a donné pouvoir de faire, les œuvres que je fais rendent témoignage pour moi, que c'est mon Père qui m'a envoyé. (Joan. v, 36.) Mon Père qui m'a envoyé me rend témoignage. (Joan. vin, 18.)

IX. 11 prie son Père et lui rend grâces. Prosterné, avant sa mort, contre terre : Mon Père, mon Père, dit-il à Dieu, toutes choses vous sont possibles; transportez ce calice loin de moi ; mais néanmoins que votre volonté s'accomplisse , et non pas la mienne. (Marc. xiv, 35,36.) Ses soixante-douze disciples reviennent pleins de joie de leur mission, et lui disent : Seigneur, les démons mêmes nous sont assujettis par la vertu de votre nom. (Luc. x, 17, 21.) Jésus-Christ s'écrie : Je vous rends gloire , mon Père , Seigneur du ciel et de la terre , de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents , et que vous les avez révélées aux petits. Oui, mon Père, cela est juste, parce que vous l'avez ainsi voulu. (Mat th. xi, 25.) Sur le point de rendre la vie à Lazare, il s'adresse à son Père en ces termes : Mon Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je savais que vous m'exaucez toujours ; mais je dis ceci pour ce peuple qui m'environne, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé. (Joan. xi, 41, 42.)

X. Il ne parle que de Dieu. 11 n'est occupé qu'à le faire régner dans tous les cœurs, tju'à inculquer sa loi et son amour. // faut,

dit-il au peuple qui veut le retenir, que je prêche aussi aux autres villes l'Evangile du royaume de Dieu ; car c'est pour cela que j'ai été envoyé. (Luc. iv, 45.) Il appelle ses douze apôtres, il leur donne puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. Puis il les envoie prêcher le royaume de Dieu. Il parlait au peuple du royaume de Dieu, et guérissait ceux qui avaient besoin d'être guéris. (Luc. ix, 1,2, 11.) Vous aimerez le Seigneur votre Dieu,, répèle-t-il souvent, de tout votre cœur... C'est là le plus grand et le premier commandement... Vous aimerez le prochain comme vous-même. Toute la Loi et les Prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. (Matin, xxw, 37.)

XL Les paroles et les actions de Jésus- Christ sont si visiblement marquées au coin de la puissance du Dieu que le Juif adore, que Nicodème le confesse. Maître , dit-il à Jésus, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu pour nous instruire ; car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n'est avec lui. (Joan. ni, 2.) Le peuple admirait en lui la grande puissance de Dieu. Dans l'étonnement où ils étaient, ils glorifiaient Dieu (Luc. ix,44) , en disant : Un grand prophète a paru au milieu de nous, et Dieu a visité son peuple. (Luc. vu, 16.) Transportés d'admiration et de reconnaissance à son entrée triomphante à Jérusalem, ils font retentir l'air de leurs acclamations : Béni soit celui qui vicul au nom du Seigneur. (Matth. xxi , 9 ; Marc, xi , 10 ; Luc. xix, 38.) Le seul pharisien, sur les prétextes les plus frivoles, dit : Cet homme n'est point de Dieu , puisqu'il ne garde point le sabbat. (Joan. ix, 16.) Cet homme ne chasse les démons que par la vertu de Béelzébuth. (Matth. xn, 24 seq.) Mais le pharisien blasphème visiblement contre le Saint-Esprit ; son péché ne lui sera point remis. C'est ce que lui déclare Jésus-Christ , après avoir employé la force du raisonnement pour repousser le blasphème insensé. Et ces paroles qu'il ajoute : Si je chasse les démons par l'esprit de Dieu, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu'à vous (Ibid., 28), suffisent pour fermer à jamais la bouche du pharisien. »

XII. Il faut donc non-seulement blasphémer avec le pharisien aveugle , mais renoncer hautement à la raison , pour douter que les miracles de Jésus-Christ soient opérés au nom de Dieu. Jésus-Christ n'ouvre la bouche que pour appeler Dieu son Père. 11 vient en son nom. 11 agit en son nom et par sa puissance. Il ne se nourrit que de sa volonté. Il n'est. descendu du ciel que pour la faire, que [tour accomplir son œuvre. Il fait toujours ce qui lui est agréable. Il ne cherche que sa gloire, qu'à faire éclater sa puissance. Il proteste qu'il ne. peut rien faire de lui-même; qu'il ne fait "que ce qu'il voit faire à son Père ; qu'il a tout reçu de lui, et ses œuvres, et sa doctrine, et la vérité, et le pouvoir de ressusciler les morts, et de donner la vie; qu'il agit avec son Père; qu'il fait tout ce que son Père fàil ; que les mi-

racles lui ont été donnés par son Père pour servir de témoignage à sa mission.

ll'prieson Père. Il lui rend grâces comme au Seigneur du ciel et de la terre. En un mot, il ne parle que de Dieu. 11 ne travaille qu'à établir le règne de son amour dans les cœurs. Ce sont là les sentiments connus , publics et notoires de Jésus-Christ. Il est donc évident que ses miracles sont faits au nom de Dieu. Ils ont donc le caractère nécessaire pour être des preuves certaines et infaillibles de la vérité. Il n'est donc plus question que de savoir ce que Jésus-Christ veut autoriser par ses miracles.

Article III. — Jésus-Clirist se dit Fils de Dieu.

I. Il est d'abord certain que les miracles de Jésus-Christ impriment un sceau de vérité au témoignage que Jean-Baptiste lui rend. Car Jésus-Christ met Jean au-dessus des prophètes. Il le donne pour l'ange promis dans Malachie (m, 1), qui doit préparer la voie devant le Messie, pour le plus grand d'entre ceux qui sont nés des femmes, il est baptisé par lui dans le Jourdain. Il reproche aux pharisiens et aux docteurs de la loi d'avoir méprisé le dessein de Dieu sur eux, en ne recevant pas son baptême. Il dit même du témoignage de Jean : Il y en a un autre gui rend témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu' il en rend est véritable. Vous avez envoyé à Jean , et il a rendu témoignage à la vérité. (Joan. v, 32,33.) Ecoutons Jean- Baptiste, cet homme plus que prophète.

Les termes lui manquent pour exprimer sa petitesse en comparaison de Jésus-Christ. 11 est plus puissant que moi, dit le plus grand des enfants des hommes en parlant de Jésus-Christ, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. C'est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. Il a le van à la main, et il nettoiera parfaitement son aire; il amassera son blé dans le grenier; mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais. (Matin, m, 11, 12.) // était avant moi, nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce sur grâce. Car la loi a été donnée à Moïse; mais la grâce et la vérité a été apportée par Jésus-Christ. Personne n a jamais vu Dieu ; c'est le Fils unique qui est dans le sein du Père qui l'a fait connaître. Voilà l'Agneau de Dieu; voici celui qui ôte'les péchés du monde. Je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage que c'est le Fils de Dieu. (Joan. i, 15, 16,17, 18,29, 34.)

II. (Juel témoignage se rend Jésus-Christ à lui-même? Il déclare à la Samaritaine qu'il est le Messie : C'est moi-même qui vous parle. (Joan. iv, 2G.) 11 renvoie les Juifs aux Ecritures : Ce sont elles qui rendent témoignage de moi. (Joan. v, 39.) Et en pariant de Moïse : C'est de moi qu'il a écrit. (Hiid., 46.) Il prouve par le psaume cix que le Messie n'était pas seulement Fils do David, mais qu'il était son Seigneur.

III. Il déclare qu'il est le Fils de Dieu. Nicodème, sénateur des Juifs, confesse qu'il est venu de la part do Dieu ; parce que per-

sonne ne saurait faire les miracles qu'il fait, si Dieu n'est pas avec lui. Jésus-Christ prend occasion de cet aveu pour lui donner de grandes instructions. Dieu, lui dit-il, a tellement aime le monde, qu'il a donné son Fils unique :afin que tout le monde qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Et encore :Celui qui croit en lui n'est pas condamné: mais celui qui ne croit pas estdéjàcondamné, parce qu'il ne croit pas au Fils unique de Dieu. (Joan. m, 1, 2, 16, 18.) 11 fait cette question à ses apôtres : Qui dites-vous que je suis ? Simon Pierre prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant. Jésus lui répondit : Vous êtes bienheureux Si-' mon, fils de Jean, parce que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les deux. (Matth. xvi, 15, 16, 17.) Le temps vient, dit-il en parlant de lui, auquel tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu. (Joan. y, 28.) Personne n'a vu le Père, si ce n'est celui qui est né de Dieu. (Joan. vi, 46.) En parlant de son Père : Je le connais parce que je suis né de lui. (Joan. vu, 29.) Et encore : Si Dieu était votre Père, dit-il aux Juifs, vous m'aimeriez, parce que je suis sorti de Dieu. (Joan. vm, 42.) Pourquoi dites-vous que je blasphème, moi que mon Père a sanctifié, et envoyé dans le monde, parce que j'ai dit que je suis Fils de Dieu. (Joan. x, 36.) MonPère vous aime lui-même, dit-il à ses apôtres, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru quejesuis sorti de Dieu. (Joan. xvi, 27.)

Les anciens du peuple juif, les princes des prêtres et les scribes assemblés, Jésus en leur présence, ils lui dirent: Si vous êtes le Christ, dites-le nous. Il leur répondit : Si je vous le dis, vous ne me croirez point, et si je vous interroge vous ne me répondrez point, et vous ne me laisserez point aller. Mais désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu. Alors ils lui dirent tous : Vous êtes donc le Fils de Dieu ? Il leur répondit : Vous le dites, je le suis. Le grand prêtre l'interrogea une seconde fois, et lui dit ; Etes-vous le Christ, le Fils du Dieu béni à jamais? je vous conjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtzs le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Vous l'avez dit : mais je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'Homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et qui viendra sur les nuées du ciel. Alors le grand prêtre déchira ses habits, en disant : Il a blasphémé. Tous le condamnèrent, comme ayant mérité la mort., {Matth* xxvi, 63, 64, 65 ; Marc, xiv, 61 ;. Luc. xxii, 66 seq.) Nous avons une loi, disent-ils à Pilate, et selon cette loi, il doit mourir, parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. (Joan. xix, 7.)

IV. Il déclare qu'il est une même chose avec Dieu son Père. Mes brebis, c'est ainsi

qu'il appelle les élus, entendent ma voix

Je leur donne la vie éternelle Nul ne les

ravira d'entre mes mains, en voici la preuve, personne ne saurait les ravir de la main de mon Père. Mon Père et moi nous sommes une mé~

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me chose. Les Juifs, révoltas d'un pareil discours, prennent des pierres pour le lapider. Jésus leur en demande la raison. Nous vous lapidons, répondirent-ils, à cause de voire blasphème, et parce au étant homme vous vous faites Dieu. Alors Jésus les rappelle à ses •miracles. Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais, juand vous ne me voudriez pas croire, croyez 1 mes œuvres, afin que vous connaissiez, et me mon Père est en moi, et moi dans mon Père. (Joan. x, 27-38.) Celui qui me voit, voit celui qui ma envoyé. (Joan. xii, 45.) Si vous •n'aviez connu, dit-il à ses apôtres, vous auriez aussi connu mon Père. (Joan.xi\, 7.) Philippe lui demande de leur montrerson Père. Philippe, répond Jésus, celui qui me voit, voit mon Père. Je suis dans mon Père, et mon Père est en moi. (Ibid., 9, 10.) 11 leur promet de leur donner le Saint-Esprit qui recevra de lui ce qu'il leur apprendra; parce que, dit-il, tout ce qu'a mon Père est à moi. {Joan. xvi, 15.) Il se sert de la même expression dans l'admirable prière qu'il adresse à son Père pour ses élus. Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi. (Joan. xvn, 10.) Mon Père m' a mis toutes choses entre les mains, et nul ne connaît qui est le Fils que le Père, ni qui est le Père que le Fils, et celui à qui le Fils l'aura voulu révéler. (Luc. x, 22.)

V.. Il est le Seigneur, fous m'appelez, dit-il à ses apôtres, votre Maître et votre Seigneur : et vous avez raison ; car je le suis. (Joan. xni, 13.) Il dit encore aux Juifs en parlant de lui-même : Je vous déclare qu'il y a ici quelqu'un plus grand que le temple. (Malth. xn, 6.)

VI. Il est partout, et remplit toutes choses; il est tout-puissant comme son Père. Personne, dit-il', ri est monté au ciel, que celui

?ui est descendu du ciel; savoir, le Fils de Homme qui est dans le ciel. (Joan. ni, 13.) Abraham, votre père, il parle aux Juifs, a désiré avec ardeur de voir mon jour : il l'a vu et il en a été rempli de joie. Vous riavez pas encore cinquante ans, lui répondent les Juifs, et vous avez vu Abraham? En vérité, en vérité je vous le dis, réplique Jésus, je suis avant qu'Abraham fût au monde. (Joan. vin, 56, 57, 58.) Mon Père m'a mis toutes choses entre les mains. (Matth. xi, 27.) Mon Père ne cesse point d'agir jusqu'à présent, et j'agis aussi incessamment. Tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait comme lui. (Joan. v, 17, 19.)

VII. Il est la vie éternelle, la lumière, la résurrection, la vie, la vérité, la porte des •élus, la vigne. La vie éternelle consiste à vous connaître, c'est à son Père qu'il parle, vous qui êtes le seul Dieu véritable, et Jésus- ■Christ que vous avez envoyé. (Joan. xvn, 5.) Je suis la lumière dujnonde. Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. (Joan. vin, 12 ; ix, 5.) Je suis venu dans le monde, moi qui suis la iumière. (Joan. xn, 46.) Je suis la résurrection et la vie. (Joan. xi , 25.) Comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils

d'avoir la vie en lui-même. Comme le Père ressuscite les morts, et leur rend la vie ; ainsi le Fils donne la vie a qui il lui plaît. Vous ne voulez pus venir à moi pour avoir la vie. (Joan. v, 26, 21, 40.) Travaillez, dit-il aux Juifs qui le cherchaient après la multipHcacation des pains, pour avoir, non pas la nourriture qui périt, mais celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'Homme vous donnera. Le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde. Je suis le Pain de la vie : celui qui vient à moi n'aura point de faim : et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. (Joan. \i , 27, 33, 35, 39, 40, 44, 51, 52, 55, 57. ) Je suis la voie, la vérité et la vie. (Joan. xiv, 6.) Je suis la porte des brebis. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. Je suis le bon Pasteur. Je donne à mes brebis la vie éternelle. (Joan. x, 7,9,21, 28.) Je vous prépare le royaume, dit-il à ses disciples, comme mon Père me la préparé, (Luc. xxn, 29.) Je suis la vraie vigne. Comme la branche ne saurait porter de fruit d'elle-même, et sans demeurer attachée au cep de la vigne : il en est ainsi de vous autres, si vous ne demeurez en moi; car vous ne pouvez rien faire sans moi. (Joan. xv, 4, 5.)

VIII. Il exauce les prières, il donne le Saint-Esprit, il remet les péchés, il donne le pouvoir de les remettre et d'opérer des miracles. Quoi que vous demandiez à mon Père en mon nom, dit-il à ses disciples, je le ferai. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Le consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, sera celui qui enseignera toutes choses. (Joan. xiv, 13, 14, 26.) Et encore : Lorsque le consolateur, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, que je vous enverrai de la part de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. (Joan. xv, 26; xvi, 17.) Vos péchés sont remis, dit-il à un paralytique, Qui peut remettre les péchés que Dieu seul? disent en eux-mêmes des docteurs de la loi et des pharisiens. Ils accusent Jésus- Christ de blasphème. Mais Jésus connaissant leurs pensées leur dit : A quoi pensezvous dans vos cœurs f Lequel est le plus aisé, ou de dire : Vos péchés sont remis, ou de dire : Levez-vous et marchez ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme a sur la terre le pouvoir de remettre les pcclcés : Levez-vous, je vous le commande, dit-il au paralytique, emportez votre lit, et vous en allez en votre maison. Il se leva au même instant en leur présence. (Luc. v, 20 seq.) Après sa résurrection, il donne le même pouvoir h ses disciples. Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à'qui vous les remettrez. (Joan. xx, 22, 23.) Au commencement de son ministère, il leur avait donné puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. (Luc. ix, l;x, 19.)

IX. Il veut être honoré comme son Père. Le Père a donné, dit-il, tout pouvoir au Fits déjuger, afin que tous honorent lé Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n'honore

point le Fils, n'honore point le Père qui l'a envoyé. (Joan. v, 22, 23.) La maladie de Lazare n^est que pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu en soit glorifié. [Joan. xi, ».) En parlant du Saint-Esprit : Il me glorifiera, parce qu'il recevra ce qui est à moi. (Joan. xvi, ih.) Le Fils de l'Homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges. (Matth. xvi, 27.)

X. Il exige qu'on croie en lui. Les Juifs lui demandent ce qu'ils doivent faire, pour accomplir l'œuvre de Dieu? L'œuvre de Dieu, leur dit-il, est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. La volonté de mon Père, qui m'a envoyé, est que quiconque voit le Fils, et croit en lui, ait la vie éternelle. En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. (Joan. vi, 29, 40, 4-7.) Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. (Joan. xiv, 1.) Deux aveugles lui demandent leur guérison. Croyez-vous, leur dit Jésus, que je puisse faire ce que vous me demandez? Oui, Seigneur, r.épondent-ils. Il touche leurs veux et ils sont ouverts. (Matth. ix, 27, 28.) Je suis la résurrection et ta vie, dit-il à Marthe ; celui qui croit en moi, quand if serait mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point à jamais. Croyez-vous cela ? elle lui répondit ; Oui, Seignexir, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde. (Joan. xi, 25, 26, 27.) Il rencontra l'aveugle-nô qu'il avait guéri, et que les pharisiens avaient chassé. // lui dit: Croyez-vous au Fils de Dieu ? Qui est-il, Seigneur, demanda l'aveugle, afin que je croie en lui ; Jésus lui dit : Vous l'avez vu, et c'est celui-là même qui vous parle. Il lui répondit : Je crois, Seigneur; et se prosternant il l'adora. (Joan. ix, 35, 36, 37, 38.)

XI. Il veut être aimé d'un amour de préférence. Il ne peut s'expliquer plus clairement : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi : et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi. Celui qui conserve sa vie, la perdra : et celui qui aura perdu sa vie pour l'amour de moi, la retrouvera. (Matth. x,37; xvi, 25.)

XII. Il approuve qu'on l'adore. Nous en venons do voir une preuve bien précise dans l'aveugle-né. L'Evangile en fournit d'autres. Jésus-Christ monte dans une barque qui est agitée et battue des ilôts : aussitôt qu'il y est, la mer est calme, les vents cessent, Alors ceux qui étaient dans cette barque s'approchant de lui, l'adorent en lui disant : Vous êtes vraiment Fils de Dieu. (Matth. xiv, 33.) Après avoir triomphé de la mort, il n'a pas plus tôt fait voir au disciple incrédule ses mains et son côté, que Thomas lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu. Jésus-Christ est-il choqué d'une expression aussi forte : Vous avez cru, Thomas, lui dit-il, parce que vous m'avez vu : Ueurcux ceux qui sans avoir vu ont cru (Joan. xx, 28, 29.) Les onze disciples, lorsqu'ils le virent sur la montagne de Galilée où ils avaient reçu ordre do se trouver, t7* l'adorèrent. (Matth. xxvm, 17.) Au

moment qu'il monte au ciel, les disciples l'ayant adoré s'en retournèrent comblés de dejoie à Jérusalem. (Luc. xxiv, 52.)

Article IV. — Si les discours de Jésus-Christ pris dans leur sens naturel sont vrais, il est réellement Fils de Dieu. — Si Jésus-Christ n'est qu'une créature, ses discours sont des blasphèmes.

I. Les discours de Jésus-Christ sont autorisés par des miracles faits au nom de Dieu, donc ils sont exactement vrais. Nous devons donc, mon cher Eusèbe, nous appliquer tout entier à les bien entendre, en nous arrêtant au sens naturel et simple qui se présente de lui-même. Supposons que Dieu ait un Fils éternel qui lui soit égal en toutes choses et que ce Fils daigne se manifester aux hommes revêtu de leur nature. Que pourrait-il dire de plus que ce que Jésus-Christ a dit pour leur faire connaître son origine et son être?

II. Ne leur dirait-il pas qu'il est le Fils de Dieu; qu'il est son Fils unique; qu'il est dans son sein, le Fils du Dieu vivant, né de Dieu, sorti de Dieu, une même chose avec lui, toujours en lui, ayant tout ce que Dieu a, connu de lui seul, et le connaissant seul, étant en même temps dans le ciel et sur la terre, étant avant tous, agissant toujours avec Dieu, faisant tout ce que Dieu fait? Ne dirait-il pas aux hommes qu'il est leur Seigneur et leur Maître, le bonheur éternel des élus, la vérité, la lumière du monde, la vie, le principe de la vie, donnant la vie éternelle, celui qui sauve, qui punit , qui récompense, sans lequel ils ne peuvent rien? Ne leur dirait-il pas que c'est lui qui écoute leurs vœux, qui donne le Saint-Esprit, qui purifie des péchés , qui opère, par leurs mains, des miracles?

Ne dirait-il pas aux hommes qu'ils doivent lui rendre les mêmes honneurs qu'à Dieu; que les événements du monde sont pour sa gloire; qu'ils le verront assis à la droite de Dieu; qu'un jour ils le verront venir accompagné de ses anges dans la gloire et dans la puissance de Dieu; qu'il les jugera avec une souveraine équité? Ne leur dirait-il pas qu'ils doivent croire en lui, comme ils croient en Dieu, mettre leur confiance en sa puissance, l'aimer plus que ce qu'ils ont de plus cher, en le préférant à tout? 11 devrait lui-même recevoir les hommages des hommes, et leurs adorations, comme étant vraiment le Fils de Dieu, leur Seigneur et leur Dieu. Voilà sans doute ce que dirait aux hommes le Fils de Dieu, s'il se manifestait à eux. 11 ne pourrait employer de plus grandes, de plus claires et de plus énergiques expressions, pour leur donner une idée de son égalité avec son Père et do sa divinité. C'est là le langage de Jésus-Christ. Ce langago ne peut être ni faux, ni même équivoque. Donc Jésus-Christ est Dieu.

III. Pour mieux sentir la force des discours de Jésus-Christ, faisons une seconde supposition. Imaginons, mon cher Eusèbe, la créature la plus parfaite qui puisse êlro

créée, qui nous tienne ce louage : Je suis le Fils unique de Dieu, je l'ai vu, je suis dans sen sein. Dieu a tellement aimé le monde qu'il m'a envoyé, afin que tout homme qui croit en moi, ne périsse point. Ouiconque ne croit pas en moi est condamné, parce qu'il ne croit point au nom du Fils unique de Dieu. Je suis le Fils du Dien vivant, né de lui, sorti de lui. Je suis tellement une môme chose avec Dieu, qu'on ne peut ravir mes élus de ma main, parce qu'on ne peut les ravir des mains de Dieu. Je suis en lui, comme il est en moi. En me voyant on le voit. Tout ce qu'il a est à moi, comme tout ce que j'ai est à lui.

' Je suis votre Seigneur et votre Maître , plus grand que le temple. Je suis sur la terre et en môme temps au ciel. J'étais avant Abraham. Je ne cesse point d'agir, comme Dieu ne cesse point d'agir. Je fais tout ce que Dieu fait. Votre souverain bonheur consiste à me connaître, comme il consiste à connaître le Dieu véritable. Je suis la lumière du monde. J'ai en moi le principe de la vie. Je donne la vie éternelle. Je suis la voie., la vérité et la vie. C'est par moi que lies élus sont sauvés. Je suis le bon pasteur .qui leur donne la vie éternelle. Vous ne pouvez rien sans moi, non plus qu'un sarjnent séparé de son cep.

Demandez à Dieu, je ferai ce que vous demandez. J'envoie le Saint-Esprit. Je remets les péchés. Je donne le pouvoir de chasser les démons et de guérir les maladies. Honorez-moi comme vous honorez Dieu. Vous me verrez assis à sa droite, et venir un jour dans sa puissance et dans sa gloire , accompagné de mésanges, rendre à chacun selon ses œuvres. Croyez en moi , comme vous croyez en Dieu. Mettez votre confiance en ma puissance. J'attache à cette foi et la vie éternelle et le don des miracles. Si vous ne me préférez à tout ce que vous avez de plus cher, vous n'êtes pas dignes de moi. J'attends et je reçois vos adorations, comme le vrai Fils de Dieu, votre Seigneur et votre Dieu.

IV. Quel affreux langage dans la bouche d'une créature 1 Vos oreilles peuvent-elles l'entendre sans horreur? C'est un tissu d'absurdités, de blasphèmes, d'impiétés. Cependant, mon cher Eusèbe, il n'y a point de milieu entre le Créateur et la créature, entre l'Etre souverainement parfait, et l'être imparfait. 11 n'y a qu'un Dieu. Tout ce qui existe hors de lui est créé, indigent, faible, impuissant, infiniment rien; et n a de rapport avec l'Etre des êtres, que par un vide immense qui peut toujours recevoir. Les discours de Jésus Christ ne sont ni [faux, ni impies. Ils sont vrais, ils sont saints. Donc Jésus-Christ n'est pas une simple créature. Donc il est Dieu. Il n'est donc pas possible de prendre à la lettre les discours de Jésus-Christ , sans le croire vraiment le Fils de Dieu. Devons-nous les prendre à la lettre?

Article V. — Il est contre la raison de ne pas prendre les discours de Jésus-Christ dans leur sens naturel.

I. Devons-nous prendre a la lettre les discours de Jésus-Christ? La question, mon cher Eusèbe, doit vous paraître impertinente. A l'exception de trois ou quatre termes métaphoriques, auxquels il est impossible de se méprendre, apercevez-vous dans ces discours la plus légère -trace de ligures? La métaphore est fondée sur quelque rapport : or quel rapport peut-il y avoir entre Dieu et la créature, sinon le rapport du néant à l'Etre? Si Jésus-Christ n'était donc qu'une créature, sur quel fondement, n'étant qu'un néant de divinité, un néant de puissance, se dirait-il un avec Dieu? S'attribuerait- il de renfermer pour ainsi dire en lui-même l'Etre immense, de faire tout ce que fait la cause universelle? Sur quel fondement s'approprie rai U il tant d'attributs divins, s'il n'en était que le néant?

IL A la place des mots propres , on n'en substitue de tigurés que parce que les propres manquent ou ne sont pas assez énergiques. Jésus-Christ n'a donc pu employer des expressions si grandes et si magnifiques , que pour exprimer la grandeur et l'excellence de sa .nature : or si Jésus-Christ n'était qu'un être créé, quelle serait sa grandeur par rapport à Dieu? quelle serait sa grandeur par rapport aux autres créatures? Par rapport à Dieu, il ne serait qu'un néant. Comment donc usurperait-il des expressions qui le rapprocheraient si près de la Divinité? Par rapport aux autres créatures , il ne serait presque que leur égal : entre le fini et le fini la distance est imperceptible. Comment donc usurperait-il des expressions qui l'en éloigneraient si fort? II. serait impossible de justifier Jésus-Christ de métaphores outrées, injurieuses tout à la fois à Dieu et à sej créatures. Dieu autoriserait-il par ses miracles des discours qui n'auraient ni exactitude ni vérité?

III. Pour ne pas prendre les discours Je Jésus-Christ dans leur sens naturel et simple, nous aurions besoin d'une explication de la part de Jésus-Christ même, ou plutôt d'un désaveu net et précis. Les termes par lesquels il se rabaisse au-dessous de son Père sont insuffisants; ils ne peuvent servir de clef pour entendre ceux par lesquels il s'égale à lui, pour les adoucir, pour les affaiblir et les restreindre. Cela est évident. Jésus-Christ est visiblement homme : les termes humbles dont il se sert ont donc une application naturelle à son humanité. Au lieu que les expressions qu'il emploie, pour inculquer aux hommes sa divinité, lui conviennent nécessairement, s'il est Dieu, et ne peuvent lui convenir en aucune sorte, s'il n'est qu'homme. Rendons celle réflexion sensible par quelques exemples.

Lorsque Jésus-Christ dit à ses disciples pour les consoler de son absence : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi (Joan. xiv, 28); il saute

aux yeux qu'il parle de- son humanité ; car ce n'est que sous ce rapport qu'il peut quitter la terre pour monter au ciel. Mais est-ce de lui sous le môme rapport qu'il parle, quanti il dit : Mon Père et moi nous sommes une même chose. Tout ce qua mon Père est à moi. (Joan. x, 30, 31; xvi, 15.) N'est-il pas évident que pour s'identifier avec Dieu, pour s'approprier tout ce qu'est Dieu, il est nécessaire que Jésus-Christ soit un même Dieu avec son Père, quoiqu'il soit inliniraeut audessous de lui selon son humanité?

Lorsqu'après sa résurrection il charge Marie de ceite commission pour ses apôtres: Allez trouver mes frères et dites-leur de ma part : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. (Joan, xx, 17.) Il est encore visible qu'il parle de son humanité selon laquelle il est frère de ses disciples, et selon laquelle il peut monter vers son Père. Mais en parle-t-il, quand il assure qu'il est toujours dans le ciel, soit qu'il en descende, soit qu'il y monte ? en parle-t-il quand il prend le litre de Seigneur, quand il se relève au-dessus du temple, quand il applaudit à la confession de Thomas qui le reconnaît pour son Seigneur et son Dieu ? (Joan. in, 13 ; Matth. vu et xxv ; Joan. xm ; Matth. xii ; Joan. xx.)

Si, pour montrer la sainteté de la nature humaine qu'il s'est unie, il proteste en mille endroits que les ordres de son Père sont la règle de sa conduite, il ne veut pas qu'on ignore que s'il obéit en homme, ileoinmande et agit en Dieu. Il quitte la vie parce que c'est le commandement qu'il a reçu de son Père; mais personne ne la lui ravit, c'est de lai-môme qu'il la quilre ; car il a le pouvoir de la quitter, et il a le pouvoir de la reprendre. (Joan. x, 18.) Il a<jit incessamment comme son Père. Tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait comme lui. (Joan. v, 17, 19.) Puisqu'il eA homme, je ne suis pas surpris de le voir prosterné aux pieds de son Père, lui adresser ses désirs et ses vœux ; mais s'il n'était qu'homme, je serais surpris de l'entendre promettre d'exaucer les prières qu'on adressera à son Père en son nom, et d'envoyer l'Esprit de vérité, parce que tout ce qu'a son Père est à lui. (Joan. xiv, 15, 16.)

Ces exemples suffisent pour convaincro que si les endroits où Jésus-Christ s'abaisso au-dessous de son Père prouvent qu'il -est homme, ils ne prouvent en aucune sorte qu'il n'est qu'homme; parce qu'ils ne sont opposés en rien à ceux où il s'attribue la divinité.

IV. Si les endroits de ce dernier genre étaient en petit nombre et qu'il ne tût question que de deux ou trois mots obscurs et combattus par un grand nombre d'autres clairs et précis, nous pourrions essayer d'expliquer les obscurs par les plus clairs. Mais il s agit d'un nombre prodigieux d'expressions plus fortes les unes que les autres. Il s'agit, pour ainsi.dire, d'un système lié et suivi; car accordez à Jésus-Cln i-t le tilro qu'il prend de Fils unique de Dieu, il a nécessairement toutes les uerfections qu'il s'attri-

bue. Elles sont les apanages d'un titre aussi auguste. Accordez à Jésus-Christ les perfections qu'il s'attribue; elles démontrent qu'il est le Fils de Dieu, elles ne peuvent convenir qu'à lui seul. Or il est contre le sens commun de s'arroger le droit d'expliquer un discours en s'écartantdes idées exprimées par les termes. Avec ce droit que deviendraient les discours les plus clairs? ils ne signifieront plus rien.Leursignification dépendra du caprice de chaque particulier. Quand il me plaira, les plus impertinents deviendront raisonnables, et les plus raisonnables seront absurdes.

V. Si nous ôtons aux discours de Jésus- Christ leur force et leur énergie, pourquoi nous donner la peine de les lire ? Notre travail pour découvrir la révélation estsupertlu. 11 valait mieux demeurer dans notre ignorance que d'arriver à la connaissance du Messie, pour ne point l'écouter avec docilité, et pour lui faire dire ce que nous souhaitons qu'il nous dise. Car il en sera de tous ses autres discours comme de ceux qui regardent sa personne, nous les entendrons dans le sens qu'il nous plaira.

A'I.Mais enfin de quel usage seront nos explications ? Elles pourront nous flatter par leur subtilité. Elles seront des preuves de la fécondité et de la souplesse de notre génie. Quelle sera leur autorité? Elles auront le mérite d'èlre de notre invention. Quelle misérable ressource contre l'autorité de Dieu qui appuie de toute la force de ses miracles, les discours de Jésus-Christ dans leur sens simple et naturel 1 II faut vous mettre sous les yeux quelques-unes de ces interprétations subtiles, afin (pie vous jugiez de leur solidité.

En lisant ces paroles de Jésus-Christ à Nicodème : Nul homme n'est monté au eiel ; personne n'y a été, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de V homme, lequel est dans le ciel. (Joan. m, 13.) Vous entendez naturellement que puisque Jésus-Christ dit qu'il est tellement descendu du ciel, qu'il y est toujours demeuré, il s'attribue l'immensité, par conséquent la divinité, que par conséquent encore, la personne qui est le Fils de l'homme n'est descendue du ciel que parce qu'elle s'est rendue visible sur la terre dans la chair dont elle s'est revêtue. Voilà le sens qui se présente du premier coup d'œil. Vous serait-il jamais venu dans l'esprit que Jésus-Christ parle, non de son existenco réelle dans le ciel, mais de son existence par la pensée ? On peut bien dire par métaphore que notre cœur est où est notre amour, la métaphore est commune et d'usage; mais dans quel endroit de l'Ecriture trouvera-t-on que lorsqu'il s'agit de l'existence d'une personne dans un lieu, on doit l'entendre, non de l'existence réelle de cette personne, mais de sa pensée? De plus, si Jésus-Christ n'est au ciel que par la pensée, comment en est-il descendu ? Sans doute par la pensée ; mais le peut-on dire do Jésus-Christ? Ses pensées ont-elles jamais cessé d'être au ciel, ou ce qui est la môme chose, Jésus-Christ a-t-il

jamais cessé de penser au ciel ? Passons 5 un autre exemple.

Abraham votre père, dit Jésus-Christ aux Juifs, a désiré avec ardeur de voir mon jour ; il Va vu et il en a été rempli de joie. Les Juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cinquante ans, et votis avez vu Abraham ? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité je vous le dis, je suis avant qu' Abraham eût été créé. Là-dessus ils prirent des pierres pour les lui jeter. (Joan. vin, 50 seq.) Devineriez-vous jamais que" est le sens que les nouveaux ariens donnent à la réponse de Jésus-Christ? Le voici : Je suis avant la chose signifiée par le nom d'Abraham, c'est-à-dire avant !a vocation des gentils à la connaissance de Dieu. Ou selon d'autres, je suis dans les décrets de Dieu avant la naissance d'Abraham. Que pensezvous de ces belles interprétations ? Ne pensez-YOus pas que ceux qui en sont les inventeurs se jouent de l'Ecriture? Est-il question entre Jésus-Christ et les Juifs du nom d'Abraham, n'est-ce pas de la personne de ce patriarche? Vous n'avez pas encore cinquante ans, disent leslJuifs à Jésus-Christ, et vous avez vu Abraham ? Et on fait répondre Jésus-Christ qu'il est avant la vocation des gentils.. Comment les Juifs se seraient-ils scandalisés d'une pareille réponse jusqu'à vouloir lapider celui qui la leur fait ? N'avaient-ils pas autant de droit que lui de se croire en ce sens, avant Abraham leur père? La seconde interprétation n'est pas "moins ridicule ; il n'est point d'homme, si vil qu'il soit, né depuis Abraham, qui dans les décrets divins n'ait précédé la naissance de ce patriarche.

Lorsque vous entendez dire à Jésus-Christ : Mon Père est en moi et je suis en lui (Joan. x, 38.) Je suis dans mon Père et mon Père est en moi (Joan. xiv, 10), vous êtes frappé sans doute de l'éclat et de la majesté de cette parole. Etes-vous tenté de l'entendre d'une manière qui ne laisse kà Jésus-Christ que l'honneur d'être le temple de son Père ? Peut-être pourriez-vous l'entendre de cette manière si Jésus-Christ disait seulement que son Père est dans lui; mais en disant aussi qu'il est dans son Père, n'exclut-il pas cette faible interprétation et ne nous conduit-il pas nécessairement à l'unité de la même essence qui rend inséparables le Père et lo Fils ? Voici encore un exemple.

Quand Jésus-Christ dit : Je suis la voie, la vérité et la vie (Joan. xiv, G) ; comprenezvous qu'il veut dire simplement que sa doctrine et son exemple conduisent à la vérité et à la vie? Un tel sens est imparfait et manifestement contraire au texte original, qui ajoute l'article à chaque terme, etqui ne peut souffrir d'autres interprétations que cello qui est exprimée dans notre version française : Je suis la voie, la vérité et la vie. Jésus-Christ ne pouvait s'attribuer la divinité d'une manière plus claire, plus majestueuse, plus capable d'exclure tous les doutes, qu'en disant de lui-même absolument qu'il est la vc e. la vérité et la vie; car nous n'avou*

point de termes plus forts, pour exprimer ce que nous pensons de la divinité, et les plus nobles idées que nous pouvons nous en former sont celles de la règle, de la vérité et de la vie, lorsque nous n'y mettons aucunes bornes, que nous les considérons en ellesmêmes, que nous les prenons pour la règle, la vérité et la vie essentielle, et que nous les regardons comme la source de tout ce qui est juste, de tout ce qui est vrai, et de tout ce qui est vivant; ce qui signifie d'une manière encore plus distincte que l'idée de Y Etre, le caractère incommunicable de la Divinité. Je n'ajouterai point d'autre exemple de ces vaines interprétations.

VIL II me semble que pour mépriser toutes ces subtilités, il ne faut qu'envisager les personnes à qui Jésus-Christ parle. Il assure lui-même qu'il est venu prêcher l'Evangile aux pauvres. C'est à eux qu'il adresse ordinairement la parole. Les pauvres et les simples ne sont point faits pour raffiner ni pour subtiliser. Ils entendent à la lettre ce qu'on leur dit. Les discours de JésUs-Christ sur sa divinité leur paraissaient si clairs qu'ils criaient souvent au blasphème et qu'ils voulaient le lapider, parce qu'il se faisait égal à Dieu ; parce qu'il se faisait Dieu. Jésus- Christ se plaint-il qu'on prend mal ses discours ? Pour les justifier et les confirmer, il rappelait sans cesse à ses miracles.

Les scribes et les pharisiens, .les prêtres et les sénateurs entendaient les discours de Jésus-Christ dans le même sens que le peuple. Il ne faut, pour se convaincre d'un fait si clair d'ailleurs et si évident, que se transporteraumilieude ceschefs de la Synagoguo assemblés pour condamner à mort Jésus- Christ. Quelle est la dernière question qu'ils lui proposent ? Le grand prêtre le conjure par le Dieu vivant de leur dire s'il est 1« Christ, le Fils de Dieu béni à jamais. 11 ne veut pas apprendre de la bouche de Jésus- Christ s'il est le Fils de Dieu dans un sens qui puisse convenir à l'homme. (Matth. xxyi, Marc, xiv, Luc. xxn.) Il est visible que la question est relativeauxdiscours que Jésus- Christ avait tenus en tant d'occasions où il s'était donné pour le Fils unique qui est dans le sein du Père égal à Dieu, en uu mot, où il s'était donné pour Dieu jusqu'à s'attirer le reproche de blasphémer. Voilà l'aveu et la confession que le grand prêtre veut tirer de sa bouche, en présence des princes des prêtres et de tout le conseil.

S'il ne s'agissait que d'une filiation adoptive, telle qu'elle peut convenir à l'homme; la réponse de Jésus-Christ paraîtrait-elle blasphématoire? Le grand prêtre ne pourraitil l'entendre sans frémir d'horreur, et sans déchirer ses vêtements? Le conseil, après l'avoir entendue, ne se croirait-if plus obligé de suspendre l'arrêt de mort? Quoi 1 parce que Jésus-Christ se dit innocent et enfant de Dieu, comme ses juges se glorifient euxmêmes 'de l'être, il blasphème? Il mérite la mort, selon la loi? 11 faut le déférer au tribunal du gouverneur romain, et presser sa

condamnation? Rien encore ne sera plus froid et plus puéril que leur discours devant Pilate : Nous avons une loi, et selon cette loi, Jésus-Christ est digne de mort, parce qu'il s'est donné pour Fils de Dieu, c'est-à-dire, dans le sens de'la filiation adoptive, parce qu'il s'est donné pour un homme juste et agréable à Dieu. Rien aussi ne sera moins fondé que la crainte dont est frappé Pilate, en entendant le sujet d'accusation : car quel est le coupable qui ne se prétende innocent?

Il n'est donc pas douteux que le grand prêtre, en interrogeant Jésus-Christ sur sa qualité de Fils de Dieu, n'eût pour objet la filiation naturelle : et qu'il ne prît en ce sens la réponse qui lui fut faite. Et assurément il n'eut pas tort. Je le suis, répond Jésus, et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de là majesté de Dieu. [Matth. xxvi, 64. ) L'expression est métaphorique par rapport à Dieu qui, étant un esprit, n'a ni droite ni gauche, et marque une égalité de puissance. 11 est évident que c'est là son vrai sens; puisque le psaume cix, d'où elle est tirée, doit s'entendre du Messie, et que le Messie, selon Jésus-Christ même, est le Seigneur de David, et non simplement son Fils. S'il était donc possible que le grand prêtre n'eût eu en vue dans sa question, que la filiation adoptive, la réponse devait lui faire comprendre que Jésus-Christ se donnait pour le Fils éternel de Dieu. C'est sans doute ce qui fut compris, et qui fut la cause de tant de cris et de fureurs.

Telle est l'impression universelle que faisaient les discours de Jésus-Christ. Ses adversaires concevaient qu'il s'attribuait la divinité. Ses premiers disciples concevaient la même chose. Les Juifs et les gentils qui se soumettaientà l'Evangile, reconnaissaient Jésus-Christ pour Dieu. Tous l'ont adoré, tous l'adorent. Tous ont eu en horreur, dans tous les temps, quiconque a osé attaquer ce point essentiel de leur foi. Cette unité, cette continuité, celte perpétuité de sentiment et de créance est une démonstration que les discours de Jésus-Christ ont toujours été (tris dans le sens le plus simple et le plus naturel. Par conséquent, toute interprétation qui s'en écarte est fausse, et aussi méprisable que les vains efforts qu'on ferait pour détourner à un sens étranger ce qu'il dit de la divinité de son Père.

VIII. Je ne puis m'empôcher de vous faire part d'une réflexion qui se présente d'ellemême, et qui résulte de la précédente. Jésus- Christ proteste souvent qu il est venu pour rendre témoignage à la vérité, pour accomplir toute justice, pour établir le royaume de Dieu, pour sauver et sanctifier les hommes. Et certainement il n'y a rien dans son histoire qui démente ses protestations. 11 ne pouvait ignorer l'idée qu il faisait naître de sa divinité par ses discours, dans l'esprit de ses ennemis et de ses disciples. 11 ne pouvait ignorer que les uns et les autres, les premiers par haine, les derniers par amour,

répandraient par toute la terre cette idée qu'ils se formaient en l'écoutant. Si Jésus- Christ n'était donc pas Véritablement le Fils de Dieu ; et que ses ennemis et ses disciples fussent dans l'erreur sur un sujet si important , est-il possible qu'étant si vrai, si juste, si zélé pour la gloire de son Père, si tendre pour les hommes, il n'eût pas détrompe ses ennemis pour leur épargner le crime qu'ils allaient commettre, en le faisant mourir comme un blasphémateur, ou du moinspour leur ôter ce prétexte? Est-il possible qu'il ne se fût pas expliqué clairement avec ses disciples, pour leur épargner le crime dont ils seraient coupables, en rendant à la créature un culte qui n'est dû qu'au Créateur.

IX. Ne prétendez pas obscurcir une si grande évidence par la pensée de l'empereur Julien. Cet apostat dit que ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc n'ont osé dire que Jésus-Christ fût Dieu : mais que le bon homme Jean (c'est ainsi qu'il appelle saint Jean l'Evangéliste) voyant que cette maladie avait déjà gagné une grande multitude en plusieurs villes de Grèce et d'Italie, a osé l'avancer le premier. La pensée de Julien est si absurde, qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. ( Apud Cyril. }

Est-il seulement vraisemblable que l'idée de la divinité de Jésus-Christ fût venue au bon homme Jean, né Juif, élevé dans la religion juive, convaincu par conséquent de l'existence d'un seul Dieu, si Jésus-Christ ne la lui avait pas donnée? Quand cette idée se fût présentée à son esprit, est il vraisemblable qu'il eût voulu la produire au dehors? La religion chrétienne n'avait-elle pas assez de contradictions à essuyer à cause de sa nouveauté, de la sévérité de sa morale, de la sublimité de sa doclrine? Fallait-il la charger d'un dogme si élevé, si incroyable, si contraire en apparence à l'unité de Dieu que le bon homme Jean et les premiers Chrétiens professaient, de l'aveu même de Julien? Est-il vraisemblable que lo bon homme Jean ait voulu, contre sa conscience et contre ses lumières, débiter une chose si étonnante qui paraissait favoriser le polithéisme? Est-il vraisemblable que le bon homme Jean, si zélé pour la gloire de Dieu, ait voulu partager la gloire qui est due au seul Créateur, entre lui et sa créature? Estil vraisemblable que ce bon homme si zélé pour la vérité ait voulu précipiter ses frères dans une erreur aussi monstrueuse? Est-il vraisemblable qu'il soit l'inventeur des discours qu'il met dans la bouche de Jésus- Christ? Ces discours sont-ils de nature à être controuvés? Peut-on les prêter à une créature?

Mais la pensée de Julien se détruit ellemême. Ce restaurateur du paganisme suppose que l'idée de la divinité de Jésus- Christ était rénandue en plusieurs villes de la Grèce et de l'Italie, que c'était une maladie qui y avait gagné une grande multitude, et que c'est ce qui avait inspiré à Jean la hardiesse.de la publier. Il est donc faux que

Jean soit l'inventeur de cette idée; ilestdonc faux qu'il soit le prcmierqui ait osé l'avancer : car comment eût-elle prévalu en Grèce et en Italie, si les apôtres qui avaient prêché dans ces lieux ne l'y avaient pas annoncée? Si Pierre, si Paul n'avaient pas prêché cette vérité et ne l'avaient pas établie comme la base de tant d'Eglises qu'ils avaient fondées en Asie, en Grèce, en Macédoine, en Italie, de quel œil ce nombre infini de disciples qu'ils avaient enfantés à Jésus-Christ eussent-il regardé saint Jean, qui venait leur débiter un nouveau dogme dont ils n'eussent point entendu parler? Saint Jean n'eût été à leurs yeux qu'un novateur indigne d'être écouté. Tout le monde sait quel était l'attachement de l'Eglise romaine à la foi qu'elle avait reçue de saint Pierre et de saint Paul; et combien l'autorité de saint Jean eût été peu capable de l'ébranler. L'iiffaire de la pâque, qui n'était qu'une affaire de discipline, en fournit un exemple sans réplique. Les Asiatiques alléguèrent en vain l'autorité de saint Jean pour se maintenir dans la pratique de célébrer la pâque le quatorzième de la lune de mars; les Romains opposaient saint Pierre et saint Paul ; et dans la suite, il fallut plier sous cette autorité.

Enfin il est. faux que Jean ait avancé le premier que Jésus est Dieu, comme nous le verrons dans la suite. Matthieu ne l'appel )et-il pas Emmanuel ? (Matth. i, 23.) Paul ne l'appelle-t-il pas le Dieu béni? ( Rom. ix, 5.) Pierre ne lui donne-t-il pas le même nom dans le texte original de sa seconde épître? (IPetr. m, 12. ) Matthieu, Marc, Luc, Paul, Pierre, tous ne le donnent-ils pas pour le Fils de Dieu? Sur quel fondement prétendrait-on qu'ils lui attribuent ce titre dans un sens différent de celui de saint Jean? Si saint Jean le lui attribue dans le sens de fils naturel , ne serait-il pas insensé de penser que les autres ne le lui donnent que dans le sens de Fils adoptif ? Tous ne se réunissent-ils pas à lui attribuer des perfections incommunicables à la créature?

La seule différence entre saint Jean et les autres évangélistes est qu'il s'attache plus qu'eux à rapporter les discours de Jésus- Christ sur sa personne, et qu'il insiste davantage sur sa divinité. Et cela est tout naturel. Les autres évangélistes s'étaient bornés, pour nourrir la foi des fidèles, à leur donner par écrit une partie des discours que ces fidèles avaient entendus de la bouche des apôtres au sujet de la vie de Jésus- Christ, sans s'étendre sur sa divinité, ne croyant pas qu'il fût nécessaire de s'étendre sur un article qui était comme le principe de la religion chrétienne, et qui ne pouvait s'oublier. Mais des hérétiques tels qu'Ebion et Cerinlhe voulant troubler les Eglises dans la possession paisible où elles étaient d'un dogme si important; saint Jean qui avait survécu aux aulres apôtres, et qui jusquela s'était contenté d'enseigner de vive voix, fut contraint, par les prières do la plupart des évêques d'Asie, et des députations de

plusieurs Eglises, de prendre la plume pour réfuter ces hérétiques. C'est ainsi que saint Irénée, Eusèbe, saint Jérôme et saint Epiphane, racontent le fait. Voilà ce que Julien ne devait pas ignorer, avant que d'accuser le bon homme Jean. Mais ce superbe et superstitieux empereur ressemblait aux esprits forts de nos jours, qui, persuadés qu'ils trouveront toujours un grand nombre de sols lecteurs, hasardent tout contre la religion, sans s'inquiéter si ce qu'ils disent est vrai ou faux, sensé ou insensé.

X. Finissons par une dernière réflexion. Jésus-Christ ne se contente pas de prendre le titre de Fils unique de Dieu; il veut encore en recevoir les honneurs. Il veut que nous l'honorions, comme nous honorons Dieu son Père, que nous croyions en lui: que nous mettions notre confiance en sa puissance; que nous attendions de lui la vie éternelle; que nous l'aimions plus que nousmêmes; que nous nous soumettions à lui comme à la vérilé même. C'est dans la foi, dans la confiance, l'espérance, l'amour et la soumission que réside le culte suprême dû à la divinité. Par ces sentiments intérieurs, nous reconnaissons le souverain domaine de Dieu sur nous, et la dépendance universelle où nous sommes de sa majesté. La foi lui assujettit nos esprits. L'amour lui assujettit nos cœurs. Il est alors, par notre choix, notre lumière, notre bonheur, notre force, notre principe, notre fin. Jésus-Christ exige donc de nous l'adoration intérieure. 11 reçoit l'extérieure : il est donc nécessaire qu'il soit l'Etre par essence, notre Seigneur et notre Dieu. Sans cela son injustice serait manifeste. S'il n'était pas notre Dieu, il ne serait qu'une créature. Nous ne pourrions rien en attendre : nous n'en pourrions rien recevoir. 11 ne serait qu'un instrument de la providence de notre Dieu, trop honoré de servir de canal à ses grâces. Si, éblouis par l'éclat du canal, nous étions assez imprudents pour nous y arrêter; il devrait nous forcer de remonter à la source ; et au pre-* mier mouvement qu'il nous verrait faire pour nous jeter à ses pieds, il devrait nous soutenir et nous repousser, en nous disant : Je ne suis comme vous qu'un serviteur» de Dieu.

XI/Quoide plus incompréhensible quo Dieu ait un Fils qui lui soit égal 1 Quoi de plus incompréhensible qu'un Dieu-Homme mis à mort 1 J'avoue 1 l'incompréhensibiiilé. Mais il est encore plus incompréhensible que Dieu autorise, par des miracles faits en son nom, la fausseté et l'impiété. Il est encore plus incompréhensible que Dieu me force par ses miracles d'adorer la créature. Il ne peut m'induire ni dans l'erreur, ni dans le crime. Quand il parle, le meilleur usage qu'il me soit possible de faire de ma raison, c'est de le croire, quelque impénétrable que soit le mystère qu'il propose à ma foi. Il n'est pas encore temps d^examiner celui-ci. Nous sommes occupés à en découvrir les preuves.

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