MYSTÈRE EN TROIS ACTES
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PRÉFACE
I.e drame qui luit est intitulé Mysiire ; c’est le nom que l’on donnait aux anciennes pièces de théâtre qui traitaient à peu près le même sujet ; elles étaient appelées mystères ou moralités. L’auteur est loin d'avoir pris avec son sujet les libertés dont ne se faisaient point faute les auteurs de ces pièces profanes en Angleterre, en France, en Espagne, en Italie, comme pourront s’en convaincre les lecteurs qui voudraient consulter ces collections •: l'auteur s'est efforcé de conserver à chaque personnage le langage conforme â son caractère. Lorsqu'il a emprunté les paroles mêmes de l'Écriture, il a fait aussi peu de changements que le pouvaient comporter les obligations imposées par le rhythme.
Le lecteur se rappelle que la Genèse ne dit pas qu’Èvc ait été tentée par un démon, mais par le serpent, qui obtint la préférence, parce qu'il était le plus rusé de tous les animaux. Quelque interprétation que les Pères et les rabbins aient donnée de ce passage, je prends les mots comme je les trouve, et je réponds, comme faisait l’évÊque Watson, modérateur, à Cambridge, lorsqu'on lui citait les Pères de l'Église : « Voici la livre,* disait-il, en montrant les Ecritures. Qu’on sache bien que mon drame n’a rien à démêler avec le Nouveau Testament, qu’on ne peut invoquer en cette occasion sans faire un anachronisme. Je ne suis que peu familiarisé avec les auteurs qui ont traité des sujets du même genre. Depuis l’âge de vingt ans je n'ai jamais lu âlilton; mais je l'avais lu si souvent auparavant, que cela revient au même. J'ai lu la Mort d Abel, de Gessner, pour la dernière fois, à l’âge de huit ans, à Aberdeen ; j’en ai conservé
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un souvenir confus, mais agréable, et je ne me souviens d’aucun détail, si ce n'est que la femme de Gain s’appelait Mahala, et celle d'Abel, Thirza; je les ai nommées, l'une Adah, l'autre Zillah.
Ce sont les premiers noms de femme que l'on rencontre dans la Genèse; iis sont donnés aux femmes de Lamech ; on ne désigne pas celles de Caïn et d'Abel. Que la similitude dans le choix du sujet ait amené quelque ressemblance dans la manière de le traiter, c'est ce que j'ignore et ce dont je m’inquiète peu s.
Le lecteur se rappellera que l’on ne trouve nulle part, dans les livres de Moïse ni dans \' Ancien Testament, d’ailusions à une se-^ conde vie; on peut consulter, sur les motifs de cette singulièro omission, la Légation divine de Warburton. Je ne sais si ses raisons satisferont, mais il n’en existe pas de meilleures; j'ai cependant supposé que Caïn connaissait cette croyance sans qu'on puisse, je suppose, m'accuser d’avoir perverti les Ecritures.
Quant au langage placé dans la bouche de Lucifer, il m'était difficile de le faire parler comme un ministre ; mais j'ai cherché à contenir les impiétés dans les limites d'une raillerie spirituelle. S'il nie avoir tenté Eve sous la forme d'un serpent, c'est que nulle part, dans l’Ecriture, il n'est fait allusion à rien de semblable, mms qu’il n'y est question que du serpent en sa capacité de serpent.
Nota. Le lecteur s'apercevra que l’auteur a adopté en partie, à l'occasion de ce poëme, l'opinion de Cuvier qui pensait que le monde a été bouleversé plusieurs fois de fond en comble avant la création de l'homme. Ce système, fondé sur la découverte de plusieurs os énormes d'animaux inconnus, bien loin d’ètre contraire au récit de Moïse, ne sert qu'à le confirmer. La version de Lucifer, que le monde précédent était peuplé d'êtres plus intelligents et aussi forts en comparaison que le MtanmoMh, est une flclirai poétique, dans le but de l’aider à parvenir à ses fins.
Je dois ajouter qu’il existe une mélotragédie d'Alfieri, intitulée Aéel; je ne l'ai jamais lue, non plus qu'aucun des ouvrages posthumes de cet auteur, excepté ses Mémoires \