SCÈNE II
L'intérieur de la tour.
GABOR et SIEGEN'DORP.
Gab. Qui m’appelle?
SiÉG C’est moi, — Siégendorf ! Prends ceci et fuis ! neperds pas un moment! (Il détache de sa poitrine une étoile de dia~ mant et d'autres joyaux, qu’il jette dans la main de Gabor.)
Gab. Que ferai-je de cela?
SiÉG. Ce que tu voudras; vends-les ou garde-les, et prospère ; mais fuis sans retard , ou lu es perdu !
Gab. Vous vous êtes engagé sur l’honneur à veiller à ma sûreté.
SiÉG. J’exécute en ce moment ma promesse. Fuis; je ne suis pas le maître, k ce qu’il paraît, de mon château, — de mes gens, — ni même de ces murs, — ou je leur ordonnerais de crouler sur moi ! Fuis, ou tu seras égorgé par...
Gab. Est-il vrai? adieu donc! Toutefois, Comte, rappelezvous que c’est vous qui avez cherché cette fatale entrevue.
Si ÉG . Je le sais ; qu’elle ne devienne pas plus fatale encore !
Pars !
Gab. Faut-il prendre le chemin par lequel je suis entré?
SiÉG. Oui , il est sûr encore; mais ne l’arrête pas k Prague; — tu ne sais pas k qui tu as affaire.
Gab. Je le sais trop bien , — et je le savais avant vous, malheureux père ! Adieu. (Gabor sort.)
SiÉG. (seul et prêtant l'oreille). Il a franchi l’escalier! Ah! j’entends la porte se refermer sur lui ! Il est sauvé ! sauvé ! > — Ombre de mon père! — Je ne me soutiens plus.
(Il s’appuie sur un banc de pierre contre le mur de la tour.)
yrERNEB. ACTE V, SCÈNE II. ri{l
CLRIC entre avec une troupe de gens armés, le sabre nu
ÜLR. Dépéchez-le! — il est ici!
Lud. Le comte, Monseigneur !
Ulr. [reconnaissant Siégendorf). y ousicil mon père!
SiÉG. Oui; s’il te faut une autre victime, frappe!
Ulr. [s’apercevant qu’il n’a plus ses joyaux). Où est le scélérat qui vous a dépouillé? Vassaux ! hàtez-vous d’aller à sa recherche! Vous voyez que je disais vrai; — le misérable a dépouillé mon père de joyaux capables de former l’apanage d’un prince ! Parlez ! je vous suis h l’instant ! (Tous sortent, à l’exception de Siégendorfet d’Ulric.) Que signiOe cela ? où est le scélérat?
SiÉG. Il y en a deux; lequel cherches-tu?
Ulr. Ne parlons plus de cela! il faut que nous le trouvions. Vous ne l’avez pas laissé échapper?
SiÉG. Il est parti.
Ulr. Par votre assistance?
SiÉG. Je lui ai donné toute mon aide.
Ulr. Adieu donc. [Ulric va pour s’éloigner.)
SiÉG. Arrête, je te l’ordonne! — je t’en supplie! O Ulric' veux-tu donc me quitter?
Ulr. Eh quoi ! je resterais pour me voir dénoncer, — arrêter, charger de chaînes, et tout cela k cause de votre incorrigible faiblesse, de votre demi-humanité, de vos remords égoïstes, de votre pitié indécise qui sacrifie toute votre race pour sauver un misérable et l’enrichir par notre ruine ! Non, Comte; k dater d’aujourd’hui vous n’avez plus de fils!
SiÉG. Je n’en ai jamais eu; et plût au ciel que tu n’en eusses jamais porté le vain nom ! Où iras-tu ? je ne voudrais pas te voir partir dénué de toute protection.
Ulr. Laissez-moi ce souci. Je ne suis pas seul; je ne suis pas seulement le vain héritier de vos domaines; mille, que dis-je? dix mille glaives, dix mille cœurs, sont k ma disposition.
SiÉG. Les brigands de la forêt! au milieu desquels lo Hongrois te vit pour la première fois k Francfort!
Ulr. Oui , — des hommes ! — qui méritent ce nom ! Que
542 CEUTRES DE LORD BTRON.
▼OS sénateurs veillent sur Prague ! ils se sont un peu trop hâtés de célébrer le retour de la paix; tous les gens de cœur ne sont pas morts avec Wallenslein !
Entrent JOSÉPHINE et IDA.
JosÉp. Qu’avons-nous appris, mon Siégendorf? Dieu soit loué! tu CS sain et sauf.
SiÉG. Sain et sauf !
Ida. Oui, mou cher père !
SiÉc. Non, non; je n’ai plus d’enfants : ne me donnez plus ce nom de père, le pire de tous les noms.
JosÉp. Que veut dire mon cher époux?
SiÉG. Que tu as mis au jour un démon!
Ida. {prenant la main (TUlric). Qui ose parler ainsi d’Ülric?
StÉG. Ida , prends garde ! il y a du sang sur celte main.
Ida. {se baissant pour baiser la main (TUlric). Quand ce serait le mien , mes baisers reilaceraient.
SiÉG. Vous l’avez dit.
Ulr. Arrière! c’est le sang de ton père! {Ulric sort.)
Ida. Grand Dieu ! et j’ai pu aimer un tel homme !
(Ida tombe évanouie; Joséphine reste muette d’borreur.)
SiÉG. Le misérable les a tués tous deux ! — Ma Joséphine! maintenant, nous sommes seuls! Que ne l’avons -nous toujours été ! — Tout est fini pour moi ! — Maintenant! ô mon père, ouvre-moi ton tombeau; la malédiction est retombée sur moi plus terrible en me frappant dans mon fils I — La race des Siégendorf est éteinte.
TABIE