AU TEMPS
O Temps, dont l’aile capricieuse emporte les heures changeantes d’un vol lent ou rapide; qui, suivant les pas tardifs de notre hiver ou la fuite agile de notre printemps , nous traînes péniblement, ou nous conduis avec célérité vers la mort,
Je te salue ! toi qui me prodiguas k ma naissance ces dons coanus de tous ceux qui te connaissent ; cependant ton poids me semble moins pesant maintenant que je suis seul k le porter.
Je ne voudrais pas qu’un cœur aimant prit sa part des jours amers que tn m’as donnés; et je te pardonne, puisque tu as permis que le repos ou le ciel fût le partage de tout ce que j’ai aimé.
Pourvu qu’ils reposent en paix ou soient heureux, tes ri-
gueurs à venir m’assiégeront en vain; je ne te dois que des
années, et c’est une dette que j’ai déjà acquittée en douleurs.
Et même ces douleurs n’ont pas été sans compensation; je sentais ta puissance, et pourtant je t’oubliais : l’activité de la souffrance retarde le cours des heures, mais elle ne les compte pas.
Le bonheur m’a vu soupirer en pensant que ta fuite ne tarderait pas à se ralentir; tu pouvais jeter un nuage sur ma joie, mais tu ne pouvais ajouter une ombre à ma douleur.
Car alors, toute lugubre et sombre qu’était ton atmosphère, mon âme y était acclimatée ; une seule étoile scintillait à mes regards, et je voyais à sa lueur que tu n’étais pas — l’Éternité.
Ce rayon a disparu, et maintenant tu es pour moi comme non avenu, un rôle dont on maudit les insipides détails, que tout le monde regrette d’avoir, et que tout le monde répète.
11 est dans ce drame une scène que tu ne peux point gâter, alors que, n’ayant plus souci de la fuite ou de ta lenteur, sur d’autres que sur nous gronde l’orage qu’un sommeil profond ne nous permet plus d’entendre.
Et je me prends à sourire en pensant combien vains seront tes efforts, quand tous les coups de ta vengeance devront tomber sur — sur une pierre sans nom.
STANCES
TD n’es point perfide.
Tu n’es point perfide, mais tu es légère avec ceux que lu as si tendrement aimés ; les larmes que tu as forcées de couler, cette pensée les rend doublement amères; c’est lace qui brise le cœur que tu affliges : tu aimes trop bien, tu quittes trop tôt.
Le cœur méprise la femme déloyale ; on oublie la perfide et sa perfidie; mais celle qui ne dissimule aucune de ses pensées , dont l’amour est aussi vrai qu’il est doux, quand elle devient inconstante, celle qui aimait si sincèrement, le cœur éprouve alors ce que le mien vient d’éprouver.
Rêver de joie et s’éveiller à la douleur, c’est le sort de tout
ce qui vit ou aime; et si le matin nous en voulons h notre imagination de nous avoir déçus, même en rêve, pour laisser notre âme plus triste après le réveil;
Que doivent-ils donc sentir, ceux qu’écliaufTa, non une illusion mensongère, mais la plus vraie, la plus tendre des passions? Tant de sincérité! puis un changement si prompt cl si douloureux! Est- ce donc un songe qui m’avait charmé? Ah! sans doute ma douleur est l’œuvre de l’imagination, et j’ai rêvé ton inconstance.