‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 23 sur 201 · RENDEZ-VOUS DANS UN JARDIN AU MOIS DE DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

RENDEZ-VOUS DANS UN JARDIN AU MOIS DE DÉCEMBRE

Ces cheveux, amoureusement entrelacés, lient nos cœurs d’une chaîne plus forte que toutes les protestations frivoles qui enflent de leur absurdité les discours des amants. Notre amour est fixé ; j’estime que nous l’avons prouvé suffisamment ; il s’est montré à l’épreuve du temps, des lieux et de la ruse. Pourquoi donc soupirer et gémir, nous tourmenter d’une jalousie sans motif et nous remplir l’imagination d’idées extravagantes, uniquement pour rendre notre amour romanesque ? Pourquoi pleurer, comme Lydia, Langueur, et nous créer à nous-mêmes d’inutiles tourments? Pourquoi condamner votre amant à grelotter par une nuit d’hiver, h faire parler son amour dans des bosquets dépouillés de leurs feuilles, et cela pour avoir le plaisir de mettre la scène dans un jardin? Car, depuis le précédent établi par Shakspeare, depuis la déclaration de Juliette, les jardins sem-

Lient être devenus le théâtre inévitable de tous les rendezvous. Je regrette pour ma part que le poète, mieux inspiré, n’ait pas choisi de préférence le coin d’un bon feu. S’il avait composé son drame à l’époque de Noël, et qu’il eût mis la scène en Angleterre, je ne doute pas que, par un sentiment de commisération, il n’eût changé le lieu de la déclaration. En Italie, a la bonne heure ! les nuits chaudes sont favorables aux longs entretiens; mais nous avons un climat si rigoureux, qu’il communique à l’amour une partie de sa froidure. Songez au désagrément de geler ainsi en plein air, et mettez un frein h cette fureur d’imitation. Donnonsnous rendez-vous, comme nous avons fait souvent, il la clarté vivifiante du soleil ; ou, lorsque je devrai vous voir à minuit, que ce soit dans votre demeure. Lh, pendant la saison des neiges, nous pourrons nous aimer des heures entières, et beaucoup plus à l’aise que si nous étions placés dans les bosquets les plus beaux qui, en Arcadie, aient prêté leurs ombres aux champêtres amours. Alors, si je ne parviens à plaire, je consens h geler la nuit suivante, je veux ne plus rire de ma vie, et passer le reste de mon existence à maudire ma mauvaise étoile.

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