‹ Œuvres complètes de Lord Byron Poésies diversesChapitre 92 sur 201 · VIERGE D’ATHÈNES, JE TE QUITTE · texte numérisé non relu

VIERGE D’ATHÈNES, JE TE QUITTE

Vierge d* Athènes, je te quitte :

Mends-moi mon cœur, rends-le-moi rite.

Ou, si tu l’as pris sans retour.

Prends le reste aussi, mon amour.

En s'éloignant, mon cœur te crie;

Je t'aime, je l’aime, 6 ma vie11 1

Par cette chevelure d'ange Que caresse un vent amoureux,

Par ces cils dont la noire frange

Baise ta joue, et par ces yeux, «

Beaux dans leur sauvage énergie.

Je t'aime, je t'aime, 6 ma vie 1

Par ces lèvres que je convoite,

Par celte taille svelte et droite.

Par ces fleurs qui disent tout bas**

Ce que des mots ne diraient pas ;

Par t’amour sacré qui nous lie.

Je t'aime, je t’aime, ô ma viol

Je te quitte, vierge d'Athènes !

Seule, en ton cœur, ah ! pense à moi ! .

Dans Istamboul «* portant tes chaînes, ’

Le mien restera près de toi.

Cesser d’aimer! non, douce amie!

Je t'aime, je t'aime, ô ma vie!

Athènes, 1810.

* Ces vers ont paru pour la première fois dans le recueil publié par

. üobhouse. *

* Ce monument est encore l’un s ornements les plus remarquables dj ardin de Newstead. Voici comment lord Byron annonça dans une lettre à M. Hodgson la mrt de son ebien favori : « Boa swain est mort ! Il a spire daus un état de rage le 18, après de grandes sourances. 11 a conservé jusqu ’ u denier moment sa doceur habituelle, et n’a jamais essayé de faire le moindre mal aux personnes qui étaient près de lui. A l’exception du vieux Murray, j’ai toutperdu maintenant. » Dans le testament qu’il lit en 1811, il ordonna que son corps fût enterré dans le jardin, auprès de son chien fidèle.

Ms istriss Musters.

* Voici l’extrait d’une lettre inédite do lord Byron, écrite trois jours avant son départ de l’Italie pour la Grèce : — « Miss Chaworlh avait deux ans de plus que moi. Elle a épousé un homme d’une famille ancienne et respectable ; mais son mariage n’a pas été plus heureux que le mien. Toutefois sa conduite a été irréprochable; mais leur caractère ne sympathisait pas. Il y avait plusieurs années que je ne l’avais vue, quand l’occasion s’en présenta. J’étais, avec son consentement, sur le point de lui faire une visite, quand ma sœur, qui a toujours eu sur moi plus d’influence que personne, me conseilla de n’en rien faire, « Car, » me dit-elle,

« si vous y allez, vous en reviendrez amoureux, il y aura une scène ; une chose en amènerh une autre, et cela fera un éclat. » Je me rendis à ces raisons, et peu de temps après je me mariai ; — avec quel bonheur? — il est inutile de le dire, a

8 Mistriss Musters.

* Noms des trois domestiques de Byron.

7 Dans la lettre qui contenait ces vers, lord Byron dit : — « Je quitte l’Angleterre sans regret, j’y reviendrai sans plaisir. Je suis comme Adam, le premier condamné à la déportation; mais je n’ai point d’Eve, et la pomme que j’ai mangée était aigre comme un coing. Et c'est ainsi que finit mon premier chapitre. »

* Ces vers furent écrits à Malte. Voici comment, dans une lettre à sa mère, Byron s’exprime au sujet de la dame à laquelle ils sont adressés :

— « Cette lettre est confiée aux soins d’une dame fort extraordinaire, dont vous avez sans doute entendu parler, mistriss Spencer Smith. 11 y a quelques années que le marquis de Salvo a public le récit de son évasion. Depuis, elle a fait naufrage, et sa vie a été une suite continuelle d’événeme'nts remarquables qui seraient à peine croyables dans qn roman. Elle est née à Constantinople, où son père, le baron Herbert, était ambassadeur d’Autriche; elle a fait un mariage malheureux; néanmoins, on n’a * jamais attaqué sa réputation. Ayant pris part à je ne sais quelle conspiration, elle s’est attiré la vengeance de Bonaparte, a plusieurs fois risqué sa vie; et cependant, elle n’a pas encore vingt-cinq ans. Elle se rend en Angleterre, où elle va rejoindre son mari. Elle était venue à Trieste visiter sa mère; mais l’approche des Français l’a obligée à s’embarquer à bord d’un vaisseau de guerre. J’ai trouvé en elle une personne fort jolie, fort accomplie et très excentrique. Bonaparte est tellement irrité contre elle, que, si elle était prise une seconde fois, sa vie courrait des dangers. »

* L’orage dont il est ici question eut lieu pendant la nuit du !< octobre 1809, en Albanie, dans la chaîne de montagnes qui portait autrefois le nom de Pinde. Lord Byron se rendait k Zitza,et scs guides s’étaient égarés en chemin.

« Lord Byron, » dit M. Hohhouse, « avait accompli auparavant un exploit plus périlleux, quoique moins célèbre : pendant que nous étions en Portugal, il traversa à la nage l’espace qui sépare le vieux Lisbonne du château de Bélem. 11 avait à lutter contre la marée et un coutrccourant, et il fut près de deux heures k franchir cette distance. *

it M. Hugh Williams, d’Edimbourg, dans un ouvrage intitulé Voyages en Italie, en Grèce, etc., donne sur la vierge d’Athènes des détails intéressants, que nous allons rapporter : — « Notre domestique, qui nous avait précédés, vint nous rejoindre à la porte de la ville, et nous conduisit à la demeure de la consulina Théodora Macri, chez qui nous demeurons maintenant. Cette dame, qui est la veuve du consul, a trois filles charmantes, dont l’alnée, célèbre pour sa beauté, est, dit-on, la vierge d’Athènes de lord Byron. Leur appartement est en face du nôlre, et si vous pouviez les voir, comme nous les voyons, à travers les plantes aromatiques qui se balancent devant notre fenêtre, vous laisseriez votre cœur à Athènes.

« Therésa, la vierge d’Athènes, Catinka et Mariana, sont toutes trois de taille moyenne. Chacune d’elles porte sur la tète une calotte rouge albanaise, & laquelle est fixé un gland bleu en forme d’étoile. Au-dessous de cette calotte est noué un mouchoir de diverses couleurs qui entoure les tempes ; les cheveux de la plus jeune, entremêlés de soie, retombent épars sur ses épaules, et descendent par derrière jusqu’à la hauteur des reins. La chevelure des deux aînées est habituellement relevée et fixéo sous le mouchoir. Elles portent pour vêtement de dessus une pelisse doublée de fourrure, et qui descend en longs plis jusqu’à la cheville; un mouchoir de mousseline recouvre le sein jusqu’à la ceinture ; sous ce mouchoir est une robe de soie ou de mousseline, avec une ceinture qui prend au-dessus des hanches et se noue par-devant avec une gracieuse uégligence. Des bas blancs et des pantoufles jaunes complètent ce costume. Les deux ainées ont les yeux et les cheveux bruns, le visage ovale, le teint un peu pâle, des dents d’une blancheur éclatante, les joues arrondies, le nez droit, tant soit peu aquilin. La cadette, Mariana, est très blanche; son visage, avec des contours moins arrondis, a une expression plus riante que celui de ses sœurs, dont la physionomie est habituellement pensive, excepté quand la conversation prend un caractère de gaieté. Leur port est plein d’elégance ; leurs manières, agréables et distinguées, seraient attrayantes dans tous les pays. Elles possèdent le talent de la conversation à un très haut degré, et semblent avoir plus d’instruction que la généralité des femmes grecques. Avec tant de moyens de plaire, il ne faut pas s’étonner qu’elles soient l’objet de grandes attentions do la part des voyageurs qui viennent momentanément résider à Athènes. Elles s’asseyent à la manière orientale, la tète un pou rejetée en arrière, les jambes ramenées sous elles, sur le divan, et sans souliers. Leurs occupations sont la couture, la broderie et la lecture. »

» t* Chacune de ces stances so termine dans lo texte par le refrain romaïque :

Ztin ftcô, ai; àf*-û.

Voici la note de Byron à ce sujet : — « Expression de tendresse en langue romaïque : si je la traduis, j’offenserai mes lecteurs, qui croiront que je les juge incapables de le faire eux-mêmes; si je ne la traduis pas, je m’expose à déplaire à mes lectrices. Dans la crainte d’une méprise de la

part de ces dernières, jo vais toujours traduire, tout en demandant bien des pardons aux savants. Ces mots signifient t

Ma via, je von* aima i

paroles qui ont un son fort agréable dans toutes les langues, et qui sont tout aussi à la mode dans la moderne Grèce que l’étaient les deux premiers de ces mots parmi les dames romaines, qui mêlaient de l’bellénisme à leurs expressions érotiques. »

t* En Orient , où l’on n’enseigne pas h écrire aux dames , de peur qu’elles ne griffonnent des rendez-vous, ce sont des fleurs, des charbons, des cailloux qui expriment les sentiments des amants, par l’intermédiaira de cet universel substitut de Mercure, une vieille femme. Un charbon signifie : « Je brûle pour toi ; » un bouquet de fleurs attaché avec des cheveux : « Emmène-moi et fujons ; » mais un caillou exprime ce que lui seul peut exprimer.

** Constantinople.

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