‹ Œuvres complètes de M. AncelotChapitre 109 sur 560 · DUI'RÉ · texte numérisé non relu

DUI'RÉ

Ah ça ! mais Sénarmont pourrait , en conscience ,

Tandis que nous jouerions , donner son audience ,

Prépare un reversi , le boston , chère Emma.

( Emma prépare les fiches , les présente à Doublet , à madame (ilrard , à Dupré et à d'autres personnes , qui forment deux tables de jeu et se placent pendant la conversation qui continue sur le devant. )

BLONDEL, à Sénarmont.

On raffole toujours de l'opéra-buffa ,

]N 'est-il pas vrai, monsieur?

SÉNARMONT

La mode est notre excuse.

GRANVILLE

Oui , l'on bâille , l'on paie , et l'on dit qu'on s'amuse.

liLONDEL.

Quel blasphème !

SÉNARMONT

Monsieur semble être un amateur , Un artiste , peut-être ?

LARDILLON.

Eh ! non , c'est un docteur , Un jeune médecin, très-savant... en musique. Sur son art en revanche il est fort laconique ; Ne parlant jamais grec ni latin. Dieu merci.

BLONDEL

Certe !

LARDILLON , bas à Sénarmont.

Il a ses raisons pour en agir ainsi.

BLONDEL

J'eus toujours , j'en conviens , horreur du pédantisme.

LARDILLON.

J'ai presque, grâce à lui, compris le magnétisme ! Mais vous n'entendez rien à ces matières-là.

SÉNARMONT

Qui ? moi !

LARDILLON.

Vous.

SÉNARMONT

Devant qui parlez-vous de cela !

BLONDEL

Vous savez?...

SENARMONT.

Faria , Puységur et Deleuse M'ont souvent consulté : science merveilleuse! L'estomac clairvoyant , un sens intime et sûr Dont le siège est ici , pour (pii rien n'est obscur 1

GRANDVILLE

Oui ; mieux que la raison l'estomac nous dirige.

niPRÉ à la taille de boston.

Madame , il eût fallu jouer nlout , vous dis-je ! Grâce à vous , nous perdrons.

L'IMPORTANT. - ACTE I

DOUBLET, à la table de reversi.

Parbleu ! nous y voilà !

Sans madame Girard je forçais quinola : Ce n'est pas le moment de songer à des rimes , De vos distractions nous serons les victimes.

MADAME GIRARD

J'ai l'esprit occupé , j'en dois faire l'aveu ; Pardonnez-moi , Doublet ! . . . . Emma, prenez mon jeu. ( Madame Girard se lève, Emma la remplace. ) MADAME GIRARD, à Sénarmont.

Je reviens près de vous , vraiment le jeu m'excède.

SÉNARMONT

Contre l'ennui les sots y trouvent un remède ; Mais vous , dont Apollon enchante les loisirs , Vous n'avez pas besoin de ces fades plaisirs ! A nos bravos pourquoi vous dérober, madame? Vous ne publiez rien !

MADAME GIRARD

Je ne suis qu'une femme , Et j'ai craint jusqu'ici. . . .

Vous avez eu grand tort :

Chargez-moi de vos vers, confiez-moi leur sort ; Plus d'une femme auteur sur moi seul se repose, Mais je n'ai fait enoor que des succès en prose ; Je vous mène à la gloire , et , vos vers à la main , J'éclipse nos saphos du faubourg Saint-Germain. Parmi mes obligés je compte vingt libraires Qui se disputeront vos trésors littéraires.

MADAME GIRARD

Mon bagage est léger.

SÉNARMONT

Livrez-vous à mes soins :

N'avons-nous pas les blancs et les lignes de points , Les marges , les dessins , les fleurons, les vignettes ? J'arrangerai cela.

MADAME GIRARD

Fort bien ; mais les gazettes ?

SÉNARMONT

Ne craignez , avec moi, ni public ni journal.

MADAME GIRARD

Il en est un pourtant...

SÉNARMONT

Le(juel ?

MADAME GIRARD

Vlmpartial.

LARDILLON , bas à Rlondcl.

Celui qui, l'autre jour, déchirait votre ouvrage.

BLONDËL.

Puissé-je me venger !

SÉNARMONT. à madame Girard.

Vous aurez son suffrage.

MADAME GIRARD

Quoi ! vous me répondez ?

SÉNARMONT

De lui ne craignez rien.

MADAME GIRARD

Ce journal est méchant.

SÉNARMONT

Oui, quand je le veux bien.

BLONDEL, à Lardillon.

Parbleu ! je suis ravi de cette confidence, Et nous saurons bientôt. ..

LARDILLON, l'arrêtant.

Mon cher, de la prudence !

Songez qu'on nous observe , et que cette maison Doit être respectée.

BLONDEL

Oui , vous avez raison ; Nous nous verrons demain.

DLPRÉ, se levant de la table de boston.

J'ai perdu quatre fiches.

MADAME GIRARD, à Sénarmont.

Vous protégerez donc mes faibles hémistiches ?

DLPRÉ.

Comptez sur moi.

SÉNARMONT

Je dois quatre cents , les voici.

(A ce moment Joseph et Toinet(e entrent portaot des plateaux , et offrent de la bière à toute la société. ) DOUBLET , se levant de la table de reversi. Je gagne donc un jour !

TOINETTE , offrant à Sénarmont.

Monsieur veut-il ?

SÉNARMONT-

Merci !

( Tout le monde a quitté le jeu.

DOUBLET

Ciel! dix heures !... partons!

DUPRÉ

Déjà l'on se relire ?

Les dames prennent leurs châles , et les hommes prennent leurs chapeaux ; on commence à se retirer. ) BLO.XDEL , à Sénarmont.

Monsieur, j'aurai demain quatre mots à vous dire.

SÉNARMUNT.

D'obliger mes amis je me fais une loi.

DOUBLET

Demain, n'oubliez pas que vous dînez chez moi.

L IMPORTANT. -ACTE I

SKNARMONT.

D'accord.

DUPRÉ , à la société qui s'éloigne.

Bonsoir.

5IADAME GIRARD.

Adieu.

LARDILLON.

Ma foi , cela m'ennuie , Quelqu'un ce soir encore a pris mon parapluie.

DUPRÉ

Chez vous demain sans doute il sera renvoyé.

LARDILLON.

Oui; mais, en attendant, je vais être noyé.

DUPRÉ

Jl ne pleut pas.

LARDILLON.

Bonsoir!... La déplaisante chose !

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